interview

Yvan Mayeur: "le secteur privé investit à nouveau dans le centre de Bruxelles"

©Olivier Polet

Yvan Mayeur défend l'attractivité de Bruxelles, et du centre-ville, sans qu'il y ait gentrification pour autant, mais une réapparition de la classe moyenne.

Yvan Mayeur croit dur comme fer en la stratégie mise en place dans le centre de Bruxelles "dont le piétonnier n’est qu’un outil", précise-t-il. Il assure qu’il n’est pas le seul à y croire. Il prend pour preuve les investissements immobiliers réalisés par le secteur privé dans la zone du pentagone.

Lorsque vous avez lancé le projet du piétonnier, vous avez déclaré qu’il allait mettre le centre-ville sur la voie du redressement économique. Aujourd’hui, des commerces ferment leur porte…
Je ne nie pas que certains commerçants ont des difficultés. Mais je constate aussi qu’ils sont repris. Au-delà du discours, je préfère les faits. Et aujourd’hui, il se passe quelque chose qui ne s’est plus passé dans le pentagone depuis 20 ans. Regardons l’immobilier dans le centre. Le privé investit de nouveau. Il y a des nouveaux projets de galeries commerciales et de logements qui vont être construits. D’ici deux ans, il y a 1.000 nouveaux ménages qui vont s’installer dans le centre et qui vont le faire vivre.

©Mediafin

Quel est le prix de ces logements? Les habitants du centre pourront-ils se les offrir?
On parle de logements au prix de 3.500 – 4.000 euros/m². Ces logements se construisent à la place d’anciens bureaux ou entreprises. C’est donc de la reconversion. C’est une gentrification. Mais on ne chasse pas les "pauvres" du centre-ville. Ça, pour moi, c’est fondamental, c’est un apport et pas une substitution. On fait venir une nouvelle population, plus aisée: la classe moyenne qu’on n’avait plus vue depuis longtemps dans le centre-ville.

Mais cela risque de faire augmenter les prix?
C’est possible mais pour le moment, c’est l’inverse qui se déroule. Ne tirons pas de conclusions hâtives en affirmant que cela va faire grimper les prix. Aujourd’hui, ce qu’il est intéressant de constater, c’est qu’on rend le centre-ville de nouveau attractif!

Ces projets existaient avant l’instauration du piétonnier…
Ces projets ont été accélérés par le piétonnier et l’ensemble de notre stratégie, j’en suis convaincu. Les initiateurs de ces projets sont venus me trouver en me disant qu’ils voulaient s’inscrire dans notre stratégie car ils la trouvaient porteuse. Je ne crois pas que des investisseurs mettent de l’argent dans un projet s’ils pensent qu’il n’a pas d’avenir.

Ce sont des projets de groupes Atenor, Besix, etc. qui parce qu’ils ont les reins solides peuvent se permettre de prendre des risques. Quid des petits commerçants?
Ces investissements vont permettre aux petites enseignes de venir s’installer. Par exemple, dans le projet Crystal City, on a mis les balises nécessaires pour que les espaces soient réservés aux petites enseignes. On a une vision stratégique pour la ville. On sait où on va. Pour que les gens reviennent dans le centre, il faut une outre une politique culturelle forte, il faut aussi une politique commerciale forte.

"Plusieurs projets immobiliers ont été accélérés par le piétonnier."

"Je ne crois pas que le privé mette de l’argent dans un projet s’il pense qu’il n’a pas d’avenir."

"On fait venir une population plus aisée, la classe moyenne qu’on n’avait plus vue depuis longtemps dans le centre. Mais c’est un apport, pas une substitution.On ne chasse pas les pauvres du centre-ville."

"Il faut sortir du discours ambiant et arrêter de dire que les choses ne se passent pas bien dans le centre."

Il y a plein de gros projets commerciaux qui se développent en dehors du centre comme par exemple Docks Bruxsel, près du pont Van Praet (qui ouvrira le 20 octobre, NDLR) ou encore Neo au Heysel. Il faut donc une autre offre dans le centre-ville: une offre commerciale qualitative. On veut un commerce de destination, que les gens viennent en ville pour acheter ça car ça ne se trouve que là. On veut attirer des enseignes qui ne vont pas s’installer dans les autres gros centres commerciaux.

De quelles enseignes parlez-vous précisément?
Des négociations sont en cours. Je ne vais donc pas citer de marques. Vous en saurez plus dans les semaines à venir. Mais regardez l’offre existante à Dansaert. Les gens viennent pour telle boulangerie, pour telle boutique de lingerie. C’est pour ça qu’on a refusé que Cos vienne s’y installer. On veut maintenir un certain type de commerces, de qualité qu’on ne trouve pas ailleurs. Les commerçants doivent aussi se remettre en question. Par exemple, dans chaque grande ville, l’activité "mode" est une activité importante. Mais toutes les enseignes subissent la concurrence de l’e-commerce. Il faut donc proposer autre chose. Il faut qu’on vienne à la boutique non pas pour acheter mais pour vivre un événement, par exemple en organisant une rencontre avec le créateur. Je veux soutenir toutes les initiatives qui seront prises dans ce sens.

Marion Lemesre, l’échevine du Commerce, avait évoqué le projet d’une galerie commerciale "Made in Belgium", c’est toujours dans le pipeline?
C’est une bonne idée, mais on ne doit pas se limiter à ça. Il y a d’autres enseignes qui ne sont pas forcément belges mais qui peuvent aussi être intéressantes.

Pensez-vous que de nouveaux commerçants auront envie de venir s’installer dans le centre alors que ceux qui y sont s’en plaignent?
Mais oui. Un chef étoilé m’a dit: "Je veux être le premier à m’installer sur le piétonnier". Il faut arrêter de vouloir brûler la sorcière. Il faut arrêter de dire que les choses ne se passent pas bien dans le centre. Il faut sortir du discours ambiant, arrêter de mettre tous les maux sur le piétonnier. Je demande qu’on sorte du bashing anti-Bruxelles que certaines associations de commerçants ont mené. En faisant cela, ils se tirent eux-mêmes une balle dans le pied.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content