Chômage à Bruxelles: Cerexhe s'énerve

Benoît Cerexhe. ©BELGA

Coup de gueule de Benoît Cerexhe, candidat cdH à la Région bruxelloise. L’ancien ministre de l’Emploi a pris sa calculette pour démontrer qu’en matière de chômage, Bruxelles "n’a aucune leçon à recevoir de la Flandre".

"J'en ai assez que Bruxelles soit montrée du doigt en Flandre." Le bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, Benoît Cerexhe, ne mâche pas ses mots. "J’entends toujours le même discours particulièrement de la part des patrons flamands et de la N-VA. Ils disent que Bruxelles est mal gérée. J’en ai ras-le-bol", dit-il. L’ancien ministre de l’Emploi veut "comparer ce qui est comparable". Il s’est basé sur les dernières statistiques en matière d’emploi: l’enquête sur les forces de travail et celle du Steunpunt WSE (Werk en sociale economie). D’après lui, la Région bruxelloise ne peut pas être comparée à la Région wallonne ou à la Région flamande. Il estime que la comparaison doit être faite avec d’autres grandes villes.

Il a d’abord choisi de confronter Bruxelles à Anvers d’où provient le ministre de l’Emploi flamand, Philippe Muyters (N-VA). "La N-VA, dirigée par Bart De Wever, dit qu’en Flandre, tout se passe toujours bien, qu’ils savent gérer et que nous, on est des nuls. Or, depuis le début de la législature, le taux de chômage a augmenté à Anvers. Il est passé de 12,6% en 2009 à 16,4% en 2014. À Bruxelles, il a légèrement diminué, de 21,2% à 20,4%", avance-t-il.

Malgré tout, le taux de chômage bruxellois reste encore élevé. "C’est évidemment beaucoup trop important. Je ne dis pas qu’on en est fier. Anvers part évidemment de beaucoup plus bas. Mais il faut arrêter de dire que nous gérons mal les choses à Bruxelles. Nous n’avons pas de leçons à recevoir", répond Benoît Cerexhe.

En nombre absolu, le nombre de demandeurs d’emploi est passé de 25.844 à 35.829 à Anvers. Dans la capitale, il a grimpé de 94.119 à 109.276. "Nous faisons face à une explosion démographique à Bruxelles, souligne le politique. Mais, soyons de bon compte, Anvers vit le même phénomène. Peut-être pas dans les mêmes proportions que la Région bruxelloise mais il y a aussi une augmentation de la population."


Chômage des jeunes

Le chômage des jeunes à Bruxelles est souvent pointé du doigt. Il reste très élevé mais il diminue aussi. Entre 2009 et 2014, il a baissé de 7,3%. "Alors qu’à Anvers, le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a augmenté de 24%", insiste Benoît Cerexhe. Le candidat en campagne serait-il en train de faire d’Anvers le mouton noir? "Je ne dis pas qu’Anvers est mal gérée. Je ne me permets pas ce genre de considération. Je demande juste qu’on arrête de cracher sur Bruxelles! On est face à un problème que connaissent toutes les grandes villes", affirme-t-il.

À Gand, autre grande ville flamande, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 27%. Idem pour le chômage des jeunes (+21,3%). À Liège, le chômage a aussi augmenté mais légèrement. À Charleroi, il a diminué, légèrement aussi. "Sur les cinq grandes villes belges, c’est Anvers qui présente le bilan le moins flatteur", juge le Bruxellois. Et d’ajouter: "Bruxelles a pris son sort en main."

Immigration importante, déficit de qualification, nombre important de chômeurs de longue durée, pauvreté. Voilà à quoi doivent faire face toutes les grandes villes. À Anvers, 70,7% des demandeurs d’emploi sont soit belges d’origine étrangère, soit émanant d’un pays non-membre de l’Union européenne. Cette proportion va croissant au fil des ans. La Région bruxelloise, elle, ne dispose pas de ce type de statistiques. Mais elle connaît un niveau d’immigration tout aussi important.

En revanche, elle sait que 65% des demandeurs d’emploi ne disposent pas d’un diplôme d’humanité secondaire. À Anvers, il s’agit de 50% des demandeurs d’emploi. Les deux villes comprennent une masse de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans stable autour des 20%. Quant au chômage de longue durée, il s’élève à 27,9% à Anvers et continue d’augmenter, comme à Bruxelles où il s’élève à 46,9%. "Il s’agit de phénomène urbain. Il ne faut pas stigmatiser la Région bruxelloise. On n’est pas des nuls", déclare le chef de file cdH au Parlement bruxellois.

Reste que si le chômage augmente à Anvers, au niveau régional, c’est encore la Flandre qui présente les meilleurs résultats du pays. Mais dans quelques années, le nord du pays subira les conséquences du papy-boom. Un nombre élevé de travailleurs prendront leur retraite. Actuellement, les travailleurs de plus de 50 ans représentent 28,7% de la population active flamande, 18% à Bruxelles et 23,8% en Wallonie. Pour la Flandre, cela représente 351.000 travailleurs contre 28.000 pour Bruxelles.

Un plan national

"Plutôt que de délivrer des permis de travail pour faire venir en masse des travailleurs étrangers, mettons-nous autour de la table et faisons l’inventaire de tous les emplois qui vont se libérer d’ici 2020", propose le cdH. Il souhaite faire "un grand plan national et collectif de l’emploi". "Pour une fois, faisons un peu de projection. Ce serait une opération win-win." Encore faut-il que toutes les parties autour de la table s’estiment gagnantes.

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