Des bâtiments fédéraux toujours en proie à l'amiante

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Dans un immeuble de l’État sur dix, les autorités ont encore dû prendre des mesures contre l’amiante au cours de ces cinq dernières années.

Alors qu’il est interdit depuis 1998 de produire des matériaux contenant de l’amiante ou de vendre/réutiliser cette substance, l’État fédéral n’en a pas encore fini complètement, vingt ans plus tard, avec ce problème au sein de son propre parc immobilier.

On connaît les ravages pour la santé humaine de ce matériau d’isolation: respirer des fibres d’amiante, qui pénètrent profondément dans les poumons, c’est s’exposer à long terme (20 à 40 ans plus tard) à des maladies graves, telles que le cancer des poumons ou de l’abdomen.

Ces cinq dernières années, la Régie des Bâtiments a dû prendre des mesures dans pas moins de 104 immeubles de l’État.

Les autorités fédérales s’emploient à assainir leurs bâtiments depuis deux décennies. Mais cette tâche n’est pas encore terminée. Ces cinq dernières années, la Régie des Bâtiments a dû prendre ainsi des mesures en la matière dans pas moins de 104 immeubles de l’État (soit environ 10% de son patrimoine immobilier). Il s’est agi tantôt d’effectuer des analyses, tantôt d’éliminer l’amiante purement et simplement.

Ces chiffres, qui nous ont été fournis par la Régie des bâtiments à la suite d’une question parlementaire posée par le député Gautier Calomne (MR), sous-estiment sans doute l’ampleur des interventions menées entre 2014 et 2018 puisque des mesures de cette nature, mais non comptabilisées comme telles, ont été prises également dans le cadre de rénovations globales de bâtiments fédéraux.

1,83 million pour 196 factures

Les tableaux que nous avons pu consulter révèlent par exemple qu’un budget de plus d’un quart de million d’euros a été affecté à l’élimination de l’amiante dans un centre logistique de la police fédérale à Uccle, à l’occasion du remplacement du toit. Une même opération, pour un coût de quelque 200.000 euros cette fois, a été effectuée dans les casernes de la police fédérale à Etterbeek. Parmi les autres bâtiments où il a fallu éliminer l’amiante, citons encore le Théâtre royal de la Monnaie, l’ancien palais de Justice à Anvers, la prison de Gand et le centre pour demandeurs d’asile à Kapellen.

"La quantité d’amiante présente dans les bâtiments de l’État fédéral diminue d’année en année."
Pauline Vachaudez
Porte-parole de la Régie des bâtiments

Toutes ces mesures destinées à éliminer l’amiante ont coûté, au cours de ces cinq dernières années, 1,83 million d’euros pour un total de 196 factures. Les bâtiments concernés se répartissent comme suit: 43 en Flandre, 27 à Bruxelles et 34 en Wallonie. Mais, sur le plan financier, la plus grande part revient aux immeubles fédéraux situés dans la capitale (839.000 euros).

"La quantité d’amiante présente dans les bâtiments de l’État fédéral diminue d’année en année, réagit la porte-parole de la Régie des bâtiments, Pauline Vachaudez. À l’occasion de travaux de rénovation, nous éliminons régulièrement de l’amiante. Et, à long terme, la Régie des bâtiments investit également dans la modernisation de son portefeuille immobilier."

"Lorsque l’amiante n’est pas endommagé ou altéré, sa présence ne pose pas de problème."
Pauline Vachaudez
Porte-parole de la régie des bâtiments

La Régie des bâtiments n’élimine cependant pas systématiquement l’amiante de ses bâtiments. "Plusieurs vieux bâtiments de l’État contiennent en effet encore de l’amiante. Mais lorsque l’amiante n’est pas endommagé ou altéré, ou ne sera pas traité, sa présence ne pose pas de problème", souligne-t-on. En clair, ce n’est que lorsque la Régie exécute des travaux qu’elle contrôle la présence d’amiante et procède à son élimination.

Au cours des dernières années, le gouvernement a également fait des économies sur les travaux d’assainissement d’immeubles contenant de l’amiante, comme nous l’apprennent les documents budgétaires de la Régie des bâtiments qui ont été transmis à la Chambre. Ainsi, la dotation à cet effet a été réduite de 10% en 2015 et a diminué depuis lors de 2% chaque année. Par ailleurs, des crédits ont été intégrés dans la dotation d’investissement ordinaire, ce qui réduit à 331.000 euros le solde disponible pour les travaux d’assainissement au cours des prochaines années.

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