Bruxelles ouvre la voie au gaz pour remplacer le diesel

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Le gestionnaire du réseau de gaz naturel Fluxys invite la Région bruxelloise à inciter les usagers à se tourner vers le CNG, carburant beaucoup moins polluant que le diesel et l’essence.

Le gaz naturel, le carburant propre d’aujourd’hui. Le slogan s’étale en vert, il est à la une de la publication qui s’offre aux visiteurs de Fluxys, avenue des Arts à Bruxelles. Le gestionnaire du réseau gazier en Belgique ne ménage pas ses efforts pour promouvoir son alternative aux carburants traditionnels dont l’avenir semble de plus en plus incertain. "On parle beaucoup de l’électrique mais beaucoup trop peu du CNG, ce qui est dommage. On oublie une solution de court terme facile et peu onéreuse à mettre en œuvre, estime Rudy Van Beurden, porte-parole de Fluxys. On se focalise sur l’électricité mais sans dire comment on va la produire pour rencontrer la nouvelle demande."

Le CNG, ce gaz naturel comprimé (à ne pas confondre avec le LPG, issu du processus de raffinerie du pétrole), se présente en effet comme une solution séduisante sur le plan environnemental. La combustion de CNG produit 23% de CO2 en moins que celle de l’essence et 12% de moins que celle du diesel, précise Fluxys. Pour les autres polluants, les performances du gaz naturel comprimé sont pratiquement imbattables avec quasiment pas d’émission de particules fines, de NOx et de substances soufrées.

Le CNG reste en somme un produit polluant mais beaucoup moins que l’essence ou le diesel, répète Fluxys qui souhaite également attirer l’attention sur le bilan environnemental de l’électricité. "Celle-ci est produite via le nucléaire et importée, par exemple, d’Allemagne où elle est produite par des centrales au charbon", rappelle Rudy Van Beurden. Pour les consommateurs, le gaz est par ailleurs moins cher que ses concurrents issus du pétrole. Et le gaz importé devrait, dans le futur, faire de la place à un gaz de synthèse produit à partir des surplus d’électricité éolienne qui sont difficilement stockables. Un gaz 100% vert est annoncé.

Une seule station

La qualité de l’air aurait donc tout à gagner au remplacement rapide des véhicules par des modèles CNG. Singulièrement à Bruxelles, dont l’autorité régionale vient d’annoncer l’interdiction, à l’horizon 2030, de la circulation des véhicules diesel sur son territoire. Objectif: réduire les émissions de gaz à effet de serre (CO2) en vue de respecter les objectifs de l’accord Paris et contenir le réchauffement climatique sous les 2 degrés.

"C'est un élément intéressant dans le cadre des discussions techniques qui se dérouleront prochainement. C’est un signal qui démontre, une fois de plus, que sortir du diesel et améliorer la qualité de l’air n’est pas une utopie".
Céline Fremault (cdH)
Ministre bruxelloise de l’Environnement

Pourtant, la capitale est loin du compte en matière de CNG. Alors que Charles Michel doit inaugurer la semaine prochaine la centième station d’approvisionnement CNG de Belgique (elle est située à Heverlee), Bruxelles ne compte qu’un point d’approvisionnement à Anderlecht. "Le réseau est prêt", assure pourtant Fluxys qui indique que des opérateurs privés ne manqueront pas dans un avenir relativement proche de multiplier les stations CNG. Dats 24 (groupe Colruyt) est leader dans le domaine en Belgique et PitPoint vient d’être racheté par Total. Cela devrait pousser l’offre à la hausse, y compris à Bruxelles. La Wallonie s’est fixée comme objectif d’atteindre les 30 stations d’ici la fin de l’année. La Flandre espère 300 points d’approvisionnement en 2020.

En termes d’incitants financiers à l’usage du CNG, la Région de Bruxelles-Capitale n’est pour ainsi dire nulle part. Les acteurs belges du gaz, regroupés au sein de Gas.be ont pourtant offert aux Régions la possibilité d’octroyer des primes. Des primes prises d’assaut en Flandre. Le gouvernement flamand a par ailleurs décidé, en 2016, de supprimer la taxe de mise en circulation et la taxe de circulation des véhicules roulant au CNG ce qui a sonné le glas de la prime de 1.000 euros offerte par le secteur aux consommateurs flamands. En Wallonie, un incitant de 500 euros continue d’exister mais à Bruxelles, rien n’est prévu.

Fluxys le regrette et préfère d’emblée une formule d’exonération de taxe à l’instauration d’une nouvelle prime. "Durant les cinq premières années, une suppression de taxe de circulation pourrait inciter les gens qui doivent acheter un nouveau véhicule à pousser un peu plus loin leur réflexion", commente Rudy Van Beurden. Outre le démarrage cette année d’une zone de basses émissions couvrant l’ensemble du territoire bruxellois et l’annonce de la fin du diesel en 2030, la Région bruxelloise a lancé une réflexion poussée sur une réforme de la fiscalité automobile.

Une ministre prudente

Interrogée par L’Echo, la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (cdH) ne ferme aucune porte mais reste prudente. La décision de sortie du diesel prévoit explicitement une concertation qui "se penchera notamment sur le développement à court et moyen terme des technologies alternatives, et celles déjà disponibles comme les véhicules électriques, hybrides et roulant au CNG, dit-elle. On peut quand même rajouter, et sans préjuger des résultats de la concertation, que le CNG est une technologie qui a fait ses preuves en termes de coûts pour les automobilistes. Sur le plan environnemental, le CNG est nettement moins polluant que l’essence et le diesel. Le fait qu’un grand acteur du secteur de l’énergie comme Fluxys se positionne en mettant son expertise au service de la sortie du diesel est un élément intéressant dans le cadre des discussions techniques qui se dérouleront prochainement. C’est un signal qui démontre, une fois de plus, que sortir du diesel et améliorer la qualité de l’air n’est pas une utopie".

On compte une dizaine de milliers de véhicules roulant au CNG en Belgique. Ils n’étaient que 7.000 fin de l’an dernier, ce qui démontre une hausse exponentielle du choix des usagers pour cette technologie, précise Fluxys. "Les constructeurs prennent également le pli en proposant des gammes de plus en plus étendues de modèles dont les prix sont en train de s’aligner sur ceux des véhicules essence", dit Rudy Van Beurden. Il rappelle aussi que Fluxys "ne vend pas de gaz mais cherche à optimaliser l’usage de son réseau…".

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