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Emeutes à Bruxelles: pourquoi ça a dérapé

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Saturday night fever. La poussée de fièvre de la part des supporters/hooligans/casseurs liés à l’équipe nationale de football marocaine, samedi soir dans le centre de Bruxelles, est en passe de se transformer en épreuve du feu politique pour le bourgmestre de la capitale Philippe Close (PS).

De tous les côtés, en effet, fusent les interrogations sur des événements qui ont conduit 22 policiers à être blessés en sus de dégâts matériels importants. L’inspection générale de la police tente de tirer les choses au clair et le ministre de l’Intérieur Jan Jambon suit l’affaire de près. De son côté, le parquet de Bruxelles scrute les images disponibles pour identifier les fauteurs de trouble et procéder à des arrestations.

Plusieurs sources policières rapportent que la police locale avait "perdu de vue" la rencontre de football du Maroc samedi soir et son caractère sensible au vu de l’importante communauté belgo-marocaine de Bruxelles. La fête des supporters a été traitée quasi comme n’importe quelle autre fiesta de supporters et voilà pourquoi, samedi, en début de soirée, seule la police locale était présente aux alentours de la Bourse alors que commencent les "réjouissances" vers 19h.

→ Le fil des événements

Dans un premier temps, la gestion de l’espace public est assurée, les policiers ne repoussent pas les hooligans: l’événement est censé "s’éteindre de lui-même", explique un policier. Mais non: il dégénère assez rapidement et un officier sur place donne l’ordre de contenir les casseurs, le mécontentement grandit, les échauffourées prennent de l’ampleur.

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Quand, exactement, la police locale demande-t-elle le support des hommes de la police fédérale? Vers 20h15/20h30 (à vérifier), le "gold commander" fait appel à la police fédérale. "Trop tard, estime un policier fédéral, à ce moment-là, la police locale est déjà dans un chaudron" et les assaillants essaiment vers la gare du Midi. C’est qu’il faut 20 minutes à la police fédérale pour arriver sur place. Des moyens spéciaux – une arroseuse – sont également demandés en renfort.

Et que fait le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close? Il est à Paris où il assiste à un match de rugby au stade de France – c’est évidemment son droit le plus strict. S’il est à l’étranger, il peut – ce n’est pas une obligation! – déléguer ses missions d’autorité sur la police à un membre du collège des échevins.

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Philippe Close ne le fait pas et choisit de gérer les événements lui-même par téléphone depuis Paris. "Cela n’a posé aucun problème, cela s’appelle la technologie", dit-il.

A 2 heures du matin, il revient sur Bruxelles. "Je maintiens que les opérations se sont bien déroulées et que notre police a fait le job: il n’y a eu aucun civil blessé, c’est quand même à souligner", martèle Close.

→ Quelles leçons en tirer?

Ailleurs, pourtant, on pointe la légèreté avec laquelle tout ceci a été géré. "On a l’impression que les leçons de novembre 2014 n’ont pas été correctement tirées", râle un policier. Pour rappel, lors de la manifestation de l’époque, le bourgmestre Yvan Mayeur, lui-même dans le cortège, n’avait pas pu être joint par ses services de police. Les relations entre le corps de police bruxellois et l’ex-bourgmestre de Bruxelles n’ont jamais été un long fleuve tranquille…

Aujourd’hui, du côté du bourgmestre Close, on pointe le manque structurel d’effectifs de la police locale bruxelloise. Et on ne se prive pas de dire que les critiques viennent du côté du Fédéral. "Certains policiers sont nostalgiques de la gendarmerie et aimeraient reprendre une sorte de tutelle sur le niveau local, recréer un grand corps en charge de la gestion de l’ordre public", pointe un expert.

Politiquement, on ne doit pas vous le rappeler, on entre en campagne électorale et le PS bruxellois est considérablement affaibli par l’épisode du Samusocial. Philippe Close va devoir batailler pour conserver son mayorat en 2018. On ne lui fera pas de cadeau: chaud devant.

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