Les patrons dévoilent leurs exigences, la FGTB crie sa colère

"Les entreprises ne sont pas l'ennemi de l'ambition climatique, assure le patron de la FEB, Pieter Timmermans. Elles en sont partenaires." ©BELGIAN

Limitation dans le temps des allocations de chômage, suppression de l'indexation automatique des salaires, marché du travail plus flexible ou encore investissements dans l'isolation des bâtiments et les infrastructures de mobilité. La FEB vient de livrer ses priorités pour les élections de mai 2019.

C'est de saison, alors que le triple scrutin de mai 2019 se fait de plus en plus imminent. Qui dit élections, dit revendications; chacun y va donc de son mémorandum. 

Ce lundi matin, c'est le patronat qui se livrait à cet exercice, suivi dans l'après-midi d'un débat entre présidents de partis. Le thème choisi par la Fédération des entreprises de Belgique (FEB)? "Less is more". "Il ne faut pas sans cesse rajouter des couches, ramasse son administrateur délégué. Au contraire, parfois il faut savoir en enlever." D'où le thème: faire "plus", avec "moins". Plus? "Plus d'emplois, de compétitivité, de flexibilité sur le marché du travail, avec une concertation sociale qui fonctionne mieux", liste la FEB. Moins? "Moins d'emplois vacants, de charges sur le travail, d'embouteillages, d'administration, de grèves ou encore de règles freinant l'emploi et les investissements". 

Un programme sur lequel la FEB planche depuis 9 mois. Et pour lequel elle assure avoir tâté le plus de pouls possible. Et dont voici quelques lignes de force - sans vraie surprise non plus. 

1. Marché du travail

"Nous sommes parmi les pays affichant le taux de vacance d'emploi le plus élevé, soupire Pieter Timmermans. Les jobs sont là, mais la Belgique est loin de disposer d'un marché flexible, comme on l'entend parfois." Pour y remédier, la FEB revient avec la limitation dans le temps des allocations de chômage, couplée à une politique régionale ambitieuse en matière de formation et d'activation.

"Nous sommes parmi les pays affichant le taux de vacance d'emploi le plus élevé."
Pieter Timmermans

Autre thème privilégié, la suppression des freins à l'embauche, notamment via la simplification et le raccourcissement des procédures relatives au temps et à l'organisation du travail. La FEB souhaiterait ainsi que le travail de nuit ne débute pas à 20h, mais à minuit, et que la formation des salaires ne dépende plus de l'âge et de l'ancienneté. 

Il est encore question de règles plus souples côté migration économique, de valorisation auprès des jeunes des filières scientifiques et technologiques ou encore d'un renforcement de la connaissance de la deuxième langue.

2. Énergie et climat

"Les entreprises sont un partenaire, pas un ennemi", veut faire savoir la FEB à ceux qui marchent en faveur du climat. Qui prône notamment l'instauration, à l'échelon européen, d'une "taxe carbone". Et espère que la Belgique se lance dans un vaste programme d'isolation des bâtiments, tout en instaurant des procédures accélérées en faveur des sources d'énergie alternatives.

Puisque l'on parle énergie, le patronat souhaite également la prolongation, pour dix ans, d'au moins deux réacteurs nucléaires, l'introduction d'une norme énergétique permettant de garder à l'oeil la facture énergétique des entreprises tout en la comparant avec celle des pays voisins. Ceci, encore. Que la facture énergétique cesse d'être une feuille d'impôt déguisée et que ne s'y retrouvent plus que les "coûts ayant réellement trait au système énergétique". "Que le reste soit financé avec clarté, et pas discrètement, par ce biais."

3. Compétitivité et fiscalité

Certes, la Belgique s'est penchée, avec une certaine efficacité, au chevet de sa compétitivité ces dernières années. Mais l'écart historique avec les pays voisins n'est pas encore entièrement résorbé - même en tenant compte de la progression de la compétitivité, avance la FEB. Qui réclame donc que les soins se poursuivent. 

Cela passe, vous vous en doutez, par une baisse de la fiscalité. Des cotisations patronales, ramenées à 25% par la grâce du tax shift, mais que la FEB entend voir baisser à 20%. Un taux que devrait également atteindre l'impôt des sociétés d'ici 2024, et ce même si sa descente vers 25%, actée sous le gouvernement Michel, n'est pas encore achevée.

