analyse

Les raisons de la fébrilité socialiste

©Photo News

Le PS est confronté à la fois à un problème de leadership et à un problème politique très difficile à résoudre en Wallonie. Alors que pointe la perspective d'une alliance avec les libéraux, qui tend les socialistes sur leur gauche, la rivalité Di Rupo-Magnette transpire.

Que se passe-t-il au top du Parti socialiste? La question ne peut plus être éludée depuis que le président Di Rupo a ouvert la porte à une négociation avec la N-VA  jeudi matin, avant de se rétracter. Le PS ne s’inscrit pas dans une volonté confédérale comme l'affichent les nationalistes, précisait-il. Rétropédalage? Oui. Cette ouverture tranche non seulement avec la ligne définie par le PS durant la campagne - avec nous ce sera sans la N-VA, avec la N-VA ce sera sans nous – mais également avec ce qui avait été convenu mercredi à l’occasion d’un bureau politique, estiment plusieurs sources socialistes.

Elio Di Rupo sort des clous

Ça fait désordre et ce n’est pas vraiment dans les habitudes du boulevard de l’Empereur. "Elio est sorti des clous, confie-t-on. Mais Paul Magnette a réaffirmé le message le soir même." Le bourgmestre de Charleroi a par ailleurs surpris en proposant un gouvernement fédéral temporaire. Une communication qui, a priori, relève également de l’initiative personnelle. Alors désordre ou stratégie? Un peu des deux.

On surinterprète les divergences. Pour une part, c’est de la faute d’Elio Di Rupo, il connait les codes médiatiques.
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

De fait, le PS a aujourd’hui deux voix. Le président Di Rupo et un Paul Magnette, porte-parole de campagne faisant figure de successeur du premier depuis plusieurs années. La coordination des messages délivrés par les deux hommes semble laisser à désirer. Le premier s’accroche pendant que le second est de plus en plus pressé de jouer les premiers rôles dans une perspective de redressement de la gauche démocratique à l'échelle européenne.

Le PS s’en défend, mais sur le plan politique, Elio Di Rupo et Paul Magnette ne sont peut-être pas tout à fait sur la même longueur d’onde. Dans le ton, au minimum. "On sent Paul Magnette très à gauche, c’est inquiétant", pointe un observateur libéral. En résumé, le PS est en même temps confronté à un problème de leadership et à une situation politique très difficile en Wallonie.

Surinterprétation?

"Je pointerais deux éléments dans l’épisode de jeudi, confie à L’Echo le politologue Pascal Delwit (ULB). Il y a un jeu de nuances dans les postures d’Elio Di Rupo et de Paul Magnette. Le premier ne peut pas complètement fermer la porte à toute hypothèse. Paul Magnette est plus net, certes, mais on a toutefois surinterprété les propos matinaux d’Elio Di Rupo. Donc, on surinterprète les divergences. Pour une part, c’est de la faute d’Elio Di Rupo, il connait les codes médiatiques."

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Et de décrire un parti "en transition". La ministre-présidence wallonne et la présidence du parti? "Elio Di Rupo a-t-il fait son choix ? Ce n’est clair pour personne", avance le politologue. "On assiste à un moment de flottement qui survient à des moments difficiles au fédéral et en Wallonie", ajoute-t-il. Au sein du PS, il y a, en outre, une forme d’incompréhension vis-à-vis de la non prise en compte de la réalité électorale, à savoir un mauvais résultat, mais aussi par rapport à la cooptation du fils de Claude Eerdekens au Sénat."

Les dangers du PS-MR

Pascal Delwit, politologue à l'ULB. ©debby termonia

La perspective quasi mathématique d’une alliance avec les libéraux en Wallonie embarrasse le PS sur sa gauche. L’option PS-MR est largement rejetée, en particulier par Paul Magnette. "Pour des raisons parfois moins idéologiques que stratégiques", estime Pascal Delwit. "Il est très difficile d’envoyer conjointement PTB et Ecolo dans l’opposition alors qu’ils sont tous deux gagnants après avoir mordu très fort sur l’électorat du PS."

C’est au regard de ces tensions internes et de ces difficultés politiques qu’il faut lire les déclarations radicales de Paul Magnette jeudi soir à la RTBF. Le PS doit soigner sa gauche quitte à bousculer, voire embarrasser, ses potentiels partenaires flamands dans une large alliance fédérale contournant la N-VA.

Ceux-ci ont réagi vendredi à la proposition du bourgmestre de Charleroi. "Un gouvernement ne se forme pas en radio ou en télévision", a indiqué Wouter Beke, président du CD&V. "Le PS se précipite constamment", a jugé Kristof Calvo pour Groen.

Pour rappel, très vite après les élections, Elio Di Rupo avait appelé à une large coalition sans la N-VA associant CD&V et Open Vld qui sont sortis perdants des élections. Ce fut le premier signe de la fébrilité d’un Parti socialiste resté premier parti mais menacé dans son bastion wallon.

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