Il nous faudra un jour repenser fondamentalement notre système électoral pour empêcher qu’une poignée de politiciens puissent ainsi bloquer le pays.

"J’en ai marre." L’expression ne vient pas d’un gosse récalcitrant ou d’un conducteur coincé dans les embouteillages. Elle vient d’un homme politique, l’un de ceux que l’équation électorale a installés en quarterback des négociations gouvernementales. Notre homme ne veut plus distribuer de ballon, il range ses gants et s’en retourne au vestiaire. Et dans la foulée, fait capoter la mission de Koen Geens, grand négociateur royal dans les négociations gouvernementales. Alors, on fait quoi maintenant?

Le président du PS, Paul Magnette, est-il épuisé? Appuie-t-il sans en avoir l’air sur le bouton "élections"? Laissons les fins limiers de la chose politique analyser le geste. Voyons plutôt les dégâts qu’il provoque dans notre pays.

L’intervention de Paul Magnette intervient au lendemain d’une mise en demeure conjointe de la Banque nationale de Belgique et de la Commission européenne. Les compteurs sont dans le rouge, les projections pour la dette dérapent, les déficits se creusent… et la caravane passe.

Certains esprits optimistes nous rappellent qu’en 2010-2011, la crise politique avait fini par nous faire économiser de l’argent.

Certains esprits optimistes nous rappellent qu’en 2010-2011, la crise politique avait fini par nous faire économiser de l’argent. Et notre grand argentier du moment, David Clarinval, de remettre le couvert: l’économie de l’inaction se chiffrerait pour l’instant à 1 milliard.

D’autres personnages voltairiens aimeraient nous montrer que, même si le gouvernement est minoritaire, le parlement travaille d’arrache-pied pour voter des lois. Et qu’une majorité parlementaire semble même se dessiner.

Enfin, les plus impatients diront: tout est bloqué, appuyons sur CTRL-ALT-DEL, et retournons aux urnes.

Sauf que les uns et les autres nous font prendre des vessies pour des lanternes. Sans budget, impossible de redresser les comptes durablement et affronter les nombreux défis qui nous attendent. Les quelque 1.000 propositions que le parlement a vu passer depuis le début de la crise nous amènent sur un terrain miné: elles sont prises sans contrôle d’impact sur les finances publiques et pire, elles donnent une influence considérable aux partis extrêmes, une donne insupportable dans notre État de droit. Quant au retour aux urnes, piste qui semble de plus en plus inéluctable, il faudra du temps pour l’organiser, à quel coût financier et démocratique!

La pathologie politique belge nous mène à ce constat: il nous faudra un jour repenser fondamentalement notre système électoral pour empêcher qu’une poignée de politiciens puissent ainsi bloquer le pays. En attendant, et ce même si on file vers de nouvelles élections, il faut urgemment constituer une majorité (gouvernementale? parlementaire? technique?) pour avancer un budget digne de ce nom. Ne l’oublions pas: la facture sonne toujours deux fois.

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