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Voici comment Bruxelles a géré un foyer de Covid

Suite aux tests, il apparaît, le 16 juillet, qu'un cluster est localisé dans un quartier à cheval sur Schaerbeek et Evere. Voici comment les autorités bruxelloises ont réagi. ©Tim Dirven

Le 16 juillet dernier, un "cluster" familial est détecté dans un quartier chevauchant Evere et Schaerbeek. Onze personnes, habitant à plusieurs adresses. L'Echo a tenté de retracer le déroulé des opérations.

Les plus indulgents diront qu’il s’agit là du sel de la chose politique; les plus excédés y verront querelles d’ego et fuite de responsabilités. Tandis que le coronavirus semble décidé à de nouveau faire des siennes en Belgique, voilà que l’on se chamaille d’Anvers à Bruxelles afin de savoir qui décroche la palme de la ville la plus touchée.

Loin de nous l’idée de compter les points – ce qui méritera d’être fait par ailleurs. Mais dans sa réplique à Bart De Wever (N-VA), grand patron de la cité portuaire, Alain Maron (Ecolo) a mentionné l’existence d’un cluster, situé à cheval sur Schaerbeek et Evere. Une éruption de Covid locale, décelée et traitée puisque, assure le ministre bruxellois de la Santé, «la situation est rentrée dans l’ordre».

On a voulu en savoir davantage. Retracer l’histoire de ce cas particulier, du retentissement de la sonnette d’alarme aux actions sur le terrain. Afin de voir, concrètement, comment fonctionne le dispositif dont Bruxelles s’est dotée pour lutter contre l’épidémie.

Remontons le temps.

Nous sommes le jeudi 16 juillet. À 9h30 se tient la réunion de coordination et de suivi dans les services de la Commission communautaire commune. La Cocom, parfaitement, cette institution hautement méconnue, dont on se demande parfois pourquoi elle n’a pas été digérée par la Région, et qui se retrouve bombardée en première ligne de la lutte contre l’épidémie.

Vous avez dit cluster?

Toutes les données disponibles sont passées au crible. «Nous disposons de quatre sources d’information, détaille Patrick Van Der Kar, l’un des managers de crise de la Cocom. Les données fournies par Sciensano, mais aussi celles remontant des maisons de repos et de soins, des médecins et des associations de terrain.»

Au cœur de l’attention, l’apparition d’éventuels clusters, ou foyers. «Dans une collectivité, comme une entreprise ou une maison de repos, le seuil est fixé à deux infections sur sept jours. Et sur le territoire bruxellois, en général, nous guettons l’apparition de deux, trois cas, voire plus, au sein d’une même habitation, ou d’une famille.»

35
Nouveaux cas en sept jours
Le 16 juillet, 35 nouveaux cas de Covid en une semaine sont détectés à Schaerbeek (22) et Evere (13). Ce qui fait réagir la Cocom, c'est l'existence d'un cluster de 11 personnes dans un quartier à cheval sur les deux communes, qui sont aussitôt alertées.

Justement, ce jeudi-là, les voyants passent au rouge. Sur Schaerbeek (22) et Evere (13), le nombre de nouveaux cas détectés en une semaine passe à 35. Mais là n’est pas le souci. «Ce qu’il y a, c’est que notre analyste détecte une concentration, un cluster familial réparti sur plusieurs adresses dans le même quartier et constitué de 11 personnes.» C’est là que les choses s’emballent.

Un incendie s'est déclaré. L’heure n’est plus à la prévention, mais à la gestion. Le call-center régional – on dit régional, mais c’est encore la Cocom à la manœuvre – prend la main. Sa mission: contacter les personnes infectées et, entre autres, établir la liste des personnes rencontrées jusqu’à 48 heures avant l’apparition des symptômes.

