La double casquette de Charles Michel est "intellectuellement problématique"

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Charles Michel succède à Olivier Chastel à la présidence du mouvement réformateur. Le président actuel sera candidat à l'Europe. L'annonce, faite ce matin au conseil du parti, pose problème, soulève le politologue Pascal Delwit.

"Le MR en ordre de marche". Dans un communiqué, les Bleus énonçaient ce lundi matin leurs têtes de listes aux prochaines élections fédérales:

→ Ce sera Didier Reynders à Bruxelles (Sophie Wilmès en 2e place)
→ Charles Michel dans le Brabant wallon
→ David Clarinval à Namur
→ Daniel Bacquelaine à Liège
→ Denis Ducarme dans le Hainaut (Marie-Christine Marghem en 2e place)

Les listes régionales seront tirées notamment par François Schepmans (à Bruxelles), Valérie De Bue (dans le Brabant wallon), François Bellot (Dinant-Philippeville), Willy Borsus (dans le Luxembourg), Pierre-Yves Jeholet (à Verviers) et Jean-Luc Crucke (à Tournai-Ath-Mouscron).

 

Chastel, de la présidence à l'Europe

Le Conseil a confié à Charles Michel la mission d’assumer le mandat de Président du MR jusqu’à l’issue du processus électoral et des négociations gouvernementales. Charles Michel poursuivra par ailleurs sa mission de Premier ministre jusqu’à la fin des affaires courantes.
Selon le MR

Autre fait marquant, le président Olivier Chastel fait ses valises pour l'Europe. Il sera tête de liste, devant Frédérique Ries. Il cède dès à présent la présidence à Charles Michel. Ce dernier poursuivra toutefois sa mission de Premier ministre en affaires courantes.  

Charles Michel dit vouloir s'engager pleinement dans le débat et "refuser l'hypocrisie": "le Premier ministre est aussi un leader politique qui veut convaincre et chercher la confiance des électeurs. Je suis un et indivisible. Je vais mener ma responsabilité de Premier ministre à son terme, dans l'intérêt du pays, et dans le même temps je serai présent dans la campagne électorale pour l'avenir du pays, et les deux sont liés."

Le président sortant estimait qu'il ne pouvait à la fois mener son parti aux élections et être tête de liste pour le scrutin européen. "Il s'agit d'un cheminement personnel. Hier, j'ai fait pris contact avec Charles Michel pour lui faire part de mon sentiment: à partir du moment où je suis tête de liste européenne, où je n'ai plus l'ambition d'être au parlement fédéral ou de Wallonie, j'estimais qu'il fallait réfléchir à la façon de conduire notre parti et, intimement, j'ai pensé que Charles Michel était l'homme pour mener notre formation." 

Michel assumera cette fonction au-delà des élections. Il lui reviendra à ce titre de diriger d'éventuelles négociations gouvernementales.

Une présidence "intellectuellement problématique"

Charles Michel assumera donc jusqu'à l'issue du processus électoral et des négociations gouvernementales le mandat de président du MR. Si être à la fois Premier ministre et président de parti est de tradition dans certains pays, c'est loin d'être le cas en Belgique, estime le politologue Pascal Delwit (ULB).

"Formellement, rien n'interdit d'occuper cette double casquette pendant plusieurs mois, mais c'est intellectuellement problématique."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

 "C'est une situation exceptionnelle", reconnaît-il. Si cela s'est déjà vu, c'était lors de "périodes relativement brèves", quelques jours seulement.  "Formellement, rien n'interdit d'occuper cette double casquette pendant plusieurs mois, mais c'est intellectuellement problématique."


En Allemagne ou au Royaume-Uni, il est de tradition que le chef du gouvernement soit également président de son parti, mais le système belge "s'y prête mal". Le Premier ministre l'est de tous les Belges, or la position communautaire du MR peut poser problème aux citoyens du nord du pays.

Le fait d'être en affaires courantes ne rend pas cette situation moins confortable, estime encore le politologue. Il pointe également un paradoxe: Charles Michel n'est devenu asexué linguistiquement qu'à la démission du gouvernement. En devenant président du MR, il ne l'est de nouveau plus, selon Delwit, qui souligne encore que la transition annoncée lundi matin "ne s'est pas faite selon les statuts" du parti. 

Le MR conteste cette lecture. Sur le respect des statuts, le délégué général du parti, Georges-Louis Bouchez, assure qu'en cas de démission du président, la vacance était assurée par le bureau, et que la proposition de ce dernier a été validée par le Conseil du MR, "organe souverain."

Il conteste aussi la perte alléguée du caractère d'asexué linguistique du Premier ministre. "Il ne faut pas lire la Constitution à l'envers. Celle-ci dit que que chaque individu est sexué linguistiquement. Le caractère d'asexué linguistique signifie que, quelle que soit l'appartenance linguistique de l'intéressé, on l'oublie. En outre, la Constitution ne reconnaît pas les partis politiques. Monsieur Michel peut donc être Premier ministre et président du MR comme s'il était président de l'association des anciens de son école de Wavre."

 Le délégué général du MR qualifie de partisane l'interprétation du politologue.

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