"Déconnecté de la réalité, Charles Michel n'est pas à la hauteur"

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Le député socialiste Interview Ahmed Laaouej réagit au discours de Charles Michel sur l'Etat de l'Union. "J’aimerais surtout que l’on m’explique pourquoi la croissance belge est à la traîne par rapport celle de la zone euro" lance-t-il.

"Au lieu de lutter contre ce déséquilibre entre travail et capital par le biais d’une certaine redistribution via l’impôt, ce gouvernement l’accentue." (Ahmed Laaouej)

En tant que député, on peut dire qu’il a de la bouteille, Ahmed Laaouej. Mais il s’agit ici de ses premiers pas en tant que chef de groupe PS à la Chambre, suite au retrait de la patronne, Laurette Onkelinx.

La déclaration de politique générale de Charles Michel, mardi à la Chambre, a donné le coup d’envoi officiel de la rentrée parlementaire.

Que faut-il en retenir? Lisez notre analyse ici

Charles Michel a aligné les bons indicateurs. Et déroulé l’ensemble des réformes réalisées. Convaincu?
Mon sentiment, c’est que ce gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux économiques et sociaux. Et que Charles Michel est déconnecté de la réalité. Qui est pourtant simple à identifier. On assiste à une précarisation des conditions de travail et, dans le même temps, le gouvernement assène un coup de poignard au contrat social. En allongeant les carrières, en annonçant, pour la pension, un système à points dont la valorisation reste floue, en ne permettant pas à la concertation sociale de dégager des consensus. L’inquiétude des travailleurs est palpable. Tandis que le Michel peine à se montrer en phase avec l’évolution de l’économie.

N’est-ce pas justement ce qu’il vante? Être en phase avec l’économie? En baissant les charges pesant sur le travail, en "flexibilisant" le marché de l’emploi ou en réduisant le handicap salarial?
Allons. Parce que l’économie se numérise, se financiarise et dégage des gains de productivité, le déséquilibre se creuse en termes de répartition primaire des richesses. Et que fait le gouvernement? Au lieu de se soucier tant de l’offre, en soutenant les employeurs, que de la soutenabilité de la demande, parce que l’économie marche sur deux jambes, il fait le choix d’être du seul côté du banc patronal et de mettre la pression sur les salaires. Ce qui a un impact sur le financement de la sécurité sociale. Il s’agit d’un transfert de la poche des salariés vers les employeurs. Au lieu de lutter contre ce déséquilibre entre travail et capital par le biais d’une certaine redistribution via l’impôt, ce gouvernement l’accentue.

"Depuis trois ans, nous réformons pour faire grandir la confiance et engranger des résultats perceptibles" a notamment souligné Charles Michel dans son discours. ©BELGA

Il se targue pourtant d’avoir haussé le pouvoir d’achat des travailleurs. Et d’avoir introduit une forme de taxation du capital, œuvrant à une plus grande justice fiscale.
Ah! Mais le saut d’index effectué représente une ponction annuelle de 2,5 milliards d’euros, soit 12,5 milliards sur l’ensemble de la législature. Ajoutez à cela une hausse des taxes sur la consommation à hauteur de 3 milliards et plus de 6 milliards d’économies dans la Sécu. Sans oublier les attaques quant au financement de cette sécurité sociale. Vous savez, à droite, on a beau parler de "charges patronales", c’est au final de salaire différé des travailleurs dont il s’agit, et de protection sociale. En face de cela, qu’a-t-on? Des impôts sur le capital incapables de livrer les rendements escomptés, qu’il s’agisse de la taxe Caïman, de l’impôt sur les intercommunales toujours englué dans un conflit juridique, ou de la nouvelle taxe sur les comptes-titres, dont on se demande encore comment elle va être contournée.

Vous concéderez au moins à Michel que les indicateurs économiques ont bonne mine?
J’aimerais surtout que l’on m’explique pourquoi la croissance belge est à la traîne par rapport celle de la zone euro. Alors que, sous Di Rupo, la Belgique était en avance. Telle est la signature de leur échec: la relance n’est pas vraiment au rendez-vous malgré les sommes colossales transférées en faveur du banc patronal. Se baser sur les chiffres de création d’emplois implique un biais. Une certaine croissance implique de la création d’emplois. Il est plus pertinent d’examiner le taux d’emploi – et là, on est à la traîne. Ou de comparer avec les prévisions qui ont été faites à politique inchangée. Au final, le bilan de Michel, c’est entre 20.000 et 30.000 emplois. Mais à quel prix!

La grève d’hier, vous la comprenez?
Quand on malmène à ce point le service public, quand on fait preuve d’indécence en se prononçant en faveur du service minimum alors que l’on organise le "définancement" maximum, comment voulez-vous que les gens ne réagissent pas?

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