interview

"La suite logique, c'est le péage urbain ou la taxation au kilomètre" (Céline Fremault)

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Céline Fremault plaide pour un péage urbain à Bruxelles. Elle annonce, en attendant, l’installation de 300 bornes de recharge pour les voitures électriques.

Ne venez pas les mains vides. Depuis l’Accord de Paris sur le climat, les décideurs qui se rendent à la conférence annuelle de l’ONU sur le climat semblent de plus en plus avisés de ce petit conseil, et Céline Fremault n’y déroge pas.

Attablée à la table d’un café de la "zone Bula", l’enceinte où se tiennent les négociations de la COP23 à Bonn, la ministre bruxelloise de l’Environnement (cdH) dévoile une décision qui ne date pas d’hier, mais qu’elle avait gardée sous le coude: "Le 28 septembre le gouvernement bruxellois a adopté une mesure importante pour doper les ventes de voitures électriques" – comme le demande l’Union européenne, à la traîne sur ce marché qui ne représente encore que 1% des voitures neuves.

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"Nous allons désigner un opérateur pour installer et exploiter au moins 100 bornes de recharge par an, avec au moins 300 nouvelles bornes de deux prises à Bruxelles en 2020." Coût total: 200.000 euros pour la Région et un investissement d’environ 3 millions pour l’opérateur qui remportera l’appel d’offres.

Aujourd’hui, la Région compte une centaine de bornes, "mais 30% considérées comme hors service ou inaccessibles au public (celles des zen car, par exemple). Et celles qui restent ne sont pas homogènes…" Le changement, c’est donc maintenant, même si on n’en est pas à se comparer à une dynamique comme celle d’Oslo, par exemple, où la moitié des voitures neuves sont déjà électriques, grâce à des incitants fiscaux et des mesures comme le parking gratuit pour les voitures électriques ou l’ouverture des voies de bus.

Bruxelles avance, donc. Prenez la zone de basse émission – "la plus grande d’Europe" –, qui doit être votée au Parlement vendredi: "On va progressivement vers une exclusion de certains types de véhicules", et il faudrait aller plus loin: "Je plaide pour la sortie du diesel en 2030." Tout cela aura une incidence sur la qualité de l’air, mais un impact plus marginal sur les émissions de gaz à effet de serre. Revenons à nos moutons, donc.

"Je suis favorable à un péage urbain, mais c’est très personnel."

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dues au transport à Bruxelles, il va bien falloir titiller le portefeuille des navetteurs solitaires – même si Céline Fremault prend des gants. "On est dans une période où la transition est un acquis: plus personne ne remet en cause la nécessité d’une transition qui soit la plus brève possible pour arriver à des modèles infiniment plus respectueux de l’environnement. Il faut phaser les choses et ne pas prendre les gens en traître. Mais la question soit du péage soit de la taxation au kilomètre va s’imposer et il ne faudra plus dix ans pour décider. Imaginer qu’on pourra faire l’économie de l’un et de l’autre est illusoire: c’est la suite logique. Mais il faut de la pédagogie, et du dialogue avec les autres Régions et le Fédéral."

Elle ne cache pas sa préférence, pour cette question qui doit selon elle être au cœur de la prochaine campagne électorale: "Je suis favorable à un péage urbain, mais c’est très personnel." D’ailleurs, remarquez, il ne sera pas difficile à mettre en place, dans la mesure où la zone de basse émission implique l’installation de caméras intelligentes"les caméras intelligentes, ça peut avoir différentes fonctionnalités".

Dialogue à structurer

La Région bruxelloise s’est engagée à réduire ses émissions de 30% en 2025 par rapport à 1990 dans son plan air-climat adopté l’an dernier.

Mais ce serait un leurre de prétendre fonctionner en vase clos, dit-elle. Le dialogue entre Régions doit être mieux structuré, et puis… "Et puis il y a la nécessaire part de collaboration du Fédéral. Faut-il rappeler que la fiscalité automobile pose problème? La Commission européenne l’a encore rappelé cette semaine. Il faut prendre des mesures courageuses sur les voitures de société."

En attendant, Bruxelles avance sur les autres fronts. La Région s’est engagée à réduire ses émissions de 30% en 2025 par rapport à 1990 dans son plan air-climat adopté l’an dernier. "Et ce n’est pas juste un plan: sur les 144 mesures, 87% sont soit terminées soit en cours", souligne la ministre.

Les plans de déplacement d’entreprise "ont permis de diminuer de moitié l’utilisation de la voiture dans certaines grandes entreprises".

Mobilité toujours: on planche sur la manière d’encourager "des véhicules les plus propres" par la fiscalité en vue de modifications législatives en 2019; la flotte de bus de la Stib s’assainit, avec 240 bus hybrides l’an prochain; les plans de déplacement d’entreprise "ont permis de diminuer de moitié l’utilisation de la voiture dans certaines grandes entreprises".

Et avec tout ça, on n’a pas parlé du plus gros émetteur de gaz à effet de serre bruxellois: le bâtiment, qui représente plus de la moitié des émissions de la Région. La ministre se félicite du succès des primes énergies (21,6 millions d’euros), même si elles bénéficient essentiellement aux propriétaires qui occupent leur logement – "les propriétaires viennent de passer dans une catégorie la plus favorable: on veut les inciter à rénover des logements dont ils ne sont pas occupants".

20 millions
20 millions d’euros vont être consacrés à l’installation de panneaux photovoltaïques dans les bâtiments communaux et régionaux.

Et puis, 20 millions d’euros vont être consacrés à l’installation de panneaux photovoltaïques dans les bâtiments communaux et régionaux: "Les premiers projets vont sortir à partir de l’an prochain et il y en aura plus de 150 d’ici 2020."

"Je ne m’en satisfais pas, mais on a écrit depuis 2015 le début d’une histoire qui tend à faire de Bruxelles une région qui va au-delà de la transition", estime la ministre. Et la bonne nouvelle c’est qu’en Belgique, "tout le monde regarde plus qu’avant dans la même direction: il y a eu un avant/après COP21". Tout le monde? Céline Fremault émet un doute sur la N-VA – "un parti qui reste plus frileux vis-à-vis de certaines mesures environnementales. Il ne faudrait pas qu’il freine les ambitions d’autres collègues…"

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