Les travailleurs des Armes de Bruxelles ont des soupçons de blanchiment

©Kristof Vadino

Les travailleurs du restaurant Aux Armes de Bruxelles ont écrit au président du tribunal de commerce et au procureur. Ils veulent connaître l’identité du repreneur du restaurant.

Depuis cet été, les jours, pour les travailleurs des Armes de Bruxelles se suivent et se ressemblent. Hélas. Une audience organisée jeudi dernier devant le tribunal du travail de Bruxelles a mis en lumière le bourbier dans lequel se trouvent pris les employés de cette enseigne réputée de l’îlot sacré. Un seul élément est à retenir de ce nouveau face à face: la direction du restaurant s’est engagée à répondre par écrit à toutes les questions posées par les travailleurs et par leurs représentants. Les parties se revoient au début du mois de mars et si les réponses ne sont pas apportées d’ici là, les syndicats réclameront des astreintes financières. Et elles devront être dissuasives, nous a assuré Bernard Maingain, l’avocat des travailleurs du restaurant, à la sortie de l’audience.

Filière luxembourgeoise?

Comment faire tourner le restaurant avec un capital de 30.000 euros?

Nous avons eu l’occasion de parcourir la liste des questions et l’une d’entre elles a attiré notre attention. Le 14 juin dernier, le fonds de commerce des Armes de Bruxelles a été cédé à la société luxembourgeoise INV4U, fraîchement constituée et dotée d’un capital de 30.000 euros (libéré à hauteur de 25%). Dans ces conditions, les travailleurs se demandent comment la direction fera tourner le restaurant. Et surtout, ils veulent savoir qui se trouve derrière cette société grand-ducale. C’est le sens de l’une de leurs questions écrites.

Après avoir rappelé l’existence d’un rapport de la Cellule de traitement des informations financières (CTIF) mentionnant le secteur horeca et le secteur immobilier comme secteurs à risque en matière de blanchiment, les travailleurs demandent à connaître l’identité des repreneurs du fonds de commerce de leur restaurant. "La délégation syndicale maintient sa préoccupation concernant la situation de cette entreprise au capital limité à 30.000 euros et gérée par une fiduciaire dont le gérant ne s’est pas présenté et n’a fourni aucune explication aux travailleurs." Mais ce n’est pas tout. Dans un courrier adressé au président du tribunal de commerce francophone de Bruxelles, avec copie adressée au procureur du roi et à l’auditeur du travail, ces mêmes travailleurs, toujours soutenus par la délégation syndicale, font part de leurs inquiétudes par rapport à cette même problématique, sachant, comme ils le rappellent, que l’identité du bénéficiaire réel effectif du fonds de commerce doit être communiquée dans le cadre de la législation anti-blanchiment.

Financement fragile

Au cours de l’audience qui s’est tenue jeudi, il a également été question du business plan mis au point pour relancer le restaurant. Mais, selon Alain Degols et Bernard Maingain, respectivement juriste de la FGTB et avocat des travailleurs, le plan financier de 350.000 euros présenté par la direction comme plan de relance ne tient pas la route et ne repose sur rien de concret.Les travailleurs regrettent de n’avoir aucune trace de la concrétisation de ce prêt. "La délégation souhaite connaître le partenaire bancaire qui a octroyé les crédits de 350.000 euros. Existe-t-il un banquier à Bruxelles qui a octroyé ce crédit alors que l’entreprise est en déficit en 2016 et en 2017?" se demandent les travailleurs parmi la liste de questions soumises à la direction. Plus loin, ils rappellent que le restaurant affiche un impayé de plus de 400.000 euros auprès du secrétariat social.

On le voit, les cuisines semblent prendre l’eau de toutes parts, un sentiment renforcé par la volonté affichée par la direction du restaurant de licencier neuf travailleurs. Là non plus, pas de nouvelles depuis l’été. Au cours de l’audience, Alain Degols a voulu en savoir plus sur cette annonce faite lors d’une réunion d’engager un consultant français qui serait payé 9.000 euros par mois. Si tel est le cas, deux ou trois travailleurs pourraient être poussés vers la sortie pour assurer le salaire du consultant.

En fin d’audience, Jonathan Toro, l’avocat du restaurant, a assuré que les réponses écrites seraient apportées au plus tard pour la prochaine audience prévue au début du mois de mars.

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