La hausse du salaire minimum risquerait d'avoir un impact négatif sur l'emploi

©Ã‚© Gregor Schuster/zefa/Corbis

La FGTB suggère de faire passer le salaire mensuel minimum belge de 1.563 euros brut à 2.300 euros. Un seuil que 15% des travailleurs à temps plein n’atteignent guère, souligne le syndicat socialiste. Sauf que pareille hausse risque de s’avérer contre-productive en Belgique, détruisant de l’emploi.

Et pourquoi pas 14? Telle était la question soulevée ce mercredi par la FGTB wallonne, à l’occasion d’une action menée sur le marché de Huy. Au cœur du débat, le salaire minimum. Enfin, celui qui s’appelle officiellement revenu minimum mensuel moyen garanti (RMMMG) et sous lequel, peu importe le secteur, il n’est guère permis de descendre. Après ça, en Belgique, des salaires minimums par secteurs peuvent être définis – en 2013, la BNB estimait que ceux-ci dépassaient d’environ 20% ce RMMMG.

Le salaire minimum, donc, fixé à 1.562,59 euros brut par mois en 2017. Soit environ 9,65 euros de l’heure, a converti le syndicat socialiste. "Le résultat, c’est que quatre travailleurs sur dix ont du mal à joindre les deux bouts", souligne Geoffrey Goblet, président de la centrale générale de Liège.

14 €
La FGTB wallonne propose de faire passer le salaire minimum belge de 9,65 euros brut de l’heure à 14 euros. Une fausse bonne idée?

L’idée de la FGTB, qui en fait une question de justice sociale, est la suivante: revaloriser ce minimum à 2.300 euros brut, soit quelque 14 euros de l’heure, un seuil qu’environ 15% des travailleurs à temps plein n’atteignent guère. "On se doute bien que cela ne se fera pas du jour au lendemain et les modalités peuvent se discuter, mais l’idée est d’attirer l’attention sur ce débat fondamental et d’en faire un thème de la campagne électorale à venir."

Reste à savoir s’il s’agit d’une bonne idée et si les retombées négatives ne risquent pas de prendre le pas sur les bonnes nouvelles.

Cela inciterait vraisemblablement les gens à travailler davantage et réduirait les pièges à l’emploi.
Etienne de Callataÿ


C’est exact, souligne l’économiste Étienne de Callataÿ, administrateur d’Orcadia. Hausser le salaire minimum n’est pas sans effet sur l’équité fiscale et gonfle le pouvoir d’achat des personnes concernées. "D’un point de vue macroéconomique, une bonne partie de cette hausse serait réinjectée dans le circuit économique, via la consommation." Bémol toutefois: l’entièreté ne profiterait pas à l’économie belge, une partie filant à l’étranger. "Par ailleurs, cela inciterait vraisemblablement les gens à travailler davantage et réduirait les pièges à l’emploi."

Voilà pour la colonne des "+". Qui risque bien, concède Étienne de Callataÿ, de ne guère faire le poids face à celle des "-", dans un petit pays comme la Belgique. "Dans une économie, le salaire doit correspondre à la productivité du travailleur", rappelle Philippe Ledent, senior economist chez ING. Autrement dit, il est censé rapporter plus qu’il ne coûte. "Or, hausser le coût du salaire minimum risque de se montrer dangereux et de déboucher sur des disparitions ou des non-créations d’emplois." Parce qu’il s’agit-là de postes à faible valeur ajoutée, dont l’enchérissement mettrait à mal la productivité et "justifierait, pour l’entreprise, l’investissement nécessaire afin de les remplacer par des machines". Contre-productif, donc.

Hausser le coût du salaire minimum risque de se montrer dangereux et de déboucher sur des disparitions ou des non-créations d’emplois.
Philippe Ledent

"Vieilles solutions"

Un scénario validé par Bruno Van der Linden, même s’il reconnaît que le sujet est matière à controverses. Le directeur de recherches du FNRS, par ailleurs professeur à l’UCL, résume ce que dit la littérature sur l’effet d’une hausse du salaire minimum sur l’emploi des travailleurs jeunes et/ou faiblement qualifiés – parce que ce sont eux, et personne d’autre, qui sont concernés. Trois effets peuvent être de sortie. "Un: les stratégies visant à éviter de payer le salaire minimum poussent au développement de l’économie informelle. Deux: dans certaines zones ou secteurs à faible mobilité des travailleurs et où la concurrence est faible, autrement dit où les entreprises pèsent fortement sur le marché du travail et peuvent se permettre de sous-payer leurs travailleurs, cela ne risque pas de détruire de l’emploi. Trois: si ces derniers critères ne sont pas réunis, que l’offre et la demande de main-d’œuvre sont le déterminant central de l’emploi, là, une hausse a très souvent un effet défavorable."

Ces trois effets pouvant coexister, quel serait le cocktail final pour la Belgique? Il semble, synthétise Bruno Van der Linden, que plus le niveau du salaire minimum est relativement élevé et s’approche du salaire médian – comme c’est le cas en France ou en Belgique –, plus l’impact d’une hausse de ce salaire minimum aura des répercussions négatives sur l’emploi.

Il existe toutefois d’autres méthodes, sans doute plus efficaces, afin de soutenir les bas salaires. Dont la baisse des cotisations sociales – même s’il est hasardeux de déterminer à l’avance si elle bénéficiera à l’employeur ou à l’employé. "Pas mal de pays ont instauré une forme de crédit ou de remboursement d’impôt pour les bas revenus une piste dont l’évaluation semble plutôt positive." Mais qui suscite peu d’intérêt en nos contrées. "Le monde grouille d’expériences que la Belgique semble incapable de voir, regrette Bruno Van der Linden. Continuant à user de vieilles recettes."

©Mediafin

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