Comme si chaque Belge détenait 17.000 euros... de dette américaine

©Bloomberg

Notre pays détiendrait plus de 250 milliards de dollars en bons du Trésor américain, à en croire les dernières données en provenance de Washington. Cela représente plus de 23.000 dollars de dette US par habitant belge. Révélation mathématique ou déformation statistique ?

C’est à se demander si ça ne mérite pas une tournée générale. Depuis le mois de décembre 2013, la Belgique occupe le 4è rang mondial au palmarès des détenteurs de dette américaine, indiquent les dernières statistiques de l’U.S. Department of the Treasury.

Le portefeuille obligataire belge y pèse plus de 256 milliards de dollars. Une somme pharaonique. Selon ces données, la Belgique détiendrait plus de titres à elle seule que la France, les Pays-Bas et l'Allemagne réunis.

Plus hallucinant encore, ce montant détenu par la Belgique a bondi de 50 milliards de dollars en l’espace d’un tout petit mois. Un mouvement coïncidant parfaitement avec une chute de 50 milliards des investissements de la Chine en bons du Trésor US. Il n’en fallait guère davantage pour y voir la Belgique voler au secours de la dette américaine, signalait L’Echo ce mercredi (à lire en cliquant ici).

Seulement voilà, comme disait Edmond de Goncourt, la statistique est la première des sciences inexactes. Décryptage des précautions d’usage.

 

Attribution imparfaite

Chaque mois, le Département du Trésor américain publie son rapport TIC (Treasury International Capital), le classement des principaux détenteurs internationaux de dette américaine. Si ces statistiques offrent une idée de grandeur des portefeuilles d’obligations US détenus par d’autres pays, elles ne délivrent pas de montants précis. Tirer des conclusions à l’égard des flux d’investissements qui y sont repris s’avère dès lors assez périlleux.

Ce palmarès ne fournit que des estimations basées sur les déclarations des conservateurs des titres. Ainsi, lorsqu'un investisseur achète des bons du Trésor via un intermédiaire financier non-américain ou s’assure du bon déroulement de l’échange via une société de clearing siégeant dans un pays autre que les États-Unis, le rapport TIC ne reflète pas la nationalité du détenteur final.

"L'attribution nationale des positions en obligations américaines est imparfaite", reconnaît le département de Washington, "parce que certains détenteurs confient la garde de leurs titres à des organismes qui ne sont présents ni aux États-Unis, ni dans leur pays de résidence".

Un investisseur français peut très bien acheter de la dette US par l’entremise d’un broker suisse ou la laisser sur un compte de dépôt d’une banque helvétique. Dans le rapport mensuel du Trésor américain, cette détention sera portée à l'actif de la Suisse plutôt que de la France.

C'est ce que le Département du Trésor nomme selon les circonstances "biais de transaction" ou "biais de détention". La position de la Belgique en sert de parfaite illustration.

 

Surestimation

Le Département du Trésor himself avoue que le montant astronomique d'obligations US attribué à notre pays est biaisé. Mais il l’explique par "l'aspect névralgique de la Belgique, sa concentration en institutions financières, au même titre que le Luxembourg, la Suisse ou le Royaume-Uni".

Comme L’Echo l’évoquait ce mercredi, les chiffres de la Belgique sont ainsi gonflés par la présence sur notre territoire de la société Euroclear. Le Trésor américain surévalue nos avoirs en considérant comme des investissements de résidents belges la conservation des titres par Euroclear. Alors que, idéalement, le rapport TIC devrait prendre en compte la nationalité des clients d’Euroclear. Clients qui peuvent être autant belges qu’allemands ou… chinois.

"La plupart des titres gérés par cette institution concernent des non-résidents. Le même phénomène de surestimation est observé au Luxembourg en raison de la présence de Cedel", une autre société de clearing, expose Rudi Acx, chef du département Statistique générale de la Banque Nationale de Belgique.

C’est que nos avoirs se montrent nettement plus modestes que ce que prétendent les trésoriers de Washington. "Sur base des informations disponibles à la Banque, la détention de titres du Trésor américain par l'ensemble des résidents belges n'atteindrait qu'un peu plus de 5 milliards de dollars", précise Rudi Acx.

Soit 455 dollars par habitant, contre les 23.345 dollars prétendus par le Treasury International Capital. Au taux de change actuel, c'est comme si chaque Belge détenait en fait 331 euros de dette américaine.

Enfin, tout cela n’explique toujours pas qui a eu massivement recours aux services d’Euroclear pour de la dette américaine au moment où la Chine a franchement réduit ses investissements en Treasury bonds.

 

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