L'économie belge s'effondre de 12,2% au deuxième trimestre

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Moins mauvaise que prévue, la chute du PIB belge au deuxième trimestre n'en reste pas moins la plus colossale jamais enregistrée.

D’après une première estimation par la Banque nationale, l’activité économique en Belgique s’est contractée de 12,2% au deuxième trimestre 2020 par rapport au trimestre précédent. C'est la plus lourde chute depuis le début des statistiques trimestrielles, qui remonte à 1995. Comparé au premier trimestre de 2019, le Produit intérieur brut (PIB) s’est replié de 14,5%. Au premier trimestre, le PIB avait déjà régressé de 3,5% en variation trimestrielle.

Tous les secteurs ont été lourdement impactés: la valeur ajoutée au deuxième trimestre a chuté de 13% dans l’industrie, de 13,3% dans la construction et de 11,8% dans les services.

-3,5%
La BNB confirme que la chute du PIB de 3,5% au premier trimestre 2020.

La Banque nationale fournit par ailleurs des chiffres plus détaillés sur le premier trimestre, où l'on observe les premiers effets du chômage temporaire. Si le volume de travail des salariés a affiché un recul de 3,2% (par rapport au trimestre précédent), l’emploi intérieur, lui, n’a reculé que de 0,3% (c’est une contraction de 14.800, personnes). Cet écart s’explique par le fait que les travailleurs placés en chômage temporaire restent comptabilisés parmi les personnes occupées alors que leurs prestations ont été réduites en raison de la crise sanitaire.

Moins mauvais que prévu

Au total, ces chiffres sont moins mauvais qu’escomptés. Belfius, KBC et ING tablaient sur une contraction de l’activité de 15 à 18%. Chez BNPP Fortis, on parlait même de -22%. "Nous nous étions basés sur les chiffres d’affaires dans les entreprises tels qu’ils nous ont été rapportés par la Banque nationale, mais d’autres éléments sont venus atténuer la perte de valeur ajoutée, notamment la prise en charge d’une partie des frais de personnel par les pouvoirs publics", explique Koen De Leus, économiste en chef de BNP Paribas Fortis.

Il s’attend à un rebond de l’ordre de 7 à 8% au troisième trimestre, c’est-à-dire pas de quoi compenser intégralement la chute enregistrée au deuxième trimestre. "Le problème, c'est l'économie à 90%: la consommation est bridée par la peur d’être contaminé et par les contraintes imposées par un déconfinement plus lent que prévu", indique Koen De Leus. Sans vaccin, un rétablissement complet de l’économie est exclu. Dans l’état actuel, le service d’étude de Fortis escompte une croissance économique négative de 8 à 10% sur l’ensemble de l’année 2020.

10%
Chez Fortis, on table sur une contraction de l'économie belge de 8 à 10% sur l'ensemble de 2020.

Vague de faillites

Pour autant, Koen De Leus juge que la réponse des pouvoirs publics a été globalement à la hauteur. "Au niveau belge, le gouvernement Wilmès a bien réagi au premier choc en instaurant le chômage temporaire et autres mesures de soutien aux entreprises. Au niveau de la relance par contre, nous accusons un certain retard par rapport à d’autres pays qui disposent déjà d'un plan de relance entièrement ficelé. Chaque mois de retard se traduira par davantage de faillites", prévient-il.

Koen De Leus (BNP Paribas Fortis). ©Frank Toussaint

"Le gouvernement Wilmès a bien réagi au premier choc."
Koen De Leus
Économiste en chef chez BNP Paribas Fortis

La vague de faillites est attendue à partir de septembre et octobre prochains. "Certaines entreprises qui étaient tributaires des aides et du chômage temporaire vont faire leurs comptes et devoir conclure que la faillite est la seule issue."

Précédent européen

Au niveau européen, le jugement de l’économiste en chef de Fortis est plus positif. "La réponse européenne a été nettement plus rapide et plus énergique qu’en 2008 et 2009. Les États membres les plus touchés recevront dans les deux ou trois années à venir jusqu’à 5% de leur PIB sous forme d’aides européennes. C’est considérable. A cela s’ajoute que pour la première fois, on a une solidarité budgétaire européenne avec des transferts fiscaux. C’est un précédent historique et je pense qu’on ne reviendra plus en arrière."

"La réponse européenne a été nettement plus rapide et plus énergique qu’en 2008 et 2009."
Koen De Leus
Économiste en chef chez BNP Paribas Fortis

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