Un RER vélo pour inciter les navetteurs wallons à se mettre en selle

©Tim Dirven

Pour lutter contre la pression automobile, les ministres wallons et bruxellois de la Mobilité misent sur le RER vélo. Au Fédéral, les deux écologistes revendiqueront ensemble les mêmes priorités: un investissement accru dans le rail et l’intégration tarifaire.

Lors de son premier entretien accordé à l’Echo au sujet de la taxation kilométrique, la nouvelle ministre bruxelloise de la Mobilité avait donné l’impression de vouloir foncer tête baissée, au risque de brusquer ses collègues des autres Régions. Mais Elke Van den Brandt (Groen) compte aujourd’hui bien démontrer qu’elle est une femme de dialogue. Avec le ministre wallon de la Mobilité, l’entente est excellente et les objectifs similaires.

Et c’est Philippe Henry (Ecolo) lui-même qui était de passage au 13e étage de la tour de verre de sa collègue la semaine passée pour le certifier. "On s’est déjà vus plusieurs fois depuis notre entrée en fonction. On sait bien qu’on aura beaucoup à discuter en matière de mobilité. Nous poursuivons le même objectif climatique qui converge avec les objectifs de mobilité puisque celle-ci ne satisfait quasiment plus personne aujourd’hui", lâche l’écologiste wallon qui se dit prêt à porter des projets avec son homologue bruxelloise étant donné que "les solutions à trouver pour Bruxelles concernent directement les Wallons" et que ce sont "les mêmes personnes qui commencent leur trajet en Wallonie qui arrivent à Bruxelles", complète la ministre Van den Brandt. Du simple bon sens, certes, mais qui traduit tout de même une évolution: Bruxelles n’est plus censée se débrouiller seule avec l’afflux quotidien de milliers de navetteurs.

"Nous sommes arriérés en matière d’infrastructures cyclistes par rapport à d’autres pays."
Philippe Henry
Ministre wallon de la mobilité

Pour réduire l’usage de la voiture, les deux écologistes misent notamment sur le vélo. "Pour les zones frontalières comme le Brabant wallon. On n’imagine évidemment pas un trajet à vélo entre Arlon et Bruxelles", précise d’emblée Philippe Henry. "On peut aller chercher les cyclistes dans un rayon de 30 km autour de Bruxelles grâce à des vélos de type Speed Pedelec. De nouveau, ce n’est pas pour tout le monde, mais on peut convaincre les cyclistes en créant comme en Scandinavie de longues routes agréables. Il faut les gâter au niveau des infrastructures", poursuit Elke Van den Brandt.

Cinq tronçons de ce RER vélo sont actuellement à l’étude: le trajet Waterloo-Bruxelles le long de la ligne ferroviaire 124; les chaussées de Waterloo et de la Hulpe, le long de la E411 et du canal vers Tubize. "Il faut reconnaître que nous sommes arriérés en matière d’infrastructures cyclistes par rapport à d’autres régions et pays. Mais nous allons réaliser un investissement historique pour la Wallonie en multipliant le budget par quatre", souligne le ministre Henry.

Sans collaboration de la Flandre, le projet d’infrastructures cyclables risque par contre de connaître le même issue que les bandes prioritaires de covoiturage. "À deux, nous serons plus forts, sourit Philippe Henry. Il y aura bientôt des réunions interministérielles avec le Fédéral et les Régions. Le covoiturage sera remis sur la table ainsi que le ferroviaire. Les retards du RER du côté wallon sont très durs à expliquer à la population. La première réunion du comité RER devait avoir lieu vendredi mais elle a été reportée pour des raisons que l’on ignore donc ce n’est pas encore la transparence de ce côté-là…" Il faut investir davantage dans la SNCB, renchérit Elke Van den Brandt. "Les Bruxellois pourraient se déplacer efficacement en train mais plein de petites gares sont sous-utilisées. Seulement 1% des trajets intra-bruxellois sont effectués en train."

"Cela fait 13 ans que les quatre opérateurs parlent de l’intégration tarifaire! Il faut vraiment avancer, mais on a besoin du Fédéral pour la mettre en œuvre."
Elke Van den Brandt
Ministre bruxelloise de la Mobilité

L’autre revendication bruxello-wallonne concerne l’intégration tarifaire entre tous les opérateurs de transports publics dans une zone de 11,5 km depuis la grand-place de Bruxelles. "On revient de très loin avec ce dossier mais il y a désormais un accord entre les sociétés de transport qu’il faut appliquer rapidement. Et dans un second temps, l’évaluer et l’élargir à une zone équivalente à la zone RER pour maximiser les effets de l’intégration tarifaire", préconise Philippe Henry. "Cela fait 13 ans que les quatre opérateurs parlent de l’intégration tarifaire! Il faut vraiment avancer, mais on a besoin du Fédéral pour la mettre en œuvre", rappelle la ministre bruxelloise.

Le tandem vert promet toutefois que l’institutionnel ne servira pas d’excuses. "Nos institutions sont ce qu’elles sont mais nous allons chercher des solutions sans se plaindre de nos structures car c’est trop facile de toujours dire que c’est la faute de la Flandre, de Bruxelles ou de la Wallonie", déclare la ministre Groen. "D’une façon générale, il y a un travail propre à faire en Wallonie. Pour que le train vers Bruxelles soit attractif du côté wallon, par exemple, il faut un bon accès aux gares, donc de bonnes interactions avec les TEC et des parkings vélos. Il faut se préoccuper de l’ensemble du trajet", illustre Philippe Henry.

Des routes à zéro euro

Sur la taxation automobile, Bruxelles et la Wallonie ne parlent en revanche pas d’une seule et même voix. "Il n’y a clairement pas de consensus pour la taxation kilométrique en Wallonie", répète Philippe Henry devant son pendant bruxellois qui ne se décourage pas. "Je vais continuer à expliquer pourquoi il faut une taxe d’usage à la place d’une taxe forfaitaire et je veux aussi écouter les remarques. Ce débat qui reste rationnel en Wallonie est beaucoup plus tendu en Flandre. Si on raconte que des habitants de la Côte paieront 1.000 euros par mois pour venir travailler à Bruxelles, on crée forcément des frustrations. Alors qu’on peut s’adapter, avoir des routes à 0 euro à la campagne et se focaliser sur les heures de pointe autour de Bruxelles. Au moins, je peux en parler avec le ministre Henry. On a le même futur dans les yeux: on veut réduire les embouteillages et respecter les accords de Paris. On va aller chercher les meilleures méthodes."

"Bruxelles est une ville et il faut des voitures adaptées au milieu urbain. Le SUV est plus haut et donc plus dangereux pour les usagers faibles."
Philippe Henry

Pour la réforme des taxes de mise en circulation et de roulage, peut-on compter sur des critères semblables dans les deux Régions? "C’est plus facile pour la population et tous les intervenants du secteur automobile d’avoir les mêmes critères: les émissions de CO2 et la masse puissance pour éviter les véhicules polluants et encombrants. On rejoint les objectifs bruxellois", répond le ministre wallon qui ne prévoit toutefois pas d’ajouter le fameux critère de taille ciblant les SUV. "Il peut y avoir des différences car Bruxelles est une ville et il faut des voitures adaptées au milieu urbain. Le SUV est plus haut et donc plus dangereux pour les usagers faibles. Mais même si les tarifs ne sont pas exactement les mêmes, on envoie le même signal aux gens, à savoir qu’il faut favoriser l’achat de voitures moins polluantes, moins lourdes, meilleures pour climat et la sécurité routière."

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