analyse

Congés illimités et autres petits cadeaux pour travailleurs

©Photo News

Une entreprise de Louvain-la-Neuve lance les congés payés illimités. Ce n'est là que la dernière trouvaille dans un marché du travail qui se décarcasse pour dénicher des "talents" et les garder. Petit catalogue de l'offre existante...

Des congés payés illimités. L'impensable rêve? C'est pourtant le système que va instaurer Jonckers, une entreprise de traduction installée à Louvain-la-Neuve, comme l'expliquait La Libre Belgique ce mardi matin. À première vue, ce système inspiré de ce qui se pratique déjà aux États-Unis semble insensé. Mais dans le contexte actuel, il ne l'est pas. On est en pleine "guerre des talents": les entreprises peinent à recruter du personnel qualifié et à le garder. Elles font face au ras le bol des employés, les compteurs du burn-out s'affolent. Il faut plaire à ses employés, c'est le nouveau challenge.

"J'avais déjà entendu parler des congés illimités aux USA. Mais certaines entreprises ont déjà fait marche arrière", précise Olivier Marcq, conseiller juridique chez Acerta qui connaît toutes les astuces de séduction des boîtes modernes. "Chez nous, ce qui se fait de plus en plus, ce sont les plans cafétéria, qui permettent aux travailleurs d'utiliser une partie de leur rémunération comme ils le souhaitent, et donc notamment à des congés. Il y a souvent moyen d'avoir plus que les 20 jours de congés légaux, surtout que plusieurs commissions paritaires instaurent aussi des congés supplémentaires en fonction de l'ancienneté."

Des congés payés illimités...
Comment ça marche?

A Louvain-la-Neuve, la société de traduction Jonckers a choisi un programme tout particulier pour faire face à la démotivation des travailleurs, aux problèmes de burn-out et aux cycles irréguliers du travail: fini, la limitation du nombre de jours de congé. Les employés pourront bientôt demander des congés payés quand ils le veulent, au-delà de leur quota légal.

Ce système, venu des Etats-Unis, a déjà été testé par l’une ou l’autre société en Belgique. Comment ça marche? Toute demande n’est pas validée d’office: il faut jongler avec les desiderata des collègues. Les objectifs mensuels sont scrutés, le chiffre d’affaires de l’entreprise ne peut en souffrir. Bref, ce n’est pas l’open bar mais une sorte d’individualisation.

«C’est vers la personnalisation du travail que les employeurs doivent aller», précise Philippe Lacroix, de ManpowerGroup. Les dérives sont possibles. Mais pas là où on croit, d’après les expériences: des employés soucieux de se démarquer réclament… le moins de congés possible. Cela n’arrivera pas chez Jonckers: les jours légaux et les heures sup’ devront être pris.


Chacun sa vie, chacun son avantage

Les plans cafétéria permettent, outre des jours de congé, de recevoir, en échange d'une part de salaire, un smartphone, un vélo électrique, une assurance hospitalisation pour la famille, un pack téléphonie-TV-internet, un complément d'allocations familiales ou d'assurance groupe, une voiture de société plus chère...

"Si un jeune travailleur coûte 4.000 euros à son patron, il reçoit environ 1.800 euros nets. Mais si l'entreprise lui offre une petite voiture qui consomme peu, l'employé aura toujours 1.600-1.700 euros net en poche. Pareil pour un "beau" smartphone, qui ne coûtera que 10 à 20 euros sur le salaire. Ce genre d'avantages attire et fidélise, d'autant plus que l'on peut les faire évoluer en fonction de nos choix de vie", précise Olivier Marcq.

Horaire flexible

Pour l'expert d'Acerta, de nombreux employeurs jouent aussi sur la flexibilité pour contenter leur personnel: des heures d'arrivée et de départ dans des créneaux larges, un temps de midi fluctuant, la possibilité de prester plus longtemps certaines semaines et moins à d'autres périodes, le télétravail... Ce dernier intéresse particulièrement les jeunes. "Pour certains travailleurs, de tels systèmes leur permettent carrément de conserver leur temps plein alors qu'ils auraient dû prendre un crédit temps sans cette flexibilité."

Les PME à la traîne

Si de tels systèmes se répandent aujourd'hui, ils restent quand même réservés de facto aux grosses structures. "Il faut un service du personnel pour gérer tout ça. Pour les PME, c'est plus compliqué. Elles peuvent offrir des chèques repas, mais le télétravail reste inaccessible aux vendeuses ou aux infirmières... Néanmoins, on voit, dans le secteur de la pharmacie, qui manque particulièrement de personnel, qu'on commence à s'intéresser aux différentes solutions. Comme la pénurie de personnel s'aggrave, de nombreux patrons n'auront bientôt plus le choix", assure l'expert juridique d'Acerta. 

Et la formation...

"Tout le monde est convaincu du problème, mais peu d'entreprises ont le temps de s'y atteler", explique encore Tom Vlieghe, directeur du Talent Center d'Acerta. "Ce qu'il faut, c'est attirer du potentiel et investir dans le développement de celui-ci." Pour lui, la solution pour gagner la guerre des talents, elle est là. "Les études montrent que ceux qu'on a engagés comme "potentiels" sont ceux qui se sentent le mieux dans leur job. Les patrons doivent fonctionner autrement: plutôt que de recruter un profil qui correspond à une job description, il faut découvrir un talent, l'utiliser dans l'organisation et dialoguer avec celui-ci: qu'aimerait-il faire? À quoi veut-il se former? C'est nécessaire parce qu'aujourd'hui, plus aucun job n'existera tel quel pendant 20 ans encore..."

Les catalogues de formation des entreprises se remplissent, d'ailleurs, avec des cours durant les heures de travail, des possibilités d'e-learning...

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect