L'image de la Belgique est écornée

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Entre 15 et 17% d’annulations pour le mois de décembre. Les autorités font tout pour stopper l’hémorragie.

Si le Belge pratique volontiers l’autodérision, il apprécie moins en revanche d’être la tête de turc des étrangers. Or, en quelques jours, la Belgique est devenue le punching-ball des médias internationaux. "Belgistan" (France 2), "Molenbeekistan" (Le Figaro), "Belgium, a failed state" (New York Times), "Une Nation sans État" (Le Monde), et on en passe… Aux orties l’image d’un pays sympa où les gens sont cools. Bonjour le "Belgium bashing". Y compris et surtout de la part de nos "amis" français. Dont tous, heureusement, ne partagent pas ces clichés jetés en pâture. Ainsi, Joël Le Quément, fonctionnaire européen à la retraite: "Je déplore ces éditoriaux. J’habite Bruxelles depuis trente ans où nous avons été remarquablement accueillis."

Mais quelles seront les conséquences économiques pour une ville qui, en tant que capitale de l’Europe, mise à la fois sur le tourisme d’affaires et le tourisme de loisirs? Chez Visit.Brussels, l’agence qui assure la promotion du tourisme à Bruxelles, on suit la situation au jour le jour. Dès le déclenchement de l’alerte au niveau 4, des annulations de vols d’avion et de nuits d’hôtel ont été enregistrées. "La réaction a été très émotionnelle: samedi dernier, nous avons enregistré 10% d’annulations, dimanche 17%, lundi et mardi 20%", confirme Patrick Bontinck, CEO de Visit.Brussels. "Depuis lors, la situation s’est calmée, nous avons stoppé l’hémorragie." Mais sommes-nous pour autant tirés d’affaire? Pas sûr…

Reconquérir le public nord-américain sera sans doute plus compliqué.

Howard Liebman, président de la Chambre de commerce américaine en Belgique, (AmCham Belgium), confirme que quelque chose a bel et bien changé. "Le business apprécie la stabilité et, bien entendu, la sécurité physique. À ce stade, il est trop tôt pour affirmer que les événements auront un impact sur des décisions futures d’investissement. Mais nous constatons d’ores et déjà que plusieurs compagnies internationales ont limité les mouvements de leurs employés vers la Belgique ou à l’intérieur de la Belgique. De même, des événements d’affaires ont été annulés, reportés ou relocalisés en dehors de Bruxelles, voire en dehors de la Belgique."

Des chats sur la toile

Sentant le sol se dérober sous leurs pieds, tous les services de promotion du tourisme sont sur le pont. Dès la réouverture des écoles et du métro (partiellement) mercredi, les services de Visit.Brussels, Wallonie-Bruxelles Tourisme et Tourisme Vlaanderen ont placé sur les réseaux sociaux une vidéo de 22 secondes mettant en scène des chats dans les rues de Bruxelles. Un clin d’œil à l’apparition de chatons sur la toile, dimanche soir, à l’occasion du #BrusselsLockdown (verrouillage de la ville). La vidéo a même fait le buzz en Australie.

Mais que nous réserve la suite? Avant les attentats de Paris, le niveau des réservations pour le mois de décembre à Bruxelles était supérieur de 15 à 17% par rapport à décembre 2014. "Avec les annulations enregistrées ces derniers jours, nous revenons au niveau de 2014", constate Patrick Bontinck. L’an dernier, les hôtels bruxellois affichaient un taux d’occupation de 73% durant les fêtes de fin d’année. Le marché de Noël des "Plaisirs d’hiver" y était pour beaucoup.

La réputation de la Belgique a été sérieusement écornée.

Résultat: entre 15 et 17% d’annulations de vols et d’hôtels pour le mois de décembre.

Le tourisme de loisirs sera sans doute plus affecté que le tourisme d’affaires.

Combatif, Patrick Bontinck prépare déjà la reconquête du terrain perdu. "Dès que le niveau d’alerte reviendra au niveau 2, nous lancerons une vaste opération de communication dans les médias internationaux ainsi qu’une campagne d’affichage."

Bien sûr, remonter la pente prendra du temps. "Le tourisme d’affaires devrait reprendre assez rapidement. Par contre, je suis plus inquiet pour le tourisme de loisirs", concède François Heinderyckx, professeur en communication politique et en sociologie des médias à l’ULB. "Les directs enregistrés par les télévisions étrangères devant la gare centrale, jour après jour entre les militaires et les blindés, ont eu un effet désastreux sur l’image de Bruxelles à l’étranger."

Ces dernières années, Bruxelles était pourtant parvenue à opérer un rééquilibrage spectaculaire entre le tourisme d’affaires, qui bénéficie de la présence des institutions internationales, et le tourisme de loisirs, généralement plus volatil en raison de la proximité d’autres capitales (Amsterdam, Paris, Londres, etc.). "Lorsque j’entends le discours fataliste affirmant qu’on devra apprendre à vivre avec la menace, comme s’il s’agissait d’un tournant civilisationnel, je m’inquiète pour le tourisme. Lorsqu’on bâtit une réputation autour de la convivialité et de la culture, une telle affirmation risque de faire des dégâts", prévient François Heinderyckx.

Jouer sur le second degré

Pour ramener les touristes à Bruxelles, il préconise de jouer la carte de l’esprit belge. "Le second degré constitue notre marque de fabrique, il faut exploiter cela. Et pour soutenir les commerçants, on peut imaginer d’organiser sans attendre des soirées shopping par exemple."

Reste à voir si tous les publics seront aussi réceptifs, après les images traumatisantes diffusées en boucle. "Pour le public nord-américain, ce sera plus compliqué", admet Patrick Bontinck. Les autorités américaines ont en effet émis une invitation à la prudence pour l’ensemble des voyages à l’étranger. De son côté, le ministère sud-coréen des affaires étrangères conseille la "prudence" pour les touristes coréens qui souhaitent visiter Bruxelles ou Paris. Or les touristes asiatiques sont une clientèle très prisée chez nous.

Une chose est sûre, il faudra s’armer de patience et faire preuve d’opiniâtreté pour récupérer les acquis patiemment engrangés ces dernières années.

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