Blocus assisté, réussite assurée?

©Saskia Vanderstichele

La formule est un peu militaire. 9h d’étude par jour, des horaires stricts, GSM et ordinateurs interdits d’entrée. Bienvenue dans le monde du blocus assisté.

Avec un taux d’échec en 1er bac variant entre 60 et 80%, les secondes sessions à l’unif vont faire salle pleine à partir de lundi, date butoir du démarrage des examens de rattrapage dans les universités. Pour les assumer, la formule du blocus assisté séduit de plus en plus de jeunes perdus face à la montagne de syllabus à avaler. Ornella, étudiante en médecine, fait partie de ces jeunes découragés"J’ai beaucoup travaillé, mais les efforts que j’ai fournis n’ont mené à rien. Il fallait que je trouve la raison de mon échec. Je me suis adressée à la Student academy."

"Certains vont échouer à leur seconde sess’. Mais ils seront armés pour recommencer leur année dans de meilleures conditions."
Lola van Lierde
Responsable Student academy

Les offres de blocus assisté se sont multipliées ces dernières années, les précurseurs du système étant Cogito. Une formule créée il y a 15 ans et "maintes fois copiée", dit Cogito. Pas faux. Car l’aide à la réussite s’est transformée en véritable business.

Les acteurs privés sont de plus en plus nombreux à proposer leurs services, à côté de l’offre proposée par les universités ou des fédérations d’étudiants (voir aussi encadré). Même le Comac (les jeunes PTB) organise des "bloques collectives". En janvier et avril, ils étaient 200 à 300 jeunes à s’être ralliés à la proposition du parti. Objectif: "Prendre le stress à bras-le-corps, éviter les tentations telles que la télé, internet, être ‘chouchouté’ par l’équipe cuisine", voilà ce que promet le Comac. Les principaux problèmes rencontrés par les étudiants en échec sont connus: méthode de travail inappropriée héritée du secondaire, distraction liée aux réseaux sociaux, isolement,… "Les jeunes qui démarrent l’université n’ont pas conscience que l’étude doit démarrer dès le début de l’année, dit Lola Van Lierde, responsable de la Student Academy. Cela fait partie du processus de la mémoire, qui est lié à la fréquence et la répétition".

Les jeunes du PTB se sont adjoint le service de bénévoles (parents, amis) pour gérer la semaine de blocus "résidentiel", explique Charlie Le Paige, le président du Comac. Et offrir une formule à moindre coût"L’idée est vraiment de pallier le principal problème des étudiants: l’autodiscipline, le fait d’être livré à soi-même, dit Charlie Le Paige. Et pas question de croire que l’on vient ici pour faire la fête. On demande qu’il n’y ait pas d’alcool dans les bâtiments, un respect des horaires." Et, à en croire les acteurs du secteur, ça marche plutôt bien.

Chez Cogito, Drieu Godefridi, le responsable, annonce un taux de réussite de 80% des examens passés par les étudiants qui ont transité par l’organisme. À la Student Academy, Lola Van Lierde et Mathieu Vrancken, les fondateurs, admettent que certains jeunes ne récolteront peut-être pas immédiatement les fruits de leur semaine de "stage". "Certains vont échouer à leur seconde sess’. Mais ils seront armés pour recommencer leur année dans de meilleures conditions, avec une méthode de travail et une organisation plus claire".

©tine

Rigueur et détente

Les organismes privés qui proposent des blocus assistés n’apportent pas seulement une méthode aux étudiants. Ils offrent de la rigueur ("Chez nous, on laisse son GSM à l’entrée. Les horaires sont stricts, on mange à heures fixes"), et de la détente ("Il y a des pauses durant lesquelles sont organisés des jeux, des activités"). Chez Student Academy, les étudiants, paraît-il, adorent le cache-cache géant"De telles activités permettent aux étudiants de relâcher toute la pression avant de replonger dans l’étude."

Mais à côté des loisirs, on avale des pages et des pages de syllabus… À la Student Academy, on aide les jeunes à calculer leur vitesse d’étude, à analyser la masse de travail, à la planifier. Une vision que ne partagent pas toujours les universités. "Les privés ont encore trop la vision du monde universitaire et de l’étude comme une accumulation de matière", dit Philippe Emplit, vice-recteur à l’enseignement de l’ULB. Et d’ajouter que l’avantage des blocus assistés des universités, c’est que les étudiants sont face à leurs propres professeurs. Chez Cogito, on prend les meilleurs profs, mais cela a un prix, parfois très élevé…

Où étudier et à quel prix?

Tapez "blocus assisté" dans un moteur de recherche sur internet, et vous verrez les offres pleuvoir. S’y rendent majoritairement des étudiants de droit, médecines, sciences exactes, gestion. Quelles sont les principales? Aperçu.

Les universités. Toutes les universités francophones organisent des formules pour fournir à leurs étudiants les meilleures conditions de blocus. L’ULB organise à présent de véritables blocus assistés (y compris pendant les vacances d’été), pour un coût modique de 50 euros pour deux semaines (boissons et lunch compris). L’UCL a son Pack-en-bloc à Pâques, l’ULg aide les étudiants à se préparer à la 2e sess’ via son service de guidance, l’Assemblée générale des étudiants de Namur met aussi des locaux à disposition.

Le privé. Cinq organismes privés se partagent le marché du côté francophone. Le plus ancien, Cogito, propose une formule de blocus assisté complète: internat, 3 heures de coaching individuel par jour, des formateurs universitaires Bac + 5, différents sites en Wallonie. Prix: 840 euros/sem. Student Academy propose une offre plus light: 9 heures d’étude par jour, avec des universitaires qualifiés, petit-déjeuner, lunch, goûter, activités, classes de 10 étudiants maximum répartis suivant les matières étudiées. Prix: 350 euros/sem. Pour les étudiants ne pouvant investir une telle somme, la Student Academy propose aussi des soirées de méthode de travail gratuites pour aider les étudiants à comprendre leurs erreurs, à planifier leur étude,… Azerteach offre un blocus assisté au prix de 250 euros/sem, avec une heure de coaching individualisé par jour. "Il s’agit de soulager le stress de l’étudiant et lui offrir une méthodologie d’étude", explique Isabelle Honoré, responsable d’Azerteach. Notons encore Educadomo qui offre du coaching à 40 euros/h, ou Mysherpa qui propose une semaine de blocus assisté pour 340 euros.

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