Des enchères pour les centrales au gaz

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Une nouvelle étude d’Elia plaide pour des enchères pour de nouvelles centrales au gaz, davantage d’interconnexions et une prolongation partielle du nucléaire.

Elia se lance dans la bagarre du pacte énergétique, qui doit dégager une vision commune pour les 30 ans à venir, et qui est actuellement en discussion entre la ministre fédérale de l’Énergie et ses trois homologues régionaux.

Le gestionnaire du réseau belge à haute tension va publier officiellement ce mercredi après-midi une étude sur le sujet, qui a déjà été présentée aux principaux acteurs du secteur, et dont L’Echo a pu prendre connaissance. "Le secteur énergétique belge a besoin d’une vision claire et d’une politique volontariste, et en tant qu’acteur central du système électrique belge, Elia veut contribuer activement à la réflexion", explique le gestionnaire de réseau dans ce rapport.

Ses principales conclusions? À l’avenir, le système électrique belge va s’appuyer principalement sur un mix d’énergie renouvelable combiné à des centrales au gaz, complété par des échanges transfrontaliers. Des secteurs comme le transport et le chauffage vont s’électrifier, mais la demande n’augmentera pas fortement, grâce aux progrès de l’efficacité énergétique. La gestion de la demande et le stockage vont se développer, mais sans garantir la sécurité d’approvisionnement en cas de périodes prolongées avec peu de soleil et de vent.

De nouvelles centrales au gaz nécessaires

Elia examine trois scénarios: un scénario de base, qui consiste à prolonger les politiques actuelles pour atteindre les objectifs climatiques européens de 2030, et deux scénarios avec davantage de développement des renouvelables – décentralisé dans un cas, via des projets à grande échelle dans l’autre. Dans tous les scénarios, des centrales au gaz supplémentaires sont nécessaires.

En cas de sortie complète du nucléaire en 2025, le besoin est de 3,6 GW au minimum – soit l’équivalent de près de 4 réacteurs nucléaires – en plus des 2,3 GW de centrales au gaz existantes qui seront encore sur le marché à cette date. Ces nouvelles centrales encore à construire devront être opérationnelles au plus tard pour l’hiver 2025-2026, souligne Elia.

À certains moments, quand les pays voisins peineront eux-mêmes à couvrir leur consommation d’électricité, 1 à 2GW de plus seront nécessaires, ajoute le gestionnaire de réseau. Mais comme on parle ici de capacité utilisée exceptionnellement, d’autres options que la construction de nouvelles unités peuvent être envisagées, comme la prolongation d’anciennes centrales au gaz ou davantage de flexibilité dans la demande.

"Il est peu probable qu’il y ait suffisamment de signaux d’investissement pour contrer le choc de la sortie du nucléaire."

Des subsides inéluctables

Le marché ne garantira pas l’investissement dans ces nouvelles capacités, parce que les prix de gros sur les marchés sont insuffisants, avertit Elia. "Il est peu probable qu’il y ait suffisamment de signaux d’investissement pour contrer le choc de production que causera la sortie du nucléaire. Cela entraînera des situations de pénuries, des hausses de prix et même des graves problèmes d’approvisionnement." Un déficit de capacité de 1,5 à 2 GW fera grimper le prix de gros de l’électricité de 1 à 1,5 milliard d’euros par an, calcule le rapport.

La solution préconisée dans un premier temps, vu l’urgence? Des enchères ciblées. Pour disposer à temps de ces centrales, la décision d’investissement doit être finalisée d’ici 2020-2022. Cela ne laisse que trois ou quatre ans pour développer un système de soutien qui sera approuvé un niveau belge comme au niveau européen, insiste Elia.

Une prolongation partielle du nucléaire positive

Même en cas de prolongation de 2 GW de nucléaire (l’équivalent de deux réacteurs, sauf ceux de Doel 1 et 2, moins puissants), les besoins en nouvelles centrales ne disparaissent pas: ils passent de 3,6 GW à 1,6 GW, chiffre Elia, mais là non plus, le marché n’apportera pas la réponse.

Elia calcule par contre que le gain d’une prolongation partielle du nucléaire jusqu’en 2035 serait de 240 à 550 millions d’euros par an pour la Belgique, en fonction des scénarios retenus. à noter que les simulations d’Elia montrent que ce gain profite davantage aux producteurs qu’aux consommateurs.

Des interconnexions supplémentaires souhaitables

Les investissements projetés actuellement dans le réseau à haute tension prévoient déjà que la Belgique va fortement augmenter les interconnexions avec les pays voisins, pour arriver à 6,5 GW d’ici 2022. Mais Elia plaide pour aller plus loin. Des interconnexions supplémentaires auront un impact positif sur la Belgique tant sur le plan économique qu’écologique: cela va permettre une convergence internationale des prix, et d’intégrer plus d’éolien à l’échelle internationale. Et cela, sans menacer la rentabilité des centrales belges, affirme encore le rapport d’Elia.

Une étude déjà critiquée

Si la FEB, à qui l’étude a été présentée mardi, se contente pour l’instant d’y voir "une pièce apportée à l’édifice du pacte énergétique", d’autres acteurs se montrent déjà plus critiques. "Cet apport d’Elia au débat politique n’est pas neutre: plus il construit d’interconnexions, et plus ses revenus augmentent", rappellent plusieurs spécialistes du secteur. "Cette étude dépasse son rôle en prêchant fortement pour les interconnexions électriques et une électrification importante de la demande, en mettant l’accent sur les aspects positifssans accorder beaucoup d’attention au coût d’un tel scénario", renchérit un acteur majeur du secteur.

"Les scénarios proposés sont loin d’être les seuls possibles, ajoute un acteur clé dans l’énergie. Le calcul du besoin en centrales au gaz ne prend par exemple pas en compte une possible extension de la durée de vie des centrales au gaz qui atteindront les 25 ans en 2025."

"Le potentiel de stockage par la technologie ‘power-to-gas’ n’est pas pris en compte, alors que c’est un moyen efficace de stocker l’électricité" pointe un autre acteur.

"On ne voit pas très bien sur quoi repose le calcul des gains liés à la prolongation du nucléaire, ni à qui cela va profiter", critique pour sa part Edora. Pour la fédération des énergies renouvelables, cette étude appelle avant tout à un changement de cap urgent et drastique des politiques énergétiques en Belgique, y compris dans les Régions. "Il faut mettre tout en œuvre maintenant pour réaliser le potentiel en efficacité énergétique, gestion de Ia demande et production renouvelable, afin de limiter l’installation de nouvelles centrales au gaz au minimum, et ne pas se retrouver avec un surplus de capacités en gaz durant des décennies", plaide Noémie Laumont, secrétaire générale d’Edora.

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