Le chômeur wallon coûte-t-il vraiment autant que le chômeur flamand?

©BELGA

Selon la patronne du Forem, la Wallonie rattrape son retard sur la Flandre en matière de chômage. Mais les chiffres mis en avant par Marie-Kristine Vanbockestal sont-ils fidèles à la réalité? Décodage.

Les faits

Ce mercredi matin, sur les ondes de "La Première", Marie-Kristine Vanbockestal, l’administratrice générale du Forem a affirmé que la Wallonie rattrapait son retard sur la Flandre en matière de chômage. "Au début de la crise en 2008, il y avait une différence de 75 000 chômeurs entre les deux Régions, aujourd’hui nous sommes à près de 4000. Donc en terme de coup d’indemnisation de chômage, les Wallons ne coûtent pas plus cher au Fédéral que les Flamands", a-t-elle déclaré.

Le décodage

Ces chiffres reflètent-ils la réalité? Comparer les chiffres absolus du chômage n’a pas beaucoup de sens. La démographie des deux régions n’est pas la même. La population active (nombre de demandeurs d’emploi inoccupés et travailleurs) est quasiment deux fois plus élevée en Flandre qu’en Wallonie. En 2013, elle s’élevait à 1,6 million en Wallonie contre 3 millions en Flandre. Et selon des chiffres de 2015, les demandeurs d’emploi belges sont répartis comme suit: 18% à Bruxelles, 40% en Flandre et 42% en Wallonie.

"Ce n’est pas parce qu’on a le même nombre absolu de demandeurs d’emploi- qui reste d’ailleurs toujours plus élevé en Wallonie — qu’on a le même risque de chômage. La directrice du Forem a comparé des gâteaux de tailles différentes", réprouve Muriel Dejemeppe, professeur d’économie à l’UCL. "Un Wallon a aujourd’hui deux fois plus de chance d’être au chômage qu’un Flamand", avance-t-elle en se basant sur les taux de chômage (voir infographie).

©ipadgraph

Par définition, le taux de chômage représente le pourcentage des personnes faisant partie de la population active qui sont au chômage. Il est donc plus pertinent d’utiliser cette statistique plutôt que des chiffres absolus pour comparer les chiffres de chômage.

"Le nombre de chômeurs wallons repose sur moins de Wallons à l’emploi. Le coût relatif du chômage est donc plus élevé en Wallonie."
Muriel Dejemeppe
Professeur d'économie - UCL

Muriel Dejemeppe estime qu’il est aussi complètement aberrant de "dire que le chômage coûte la même chose en Wallonie qu’en Flandre". Même raisonnement: le nombre de contributeurs est bien plus important en Flandre qu’en Wallonie. "Le nombre de chômeurs wallons repose sur moins de Wallons à l’emploi. Le coût relatif du chômage est donc plus élevé en Wallonie".

Au-delà des déclarations hâtives et des comparaisons hasardeuses, tout l’enjeu est de savoir si oui ou non le marché du travail s’améliore en Wallonie. Et force est de constater qu’il y a bel et bien une embellie du chômage dans le sud du pays. "Le taux de chômage wallon est le plus bas depuis 1992", observe la spécialiste. Mais la réduction de l’écart par rapport à la Flandre est encore très légère. L’écart reste important.

À Bruxelles aussi, la situation s’améliore mais le patron d’Actiris, Grégor Chapelle reste prudent. "Si on compare l’évolution des taux de chômage, on constate une diminution de l’écart avec la Flandre mais pas au stade de se réjouir. Le fossé se réduit mais il reste gigantesque", déclare-t-il.

En Flandre, par rapport à 2008, la situation s’est en revanche quelque peu dégradée mais le taux de chômage flamand reste parmi les meilleurs d’Europe. "Il faut être conscient que si le taux de chômage de la Belgique est dans la moyenne européenne, c’est parce qu’il est tiré par la Flandre qui a un taux de chômage proche de celui de l’Allemagne alors que la Wallonie est plutôt en bas du classement", recadre Muriel Dejemeppe.

Il faudra donc voir si l’amélioration actuelle du chômage en Wallonie s’inscrira dans la durée. "Il est beaucoup trop tôt pour dire que cette tendance baissière est structurelle. Personnellement, j’en doute. Car je reste sceptique sur le choix des politiques d’emploi décidées par le gouvernement". Pour elle, la priorité doit être mise sur l’enseignement et la réduction du coût du travail pour les bas salaires. A.S.

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