interview

"Resserrer les liens avec le pilier chrétien n'est pas ma priorité" (Maxime Prévot)

©Tim Dirven

On pourrait lui présenter un fantastique programme gouvernemental plus humaniste que jamais qu’il ne reviendrait pas sur ses pas. Non, niet, nee, dans toutes les langues, le cdH n’entrera dans aucune majorité. Point. Maxime Prévot l’a dit et redit cette semaine limitant par la même occasion les coalitions possibles, surtout en Wallonie.

Maxime Prévot, président du cdH, se prépare à compter les fidèles. Et à deux années de réflexions intenses pour reconstruire un parti qui n’est plus en mesure de peser dans le monde politique francophone. Dont acte. Il sera bientôt l’heure pour lui de délivrer "quelques devoirs de vacances" à quelques-unes des personnes qui comptent dans le parti afin de lancer, dès septembre, cette refondation qui se fera tant sur le fond que sur la forme, insiste-t-il. En attendant, le Namurois a des préoccupations prosaïques et humainement difficiles. Il s’agira de gérer la baisse drastique de la dotation publique de son parti qui perd environ 1,7 million d’euros sur un peu plus de quatre. Avant de réfléchir à son avenir, le parti va devoir restructurer et se séparer de 20 à 30 personnes. Maxime Prévot qui assume sans sourciller qu’il cumulera ses fonctions de député-bourgmestre de Namur et de président de parti a accepté de rencontrer L’Echo pour aborder l’avenir du centrisme en Belgique francophone.

"Ecolo a gagné la bataille de la com’. Cela a permis une prise de conscience dont il faut collectivement se féliciter."

On attaque sur les causes de l’érosion de l’électorat cdH. "On n’a pas encore le recul nécessaire pour poser un regard analytique crédible, lâche Maxime Prévot. Il faudra un débriefing franc. Il y a une trame de fond puis des événements conjoncturels qui n’ont pas aidé à chaque élection. On ne peut pas continuer à considérer que nous avons le meilleur projet et, quand les résultats ne sont pas là, se contenter de dire que les électeurs ne l’ont pas compris. On doit oser poser la question inverse: notre offre politique est-elle en adéquation avec les aspirations des citoyens? Il y a un problème d’adhésion. Nous avons de grandes difficultés à faire passer nos messages dans un univers médiatique peu commode pour les formations centristes. Nous avons toujours cultivé l’art de la nuance sans vouloir flirter avec la politique slogan et le populisme. Les partis qui ont gagné sont les partis slogans." Peut-on dire qu’Ecolo est dans le slogan? "Ecolo n’est pas moins dans le slogan, il est dans un autre type de slogan qui n’est pas populiste. J’ai fait le test de questionner une série de jeunes dans la rue. Pourquoi votez-vous Ecolo? Il y a ce slogan du climat mais quand on leur demande trois mesures concrètes qu’Ecolo souhaite mettre en œuvre… Ils en sont incapables. Mais il faut reconnaître qu’Ecolo a réussi la bataille de la com’ sur un enjeu de fond majeur. Si cela a permis de faire progresser une prise de conscience sur la question climatique, il faut s’en féliciter collectivement."

On dit: franchement, Benoît Lutgen n’a pas quitté le navire sans assumer son propre bilan devant l’électeur. "Il a pris la décision la plus sage et qu’une partie non négligeable de notre formation politique attendait, c’est tout à son honneur. On laissera le soin aux politicologues de débattre sur la question de savoir s’il devait le faire ou non, à ce moment-là ou pas. Cela m’importe peu. maintenant on se donne deux ans pour réaliser ce travail de refonte doctrinale."

