Il faudra 300 millions pour éponger les certificats verts

©BELGA

Alors que le gouvernement wallon évoquait un montant de 200 millions pour dégonfler la bulle des certificats verts liée au photovoltaïque, il est maintenant question de 300 millions.

Le dossier des certificats verts reste inquiétant. Face à la bulle du photovoltaïque, le gouvernement wallon tente depuis plusieurs mois de désamorcer la bombe. Si le mécanisme de soutien au photovoltaïque a sensiblement été revu à la baisse pour le futur, l’exécutif n’est toujours pas parvenu à régler la dette du passé.

Au centre du problème, l’affluence du nombre de certificats verts sur le marché. Les fournisseurs d’électricité ne veulent plus en acheter. Les propriétaires wallons se sont donc tournés vers le gestionnaire du réseau de transport Elia, qui a l’obligation de les acheter à 65 euros l’unité. Alors qu’Elia serait en droit d’exiger une nouvelle hausse de la surcharge sur la facture électrique (lire ci-contre), le gouvernement travaille sur une solution alternative et temporaire. Impossible en effet à quelques mois des élections d’annoncer aux citoyens une nouvelle hausse de la facture!

L’idée du ministre de l’Énergie Jean-Marc Nollet (Ecolo) est de trouver un intermédiaire financier pour racheter une partie de ces certificats, et les mettre temporairement au "congélateur". L’intercommunale Ecetia, liée à Tecteo, ou le gestionnaire de distribution Ores pourrait être amené à décaisser 200 millions pour racheter une partie de ces certificats verts.

Mais voilà, et c’est le député Willy Borsus qui l’affirme: "Ce n’est plus 200 millions d’euros mais 300 millions qu’il va falloir mobiliser pour éponger les certificats. Ce montant est 50% plus élevé par rapport au montant initial annoncé par le gouvernement."

Si le chef de l’opposition libérale garde ses sources anonymes, d’après nos informations, le montant de 300 millions est en effet évoqué et envisageable. Un expert du dossier estime ainsi ces chiffres possibles. "Cela dépend des paramètres mais on peut en effet monter jusqu’à 300 millions d’euros". Suffisant pour faire bondir Willy Borsus.

"Plus personne ne peut croire les chiffres de Jean-Marc Nollet. Nous sommes dans une situation de crise et le gouvernement ne semble pas s’en rendre compte. L’exécutif ne décide pas. J’exige du sérieux et je demande une réunion de crise." Contacté, le cabinet de Jean-Marc Nollet ne dément pas les chiffres. "C’est difficile à évaluer la somme. Le portage que nous étudions se fera jusqu’à 2015".

Les wallons à la caisse?
Elia va demander une hausse des tarifs

Le gestionnaire de réseau Elia a visiblement épuisé ses réserves de patience. À l’ordre du jour du prochain conseil d’administration, mercredi prochain, figure une demande d’augmentation de la surcharge pour les certificats verts wallons, avons-nous appris à bonnes sources.


Obligé de racheter ces certificats wallons à un prix de 65 euros, Elia perçoit pour cela une surcharge certificats verts, qui a déjà augmenté à deux reprises ces derniers mois. Mais cela ne suffit pas: le trou continue à se creuser dans ses comptes. Pour éviter une nouvelle hausse de la surcharge, le gouvernement wallon avait demandé à Elia de reporter sa demande d’augmentation des tarifs, annonçant la mise en place d’un mécanisme de portage d’une partie de ces certificats.

Le cabinet Nollet nous assure que le dossier avance bien et qu’il devrait atterrir tout prochainement. Mais faute de résultats concrets, Elia compte introduire une demande de hausse des tarifs en bonne et due forme pour combler son trou, comme il en a le droit, auprès de la Creg, le régulateur fédéral du secteur.


«Le comité de direction va effectivement présenter au conseil son dossier tarifaire, dans lequel figure, entre autres, la proposition d’augmenter cette surcharge», confirme Axelle Pollet, porte-parole d’Elia.


Toujours selon nos informations, Elia réclame quelque 4 euros d’augmentation par MWh.


Si le conseil d’administration d’Elia et la Creg avalisent cette demande, les Wallons verront la surcharge certificats verts grimper à quelque 17,82 euros par MWh. Soit, pour un ménage moyen, un surcoût total de quelque 75 euros, TVA comprise, sur la facture d’électricité annuelle. Ce serait la troisième hausse en peu de temps — avant le 1er octobre 2012, cette surcharge n’était encore que de 1,889 euro par MWh.    

C.SF




Les entreprises attendent

L’opposition libérale s’inquiète également des conséquences pour l’industrie. "Tout est bloqué! Il est question d’aider les entreprises signataires des accords de branche en les exonérant de la surcharge liée aux certificats verts. Aujourd’hui, rien ne bouge", s’inquiète une nouvelle fois Willy Borsus. "Le gouvernement s’est accordé pour aider le monde économique, les écoles, les hôpitaux et l’agriculture, en leur remboursant cette surcharge qui est estimée entre 60 et 70 millions d’euros par an.Non seulement, rien n’est encore fait mais il s’avère que cette exonération va représenter le double, soit 140-150 millions d’euros par an. Le gouvernement a fortement sous-estimé la valorisation des certificats verts à exonérer pour le monde économique. Et puis, qui va payer? Je n’ai toujours pas la réponse? Le monde économique attend un signal clair."

Au cabinet de Jean-Marc Nollet, on se montre par contre très clair sur ce point: "Il n’y a aucune raison que ces chiffres soient revus à la hausse. Les chiffres du MR sont faux".

2.000 emplois perdus dans le photovoltaïque

Le MR ne voit par ailleurs toujours pas arriver le nouveau mécanisme Qualiwatt. "Ce plan est censé rentrer en vigueur à la fin de l’année. Il est très attendu par le secteur photovoltaïque. L’indécision du gouvernement a déjà fait perdre 2.000 emplois et je crains que cela ne soit pas fini. Ces 2.000 emplois sont les victimes de l’indécision du gouvernement dans ce dossier."

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