Ruée vers l'or dans les égouts bruxellois

La rivière Zenne à Bruxelles. ©BELGA

De l’or, de l’argent, du platine: les eaux usées bruxelloises sont "riches". Dans le cadre du projet Sublimus, trois équipes de chercheurs tentent d’y récupérer ces métaux.

"Chaque année, les eaux usées bruxelloises charrient une dizaine de kilos de particules d’or, 60 à 100 kilos de particules d’argent et jusqu’à 1 kilo de platine." Le Pr Gilles Bruylants, de l’Université Libre de Bruxelles, nous livre ici les premiers résultats du projet de recherche Sublimus, financé par la Région bruxelloise, via Innoviris, son agence de soutien à la Recherche et à l’Innovation. Sublimus est un projet de recherche de trois ans impliquant les équipes de l’ULB, de la VUB et de Labiris. Il bénéficie d’un budget de un million d’euros.

Les chercheurs qui y participent souhaitent mettre au point un procédé économique et écologique pour la récupération des métaux contenus dans les boues résiduaires des stations d’épuration de la Région de Bruxelles-Capitale. Depuis le mois de mars 2019, la première phase de ce projet visait à évaluer les taux de métaux précieux présents dans ces fameuses boues. Ce sont ces travaux, menés par les chercheurs de la VUB, qui donnent les chiffres évoqués ci-dessus.

Les robots qui cartographient les égouts bruxellois

Dans un second temps, les chercheurs de Labiris (Campus CERIA, Anderlecht), vont étudier comment certains métaux peuvent être extraits sélectivement des boues d’une manière respectueuse de l’environnement, en utilisant des bactéries. Enfin, au cours de la troisième phase du projet, les chercheurs de l’ULB et de la VUB étudieront comment extraire et purifier les métaux précieux de leur matrice inorganique résiduelle.

"Au cours de la première phase de nos recherches, nous avons déjà eu une surprise à ce propos, commente le Pr Bruylants. L’or n’était pas nécessairement là où on l’attendait. Dans le processus d’épuration des eaux, ce métal ne se retrouvait pas dans le technosable (les boues résiduaires débarrassées de leurs matières organiques) mais bien dans l’eau de filtration."

D’autres métaux sont concernés

"Chaque année, les eaux usées charrient une dizaine de kilos de particules d’or."
Gilles Bruylants
ULB

Avec Sublimus, les chercheurs pourraient donc un jour récupérer de manière économique ces métaux précieux dans les boues des stations d’épuration. "Cela a du sens quand on sait qu’il faut aujourd’hui traiter une tonne de minerai pour récupérer un gramme d’or, dit le chercheur de l’ULB. Dans les boues bruxelloises, la teneur en or est du même niveau."

Mais l’intérêt du projet Sublimus est aussi ailleurs. En supprimant ces métaux des boues résiduaires des stations d’épuration, cela peut induire une diminution des coûts du traitement des eaux usées. Les boues, moins "toxiques", pourraient à nouveau être valorisées autrement que par incinération.

D’autant que les chercheurs ne travaillent pas que sur les métaux nobles. Le zinc, le cuivre, le plomb, le mercure… "Ces éléments sont aussi intéressants à récupérer ou parce qu’il s’agit de polluants", estime le Pr Bruylants. Mais à propos, d’où proviennent ces métaux qui barbotent dans les eaux usées bruxelloises? "D’une multitude de sources. De l’érosion des bijoux (or et argent), de leur utilisation dans des médicaments (or) ou comme agents antibactériens (argent), indique l’ULB. Pour le platine, une des sources se situe dans les rejets des catalyseurs des moteurs diesel."

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