Point de pâmoison

Pour créer un nouveau parti, un nouveau mouvement? "Les gens sont désenchantés par rapport au fonctionnement particratique, mais dans les grandes démocraties, on n’a pas trouvé meilleure alternative. Nous devons entrer dans une réflexion liée à un mouvement centriste important". On coupe: Vous rester donc dans le centrisme? "Dans l’état actuel des choses, rien ne m’amène à vouloir en sortir, mais je l’ai dit, il n’y a pas de tabou. Je veux me nourrir du regard des autres formations centristes d’Europe". Notre intérêt s’aiguise. On demande lesquelles. Maxime Prévot se fait Normand. "Je n’en ai aucune à vous donner, cela fait 72 heures que l’annonce a été faite, je ne suis pas en pâmoison devant telle ou telle personnalité européenne. Je mettrai la période estivale à profit pour lister une série d’experts, d’universitaires, de conseillers stratégiques, de Belgique ou d’ailleurs. Ces dernières années, le cdH n’est pas parvenu à montrer son profil le plus enchanteur. Nous avons été trop régulièrement des gestionnaires. Nous fûmes de bons gestionnaires mais hélas ça ne paye plus."

"Nous ne souhaitons pas être désarticulés entre les niveaux de pouvoirs et les partenaires."

Il enchaîne. "On ne va pas demain devenir moins bon par contre, nous sommes confrontés à des réalités qui se vivent de manière plus intense qu’avant. Je pense au phénomène migratoire, à la question de l’interculturalité, avec ces phénomènes de crainte et de conflits religieux. Le choc démographique pèse également. Quatre générations cohabitent: une qui ne travaille pas encore, une qui bosse et deux qui ne travaillent plus. La question des pensions est une préoccupation majeure. La révolution digitale affecte notre quotidien et nous pousse à inventer un nouveau rapport à l’emploi. Le sens de l’effort doit être réhabilité. Les questions climatiques vont affecter nos relations aux autres, le secteur du tourisme, de la mobilité, du bâtiment. Voilà ce qui nous mobilise."

D’autres formations politiques sont très en pointe sur une ou plusieurs de ces thématiques, place-t-on. Sous question: la solution passerait-elle par une association, voir une fusion, avec d’autres formations. DéFI, par exemple. "Certains partis ont mieux incarné que nous les réponses à ces peurs. Mais l’enjeu du cdH n’est pas de se réinventer par rapport aux défis d’aujourd’hui, mais d’être avant-gardiste, novateur par rapport aux défis de demain. Copier les autres n’a aucun intérêt. Je n’ai pas de tabous à l’égard d’une recomposition politique mais aujourd’hui ma préoccupation n’est pas de voir avec qui je devrais m’acoquiner. C’est le genre conclusion à laquelle on arrive au terme d’un processus long et partagé. L’idée n’est pas de dire avec qui on va se marier ou phagocyter. On doit se reconstruire pour nous-même." Il ajoute quand même que le programme de DéFI n’est pas le plus éloigné du sien mais qu’aucune discussion de ce genre n’est à l’ordre du jour.

Il est mort l’olivier

On en arrive au moment de parler coalitions. On a vu le cdH faire des oliviers (PS, Ecolo, cdH), rappelle-t-on, puis écarter le PS en plein milieu de législature pour conclure à droite avec le MR. Ces va-et-vient ont-ils participé à la défaite, demande-t-on. "Incontestablement. Nous ne souhaitons plus être désarticulés entre les niveaux de pouvoir et les partenaires. Avoir été au pouvoir en Wallonie avec le MR, à la Communauté française avec le PS, avec DéFI à Bruxelles et dans l’opposition au Fédéral n’a pas permis une lisibilité correcte de notre message", répond Maxime Prévot.

"Benoît Lutgen a pris la décision la plus sage qu’une partie non négligeable du parti attendait."

À niveau Wallon, le cdH aurait pu être nécessaire dans un olivier, pourtant. "Mais pas ailleurs et je passe la question du comment justifier de retravailler aussi rapidement avec le PS même si celui-ci — à aucun moment- ne nous a envoyé le message selon lequel il souhaitait nous laisser sur le banc de touche. On ne voulait pas être dans deux gouvernements sur quatre, nous voulons entendre le signal de l’électeur en assumons une défaite claire et nette. Nous n’aurions pas respecté nos électeurs en allant booster un programme PS et Ecolo sans cesse challengé par le PTB depuis l’opposition".