Il ne nous a pas été possible de déterminer combien de personnes les membres de ce cluster ont identifiées comme «contact à haut risque». Tout au plus sait-on que, durant la semaine du 14 au 20 juillet, une moyenne de 2,7 têtes de pipe est communiquée par personne jointe. «Sur le cluster de Schaerbeek/Evere, nous sommes dans les mêmes proportions», indique-t-on à la Cocom.

Un réseau de "spoc"

Dans les équipes de prévention, cela s’agite tout autant. «Pour nous, ce cluster constitue presque une affaire classée, poursuit Patrick Van Der Kar. Le feu a pris. Notre job, c’est d’éviter que d’autres ne démarrent juste à côté. Voilà ma mission: éteindre des feux de broussaille.»

"Voilà ma mission: éteindre des feux de broussaille."
Patrick Van Der Kar
Coordinateur de crise à la Cocom

Arrivé à la Cocom le 4 mai, le coordinateur Van Der Kar est en charge de la bonne communication entre intervenants – qu’il s’agisse de la Cocom, des 19 communes bruxelloises ou de la gouverneure. Pour ce faire, un réseau de «spoc», pour single person of contact, a été mis en place début juin. Aussi n’y a-t-il, dans chaque commune, qu’une seule personne à alerter, qui jouera ensuite la courroie de transmission locale.

Le 16 juillet à 15h30, il est décidé d’organiser, le lendemain à 11h, une visioconférence réunissant, outre la Cocom, les «spoc» de Schaerbeek et d’Evere, ainsi que la zone de police. Entre-temps, de premiers contacts informels ont lieu. Le vendredi 17 juillet à 11h, ladite réunion a lieu.

«Les noms et adresses des personnes infectées ne nous ont pas été communiqués, se souvient Ridouane Chahid (PS), bourgmestre faisant fonction d’Evere. Par contre, un périmètre précis a été délimité, autour de la rue du Tilleul, qui sépare Evere de Schaerbeek. La Cocom nous a bien aidés, notamment en nous conseillant sur la priorité des actions à mener.» Dans la foulée, Anderlecht, Jette, Koekelberg et Molenbeek sont également contactées, parce que leurs indicateurs sont à la hausse.

"Nous avons privilégié les lieux à forte fréquentation. Un parc, dont l’accès a dû être régulé, une place ou un endroit comptant plusieurs cafés. Durant tout le week-end, nous avons insisté sur la nécessité du port du masque et des gestes barrière."
Ridouane Chahid
Bourgmestre faisant fonction d'Evere

Le samedi 18 juillet – le temps notamment d’imprimer affiches et tracts – les agents communaux sont sur le terrain, réparti entre Schaerbeek et Evere. Et c’est parti pour une vaste tournée de prévention, où les mesures de sécurité sont rappelées dans le périmètre concerné. «Nous avons privilégié les lieux à forte fréquentation. Un parc, dont l’accès a dû être régulé, une place ou un endroit comptant plusieurs cafés, détaille Ridouane Chahid. Durant tout le week-end, nous avons insisté sur la nécessité du port du masque et des gestes barrière.»

Après la prévention, les sanctions

Un travail de terrain qui se poursuit jusqu’au jeudi, qui voit le Conseil national de sécurité se réunir. «À ce moment, nous avons élargi le travail de prévention à toute la commune.» Le samedi 25, la police prend le relais. Quitte à dégainer des sanctions si nécessaire.

Du côté de la Cocom, l’attention ne faiblit pas. La zone est surveillée, mais le voyant rouge ne s’allume guère. Entre le jeudi 16 et le jeudi 30, le nombre de nouveaux cas répertoriés en sept jours passe, à Schaerbeek, de 22 à 18, et à Evere, de 13 à 5. «Ce jeudi 30 juillet, nous comptions 177 nouveaux cas sur sept jours à Bruxelles. Souvent concentrés en clusters familiaux. Ce qui fait qu’il n’y a pas tellement d’épingles sur ma carte. C’est l’avantage de surveiller un petit territoire.»

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