"Un salaire de 1.600 euros brut donne 1.520 euros en net. En ajoutant 1.000 euros en brut, la hausse n'est que de 284 euros en net!."
Pieter Timmermans

Par une réduction de l'ordre de 25% des charges administratives liées à la fiscalité, pesant, selon le patronat, plus de 4 milliards en 2018. Sans oublier une refonte de l'impôt des personnes physiques, afin de "rendre le travail plus rémunérateur que l'inactivité" et désamorcer les pièges à l'emploi. "Un salaire de 1.600 euros brut donne 1.520 euros en net. En ajoutant 1.000 euros en brut, la hausse n'est que de 284 euros en net!"

S'agirait-il de pincettes? "Idéalement", le mécanisme d'indexation automatique des salaires doit disparaître et la discussion de la compensation de l'inflation, être intégrée à la concertation sociale. La FEB dispose d'un plan B, au cas où cet idéal n'adviendrait pas. "S'il est maintenu, ce mécanisme devrait être réformé en profondeur. Son impact devrait être limité afin que celui-ci ne puisse excéder le niveau fixé dans le cadre de l'accord interprofessionnel."

Quitte à, pour ce faire, geler temporairement l'indexation. "Enfin, glisse la FEB, il pourrait être également envisagé de valoriser l'enveloppe de l'index à des fins plus utiles: mobilité, pensions complémentaires, etc." Les syndicats apprécieront. 

4. Mobilité et investissements

Lancez la FEB sur ce sujet et elle sera intarissable. Première exigence: le remplacement des taxes de (mise en) circulation par une redevance kilométrique "intelligente" - autrement dit, taxer non plus la possession, mais l'usage des véhicules. Ajoutez à cela la fusion de l'allocation mobilité - plus connue sous le nom "cash for car" - et du budget mobilité, récemment voté, dans un système unique, plus simple et transparent.

"À Vienne, les services publics de nettoyage s'activent à partir de 21h30 et roulent en camionnette électrique. Quand je viens à Bruxelles le mardi ou le jeudi, je sais qu'il me faut compter vingt minutes de plus, parce que les poubelles sont ramassées durant les heures de pointe, bloquant la circulation."
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

"Il faut aussi pouvoir discuter de livraisons silencieuses en soirée ou de nuit, dans et autour des villes, ajoute Pieter Timmermans. À Vienne, les services publics de nettoyage s'activent à partir de 21h30 et roulent en camionnette électrique. Quand je viens à Bruxelles le mardi ou le jeudi, je sais qu'il me faut compter vingt minutes de plus, parce que les poubelles sont ramassées durant les heures de pointe, bloquant la circulation." Et il n'y a pas qu'à Vienne, d'ailleurs.

Place aux plans, à présent! Il est temps que la Belgique accouche d'un plan interfédéral de mobilité, glisse la FEB. Et se lance dans un vaste programme d'investissements, comme proposé par Charles Michel, avec une attention spéciale pour les "missing links", les infrastructures manquantes. À noter que la FEB suggère au futur gouvernement de s'autoriser un déficit de 1% du PIB destiné à financer les investissements productifs, prônant par contre le retour à l'équilibre, en une législature, pour les dépenses courantes.

"Un jour, il va se passer des choses que plus personne ne pourra maîtriser"

"Revenir sur l'indexation des salaires, alors que c'est un facteur de stabilisation sociale, c'est dire aux travailleurs que ce sont juste des esclaves." C'est avec ces mots que Robert Vertenueil, le président de la FGTB, a réagi à ces propositions patronales auprès de nos collègues de La Libre.

"Réduire l'impôt des sociétés? Ils veulent juste récupérer autant d'argent qu'ils perdent dans l'Isoc", dénonce-t-il. "La FEB ne veut même pas négocier l'AIP (Accord interprofessionnel). C'est un mépris total de la part de ce patronat, car ils ne représentent pas tous les patrons, pas tous les entrepreneurs et petits indépendants du pays. Un jour, il va se passer des choses que plus personne ne pourra maîtriser", ajoute-t-il.

"Les négociations doivent rester sous le chapeau fédéral. C'est une insulte de prétendre vouloir régionaliser ça, alors que des entreprises sont actives aussi bien à Bruxelles qu'en Wallonie et en Flandre", a-t-il conclu.

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