L'épargne-carrière séduit les CEO après les travailleurs

L'échange de cash contre davantage de congés: le système séduit tant les travailleurs que leurs patrons. Alors, c'est pour bientôt? ©REUTERS

On savait déjà que 70% des travailleurs s’étaient déclarés en faveur de la constitution de comptes d’épargne-carrière individuels, dans le cadre de la loi Peeters sur le travail faisable. Acerta a mené l’enquête auprès d’un panel de patrons d’entreprise: 75% d’entre eux y sont également favorables. Si tout le monde est d’accord, pourquoi ne pas avancer?

Patrons et travailleurs semblent prêts à s’entendre sur l’entrée en vigueur de l’épargne-carrière, à en juger par les résultats d’une nouvelle enquête d’Acerta dont nous avons pris connaissance. Trois quarts des 469 CEO et dirigeants d’entreprise interrogés par le groupe de services de ressources humaines se déclarent disposés à rendre concret, dans leurs sociétés, ce système permettant aux travailleurs de choisir eux-mêmes le moment où ils prendront les jours de congé auquel donnent droit les heures supplémentaires, les jours de vacances ou les crédits d’heure qu’ils auront épargnés. À n’importe quel moment de leur carrière dans le futur et plus obligatoirement dans l’année…

La loi Peeters prévoit la possibilité de transformer non seulement des jours, mais aussi de l’argent en plan d’épargne-carrière, mais uniquement via l’adoption d’un arrêté royal ad hoc.
Olivier Marcq
juriste chez Acerta

Précédemment, Acerta avait interrogé un panel de travailleurs sur le même thème, avec pour résultat que 70% d’entre eux s’y déclaraient favorables.

Faites les comptes: 75% des patrons et 70% des forces vives des entreprises, tous secteurs et toutes Régions confondus, approuvent la mesure… La conclusion qui s’impose est que, dans ces conditions, on se demande pourquoi les partenaires sociaux éprouvent tant de difficultés à s’accorder sur le sujet au Conseil national du Travail (CNT).

Ce dernier cénacle a, pour rappel, jusqu’au 31 janvier 2018 pour proposer des modalités ou un système alternatif d’épargne-carrière, après quoi le gouvernement fédéral appliquera d’autorité, le 1er février 2018, ce volet de la loi Peeters sur le travail faisable et maniable tel qu’il a été libellé en février dernier. Au départ, le CNT avait six mois pour accoucher d’un accord, mais comme il n’y a pas réussi, il a hérité d’un rabiot de six mois supplémentaires. Patronat et syndicats y ont soumis des propositions, qu’ils ne sont pas parvenus, jusqu’ici, à combiner. Ils achoppent sur le mode de mise en œuvre de cette flexibilité, selon Acerta.

Du cash contre des vacances

Une partie des dirigeants d’entreprise sont également prêts à étendre le débat, montre l’enquête.

"La loi Peeters prévoit la possibilité de transformer non seulement des jours, mais aussi de l’argent en plan d’épargne-carrière, mais uniquement via l’adoption d’un arrêté royal ad hoc" (Olivier Marcq, juriste chez Acerta)

Interrogés également à ce propos, 45% des CEO ont cité comme première option à offrir aux travailleurs pour composer eux-mêmes leur package salarial, l’échange d’une partie de leur salaire en cash contre des jours de vacances supplémentaires – toujours à comptabiliser dans leur compte d’épargne-carrière. À noter qu’ils ont donné pour deuxième option de package salarial la constitution d’une pension complémentaire (42% des CEO interrogés), devant l’octroi d’une voiture ou d’un vélo de société (41%).

"Nous avons trouvé ce résultat étonnant, commente Olivier Marcq, car les employeurs se plaignent souvent qu’il y a trop de congés payés. De même, ils critiquent fréquemment les crédits-temps au motif qu’ils désorganisent l’entreprise."

Créativité

On se serait dès lors attendu à ce qu’ils ne soient qu’une petite minorité à approuver l’échange de cash contre davantage de congés. Quand on parle de cash, c’est bien entendu au sens large: on pourrait imaginer qu’un salarié décide d’affecter tout ou partie de sa prime de fin d’année à son compte d’épargne-carrière, dans une perspective qu’il choisirait de long terme, par exemple, pour partir plus tôt en (pré)pension.

"Si employeurs et travailleurs peuvent convenir librement de cela au niveau de l’entreprise, nous pouvons nous attendre à des mises en œuvre intéressantes et créatives dans lesquelles les deux parties se reconnaissent. Dans ce contexte, il est important de prévoir suffisamment de flexibilité, pouvant mener à des réponses individualisées aux besoins" (Olivier Marcq, juriste chez Acerta)

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