analyse

Au sein du MR, le soutien au pacte migratoire divise

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La crise gouvernementale a pu redorer le blason de Charles Michel. Mais l’adhésion du MR au texte sur les migrations suscite des craintes à l’intérieur du parti alors que les élections se profilent.

Les tourments de Charles Michel n’en finissent pas: la N-VA est repassée à l’offensive dans les médias ce week-end. Ce mardi, à la Chambre, Charles Michel risquera un vote de méfiance qui pourrait précipiter la chute de son gouvernement minoritaire. En attendant, son parti est en train d’évaluer pertes et profits de la dramaturgie en cours.

"L'image de Charles Michel en tant que chef de gouvernement est renforcée."
Un MR

Il y a tout intérêt, la crise a été un détonateur, la campagne électorale pour les prochaines élections vient de démarrer en trombe. Est-ce que le MR sort renforcé de cette séquence inédite? "Il y a un effet collatéral positif à cette crise, c’est que l’image de Charles Michel en tant que chef de gouvernement est renforcée, précise un libéral en vue. Il ne panique pas, on a gagné un homme d’État…"

C’est un constat. La fermeté du Premier ministre à l’égard de la N-VA a entamé cette image, volontiers entretenue par l’opposition, d’un MR vassalisé par son ex-partenaire nationaliste. C’était une nécessité car, trompeuse ou pas, elle a pu faire du tort aux libéraux francophones. On peut, sans trop avoir peur de se tromper, attribuer au phénomène une partie du recul électoral des bleus en octobre dernier. Voilà pour le positif. Parce que si le MR sort une épine de son pied, une autre est venue s’y planter directement: le pacte migratoire de l’ONU en lui-même.

Des élus sous pression

Quand on interroge des libéraux sur la question, la gêne s’installe avant le off the record. Le sujet est tabou. "Tout le monde reçoit des courriers et des messages, des commentaires sur les réseaux sociaux. Dès qu’on poste quelque chose, on est interpellés là-dessus. Les gens ne comprennent pas pourquoi on soutient ce pacte à ce point", glisse un MR. Un autre témoigne: "Ce sont surtout nos membres qui se manifestent. Les mandataires et responsables du parti ont bien compris la situation dans laquelle on s’est retrouvé."

"Je sais que l’adhésion du MR suscite des critiques, voire des rejets chez nos militants."
Richard Miller
Député MR

En face, la N-VA pétarade sans retenue sur la question migratoire qui sera forcément centrale dans son combat contre l’extrême droite du Vlaams Belang. Dans le climat actuel, la comparaison risque de coûter aux libéraux. "Je sais que l’adhésion du parti à ce pacte suscite des interrogations, des critiques, voire des rejets de la part des militants, confesse Richard Miller, député MR. Lundi, je m’exprime devant des militants et je sais que ce ne sera pas simple." Le député peste encore contre "le manque de fiabilité politique de la N-VA".

Mais poursuivons. Un autre libéral complète en indiquant qu’il n’est pas si évident que cela que ce texte n’ait aucun impact en Belgique. "N’importe quel avocat pourra s’appuyer sur l’adhésion de la Belgique à ce texte dans ses plaidoiries, estime-t-il. Par ailleurs, il est évident que cette signature sera utilisée par les associations de gauchistes qui défendent l’ouverture des frontières…" On croirait entendre la N-VA.

Le MR va donc devoir faire preuve de pédagogie pour expliquer cette campagne de Charles Michel en faveur du texte onusien. Énième rappel: celui-ci amorce un cadre international, définit un certain nombre de balises quant à l’appréhension du phénomène migratoire, mais se veut non contraignant pour les États signataires. "Ce qui était important pour le Premier ministre dans le vote de ce pacte, c’était surtout d’appuyer le multilatéralisme dans les relations internationales, défend un MR. Il fait le constat que celui-ci recule au profit d’un bilatéralisme entre grandes puissances, au sein duquel un pays comme la Belgique n’a plus grand-chose à dire…"

"C’est dommage que le gouvernement tombe là-dessus, commente un libéral marqué très à droite. Une déclaration interprétative aurait pu contenter tout le monde." Un autre ajoute: "Si la N-VA avait manifesté son désaccord avant que Charles Michel ne s’exprime devant l’ONU, on aurait trouvé un compromis et cette crise aurait vraisemblablement été évitée."

Destexhe pas si seul

A ce jour, Alain Destexhe a été le seul mandataire MR à s’opposer publiquement au Pacte onusien. Il l’a fait en bureau politique devant Charles Michel et le président du parti Olivier Chastel, confirme-t-il à L’Echo sans vouloir commenter plus avant. Il a également été le seul député du groupe MR au Parlement bruxellois à ne pas voter une résolution en faveur du Pacte. Mais ce n’est pas pour cela qu’il est isolé au sein de son parti. Les inquiétudes vont bon train à la droite du MR et jusque très haut dans le mouvement.

"Il ne faut pas perdre de vue la migration qui doit être au cœur de notre message pour 2019 avec une ligne ferme."
Un MR

Les libéraux les plus optimistes se félicitent d’une chose: il n’y a pas, côté francophone, de parti populiste réellement efficace qui taquine le MR à sa droite. Certes, le PP et la Droite citoyenne font leur petit ramdam, mais les deux micropartis ne parviennent ni à décoller ni à unir leurs forces pour tailler de réelles croupières au MR. Pour l’instant, ils ne sont en mesure de grappiller que quelques pourcents aux libéraux, mais cela peut suffire à perdre des sièges dans certaines circonscriptions.

"D’accord, il faut faire campagne sur les réformes socio-économiques, mais il ne faut pas perdre de vue la migration qui doit être au cœur de notre message pour 2019 avec une ligne ferme", dit un libéral. "On doit proposer une vision qui s’oppose clairement à la pensée unique de la gauche sur cette question", appuie un autre réformateur.

Arrêter Maggie

"Il faudra aussi que Maggie De Block arrête de plomber la situation", fustige-t-on aussi à l’intérieur du MR. La nouvelle ministre en charge de l’Asile et de la Migration n’a pas attendu plus de quelques heures pour déplorer le chaos dans lequel Theo Francken avait laissé son département. La ministre Open VLD a également annoncé la fin des quotas pour le traitement des demandes d’asile. Son tonitruant prédécesseur les avait limitées à 50 par jour. Chez les libéraux francophones, ces sorties sont jugées maladroites. Pour ne pas dire autre chose.

"Depuis quand le MR viole-t-il la Constitution?"
Un MR

Voilà pour l’état d’esprit chez les bleus. On s’en voudrait de conclure sans une petite cerise sur le gâteau. Même ce qui se passe à la Chambre interpelle. "Depuis quand le MR viole-t-il la Constitution?, demande un libéral énervé. Charles s’envole pour Marrakech avec une résolution du Parlement sous le bras pour justifier le vote du pacte et, trois jours plus tard, il s’assied sur une résolution du même Parlement lui demandant de demander la confiance. Franchement, j’ai du mal à suivre. Je suis inquiet. Et pas uniquement pour les élections… pour le pays."

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