Le gouvernement Vervoort met NEO2 au frigo durant un an encore

Le projet de palais de congrès de NEO2 a été dessiné par l'architecte Jean Nouvel. ©Atelier Jean Nouvel / MDW Architecture

Le projet NEO2, qui vise à aménager un Centre de conventions international et un hôtel de standing sur le site du Heysel, a encore pris du retard alors que la Ville de Bruxelles et la Région ont lancé un masterplan sur toute la zone des palais et envisagent de corriger - voire annuler - le projet initial.

Le gouvernement bruxellois a décidé ce jeudi de s’associer à la demande de la scrl NEO de suspendre les négociations auprès du consortium désigné pour le développement et la gestion du complexe NEO 2 jusqu’au 15 septembre 2020.

Le dossier, qui était sur la table du gouvernement bruxellois ce jeudi, a déjà fait parler beaucoup de lui ces derniers mois. Il était donc plus que temps de faire le point officiellement. Et de préciser enfin noir sur blanc les tenants et les aboutissants de la volte-face actuelle.  

Quelle que soit la décision prise, il faudra également en peser les conséquences politiques et financières. Tant au niveau de la Ville que de la Région, car l’avis de marché public qui engage ces dernières vis-à-vis du consortium privé qui avait finalement été désigné pour développer et gérer le complexe NEO 2 (réuni autour de Cofinimmo et CFE) date de… 2013 et a reçu la garantie régionale finale en juillet 2018 déjà. Un grand raout avait d’ailleurs concrétisé ce grand accord en présence de l’architecte Jean Nouvel, au cœur du Palais 12.

Urgent de clarifier

Cela reste des promesses et les contours sont bien flous.
un acteur privé

Quelles conséquences financières? C'est notamment la question clairement posée aujourd’hui au gouvernement bruxellois par la SCRL NEO, qui chapeaute le projet et doit l’exécuter pour le compte de la Ville et de le Région. Question formelle, bien sûr, mais qui permettra une mise à plat cadrée et claire de l’autorité de tutelle pour toutes les parties concernées, consortium privé au premier chef. Les deux sociétés principalement concernées sont en effet des entreprises cotées en bourse, qui doivent pouvoir communiquer clairement auprès du conseil d’administration et de leurs actionnaires sur le coût et la faisabilité du projet.

"Nous avons des promesses informelles de la part des autorités bruxelloises que NEO2 se fera d’une manière ou d’une autre avec nous dès que NEO1 permettra de le financer. Mais cela reste des promesses et les contours sont bien flous. Et on a quand même sur la table un sacré morceau à financer bien au-delà du développement, puisqu’il s’agit d’un contrat DBFM (Design/Build/Finance/Maintenance). Cela comprend un Centre de conventions international pouvant accueillir des congrès de 5.000 participants et des spectacles jusqu’à 3.500 personnes; sans oublier un hôtel de standing (4 étoiles) pour lequel un gestionnaire était déjà pressenti. Ce n’est pas anodin dans nos comptes ni la gestion de nos équipes…", commente un des acteurs privés concernés.

Le budget global de ce contrat DBFM dépasse les 300 millions d'euros.

L’offre du consortium avait été prolongée jusqu’au 13 décembre 2019. Mais depuis, on est à nouveau dans le flou.

Pourquoi changer de cap au milieu du gué ?

Après plusieurs mois de négociation afin de modaliser les termes de la future convention, l’offre du consortium avait été prolongée jusqu’au 13 décembre 2019. Mais depuis, on est à nouveau dans le flou.

Le projet NEO2 s'inscrit dans le vaste réaménagement prévu du plateau du Heysel, dans le nord de Bruxelles. ©RV DOC

Entretemps, une étude commanditée par la scrl NEO à la demande de la tutelle politique a été lancée. Sujet de cette étude: les conséquences de l’évolution du marché des foires, salons et conventions quant aux conditions d’exploitation de Brussels Expo et d’une infrastructure de congrès. Est notamment sur la table l’opportunité éventuelle d’étendre l’emprise du projet NEO sur le site actuel géré par Brussels Expo (en tenant notamment compte de la détérioration – et de la nécessaire et rapide rénovation – de ses infrastructures) pour rester compétitif sur la scène internationale.

Le récent renom du Seafood, le principal salon international organisé au Heysel, et le fameux manque à gagner qui s’ensuit, a sans doute encore mis la pression sur les autorités de tutelle, le bourgmestre de Bruxelles en tête. Il a donc été décidé par les instances de Brussels Expo, sur proposition de la Ville de Bruxelles, de commander une étude visant à élaborer un "Masterplan de rénovation" afin de fournir une "évaluation claire et objective des avantages et inconvénients, en termes de montant des investissements, de faisabilité commerciale, opérationnelle et financière, de contraintes temporelles et de perspectives performantielles (technologie et durabilité)". Rien que ça… alors que le temps presse de part et d’autre.

Où en est-on aujourd’hui ?

Aujourd’hui, une alternative se dessine clairement.  

Soit on poursuit le projet NEO2 avec, en parallèle, une première phase de remise à niveau de l’infrastructure existante – celle des palais 1 à 4 – pour permettre une synergie optimale entre les deux outils. Ensuite serait programmée une indispensable – et très coûteuse – remise à niveau phasée des autres palais gérés par Brussels Expo.

Soit on rénove profondément la totalité des palais de Brussels Expo – sous réserve du Palais 5, classé – en y "prévoyant l’intégration des fonctionnalités liées à l’accueil de grandes conventions internationales". Dans ce schéma, on l’aura compris, il faudra mettre clairement sur la table la renonciation au marché NEO2, en tirant toutes les conséquences sur le plan juridique et financier.

Les conclusions définitives de cette étude sont attendues pour juillet 2020. "Mais celles d’une première étude commanditée par NEO à la demande de son conseil d’administration plaident d’ores et déjà très largement pour une meilleure coordination des réflexions menées sur le parc des palais (Brussels Expo) et sur NEO2 ; et en particulier, on plaide déjà pour une gestion unifiée des outils", confie une source politique.

Dans l’attente des conclusions du masterplan en cours, le gouvernement bruxellois a donc logiquement décidé ce jeudi de s’associer à la demande de la scrl NEO de suspendre les négociations auprès du consortium jusqu’au 15 septembre 2020. Après cette date, il sera urgent de trancher pour enfin disposer au Heysel d’une infrastructure concurrentielle sur l’échiquier international.

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