La refondation passera-t-elle par le retour d’anciennes figures? On pense naturellement à Melchior Wathelet. Maxime Prévot n’est plus Normand: "On ne sera pas crédibles en recyclant des anciens visages. Les Wathelet père et fils gardent le contact, il n’est pas nécessaire qu’ils exercent un rôle de premier plan pour nous revigorer. On ne va pas faire du faux vieux. Je veux faire émerger de nouvelles têtes prometteuses." Et resserrer les liens avec le pilier chrétien qui s’est écarté du parti? "Ce n’est pas ma priorité! Cela fait longtemps que ce pilier ne considère plus qu’entretenir des liens forts avec nous est prioritaire. Ces dix derniers jours alors qu’était déjà apparue dans la presse l’idée qu’on puisse choisir l’opposition, je n’ai pas reçu un seul coup de téléphone de quiconque des institutions chrétiennes historiques, MOC, CSC, Mutualité chrétienne, Ségec ou autre pour nous dire de manière informelle que l’olivier leur plairait bien." La rupture serait consommée? "Je ne parle pas de rupture, ces institutions n’entretiennent des liens privilégiés avec personne mais ont des liens réguliers avec tout le monde. La solution pour nous ne passera pas par une reconquête sur les terres chrétiennes.". cdH parti laïc? "Non, la dimension philosophique ne doit pas être l’élément clé, créer une offre politique sur base de cet élément discriminant va à contre-courant."

Pas de tabou communautaire

Depuis que le choix de l’opposition partout a été posé, le président Prévot précise que son parti pourrait soutenir certaines dynamiques nationales avec ces 5 sièges à la Chambre. Même pour une réforme institutionnelle? "Certains adversaires ont commencé à dire que le choix de l’opposition allait ajouter de la crise à la crise fédérale. Il n’en est rien. Avec nos 5 sièges sur 150, on n’a même plus le droit de vote en commission, nous ne sommes plus mathématiquement nécessaires pour construire ou contrarier une majorité. Mais si dans les mois qui viennent, pour sortir d’une crise, assurer la paix communautaire, faire barrage aux extrêmes ou participer à de grandes réformes relatives au climat, à l’énergie ou à la mobilité, nous serons au rendez-vous de la responsabilité sans besoin d’intégrer un exécutif. Nous ne sommes pas demandeur d’une réforme institutionnelle mais si cela s’avère indispensable, nous resterons disponibles". Il précise: "Pour venir en appui à la cause francophone et à la stabilité du pays."

"Rien ne m’amène à vouloir sortir du centrisme."

On place que le CD&V n’a pas été heureux de la décision du retrait du cdH. "Le CD&V n’a pas sauté de joie mais il est plus chagriné par ses propres résultats que par notre prise de position. Contrairement à nous, il a cru qu’il allait gagner les élections en pensant que le succès du Belang allait se faire uniquement au détriment de la N-VA". Quant à l’imbroglio fédéral, Maxime Prévot estime que, "côté francophone, l’équation est assez simple. Côté flamand la question est de savoir si certains acteurs sont prêts à s’inscrire dans un schéma où le gouvernement n’aurait pas de majorité côté néerlandophone. C’est un des éléments clé du travail des informateurs", glisse-t-il.

On sort d’une législature fédérale marquée à droite qui fut sanctionnée par l’électeur. La Belgique doit-elle changer de cap pour le cdH? "Politiques et journalistes doivent changer de logiciel. Gérer à droite ou à gauche, le paysage politique est plus complexe que cela. Les citoyens ne choisissent pas de facto l’extrême droite ou l’extrême gauche, ils ont perdu confiance dans les partis traditionnels, et j’y inclus Ecolo. Ils disent ‘on va essayer autre chose’." N’a-t-on pas tout essayé au niveau européen justement? "C’est bien pour cela que la question de la droite ou la gauche est obsolète. La question n’est pas ‘left or right mais right or wrong’. C’est l’enjeu: faire ce qui est bon et juste, peu importe de savoir si c’est qualifié de gauche ou de droite. Ce qui ne va pas c’est que le paysage médiatique et politique réhabilite ce clivage. Jusqu’aux extrêmes."

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