Et maintenant, ne reste qu'à concrétiser ce Pacte à 150 milliards d'euros

Charles Michel était plus que ravi de présenter "son bébé" ce mardi. ©Photo News

Le comité pilotant le Pacte d’investissement cher à Charles Michel a remis son rapport définitif. Une feuille de route à l’horizon 2030, quelque part entre solide ambition et catalogue de bonnes intentions.

On s’attendait à un événement un brin austère, protocolaire et rapidement expédié, à vrai dire. Mais non. Le gouvernement fédéral avait visiblement envie de marquer le coup, ce mardi, lors de la remise officielle, par le comité stratégique pilotant le pacte d’investissement, de son rapport définitif. Musée de l’Afrique réquisitionné, présentation avec son et lumière, débat et séance de questions-réponses.

1. Ce pacte d’investissement stratégiques, c’est quoi, au juste?

"L’emploi et l’investissement constituent le tandem magique de la prospérité."
Charles Michel
Premier Ministre

Au moins une fois, n’amputons pas son appellation exacte: le Pacte national pour les investissements stratégiques a germé durant l’été 2016 dans la tête du Premier ministre Charles Michel. En mars 2017, un comité stratégique est institué, présidé par Michel Delbaere, l’ancien patron du Voka. 

Le point de départ est simple: voilà trente ans que la Belgique sous-investit massivement dans ses infrastructures. L’an dernier, les investissements publics représentaient 2,2% du PIB, contre une moyenne de 3,2% dans la zone OCDE et, surtout, 5,5% dans ce même pays, au début des années 70. L’idée est donc de se remettre à investir, le plus rapidement possible, surtout que nos infrastructures ont déjà connu des jours meilleurs et que ne pas s’en préoccuper reviendrait à léguer une dette cachée aux générations futures. Voilà lancé le pacte d’investissement. Initialement, il est question de 30 milliards d’euros à l’horizon 2030, qui deviennent rapidement 60 milliards. Et voilà à présent que l’on parle de mobiliser entre 144 et 155 milliards, dont 55% seraient assumés par le privé.

2. Comment finance-t-on ces 150 milliards?

"Chaque euro investi doit en rapporter 1,7 dans les dix ans et 2,7 dans les vingt ans."
Michel Delbaere
Président du Comité stratégique

"Le financement n’est pas le souci", balaie Michel Delbaere. Qui assure que parmi les critères ayant procédé à la sélection des priorités, celui-ci figurait en bonne place: "Chaque euro investi doit en rapporter 1,7 dans les dix ans et 2,7 dans les vingt ans." Le raisonnement est le suivant. Le pacte implique quelque 55 milliards de nouveaux investissements publics le reste étant considéré comme des "dépenses de fonctionnement" devant être financées "par une réallocation des priorités au sein des budgets publics existants". Etalés sur onze ans, cela ne fait jamais "que" 5 milliards à dégager annuellement. "Soit environ 1,1% du PIB. Ce qui permettrait à la Belgique de recoller à la moyenne européenne." 

Rien d’insurmontable: membre du comité de pilotage et patron de Belfius, Marc Raisière ne dit pas autre chose. "Les capitaux sont présents et les taux d’intérêt sont historiquement bas." Les partenariats public-privé (PPP) et les contrats de performance énergétique (CPE) pourraient effectuer jusqu’à 30% du job, assure le comité, qui recommande la mise sur pied de fonds d’investissements dans les infrastructures.

Et puis, il y a l’Europe. Celle des coups de pouce. "La Belgique pourrait davantage faire appel au financement européen." Et celle qui place des bâtons comptables dans les roues. "La norme SEC impose aux autorités publiques d’amortir la totalité de la dépense la première année. Si ce cadre s’appliquait aux entreprises privées, elles seraient incapables d’investir." La Belgique a raison de plaider pour de la souplesse, souligne le rapport. Naïveté?Pas exactement. Parce qu’en coulisse, le comité sait que ce relâchement, s’il devait advenir, ne sera de toute façon pas pour demain.

3. Quels sont les projets retenus?

Autant prévenir: vous ne trouverez nulle liste de projets précis, à l’inverse de ce qu’avaient fait le Fédéral et les entités fédérées début 2018, regroupant tous leurs souhaits au sein d’une liste évoquant une lettre d’enfant adressée à Saint-Nicolas.

Non. Le comité a pensé plus "macro" et défini six domaines stratégiques et prioritaires. Sans grande surprise, puisque ceux-ci étaient déjà évoqués dès le premier rapport, délivré il y a exactement un an mais soyons de bon compte, le rapport a étoffé les directions à prendre au sein de chacun d’entre eux. On vous les livre en guise de rappel.

Numérique:
Un poste pesant entre 28 et 32 milliards, avancés aux 2/3 par le privé. Où il est question de reconversion à grande échelle des travailleurs, d’infrastructures dont la 5G et de la mise sur pied d’écosystèmes numériques dans des secteurs où la Belgique occupe déjà une place de choix.

Cybersécurité:
Le corollaire du premier domaine, versant sécurité: 15 milliards, dont deux tiers d’origine publique.

Enseignement:
Environ 12 milliards publics à destination de la transition numérique, de la recherche universitaire, des infrastructures, de la formation en alternance et de l’extension de la scolarité aux enfants de trois à six ans.

Soins de santé:
De 7,5 à 9,5 milliards, aux 2/3 publics. Au menu, nouvelles technologies, intégration des données et innovation.

Energie:
Environ 60 milliards, à 85% privés, faits d’efficacité des bâtiments publics, de réseaux, de stockage, d’énergies renouvelables et de démantèlement nucléaire.

Mobilité:
Entre 22 et 27 milliards, aux trois quarts publics, afin de développer et entretenir des réseaux de transport, mais aussi gérer la demande, privilégier les solutions de mobilité intelligente et mettre en place un Observatoire national dédié.

On soulignera au passage que cette liste laisse peu de place à certains souhaits exprimés par les gouvernements, début 2018. On pense notamment aux prisons, centres fermés et avions de combat du Fédéral, qui se glisseront avec difficulté dans la vision ici développée.

4. Comment faire atterrir ce pacte et en assurer la continuité?

La Belgique étant ce qu’elle est, l’argent n’est pas tout. Le comité préconise la mise en place de comités de suivi, politique et technique, une harmonisation des procédures d’autorisations entre différentes entités et de garantir la sécurité juridique, administrative et fiscale pour les investisseurs. Entre autres. De quoi demander un solide effort de concertation c’est parfois ce qui coince le plus dans ce pays.

5. Comment a-t-il été accueilli?

C’est de bonne guerre. Loué d’un côté, ce pacte a été accueilli fraîchement par l’opposition francophone, qui y voit essentiellement une géante opération de communication signée Charles Michel. À l’exception du cdH, qui loue la démarche.

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