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Impossible d'auditer l'administration fédérale?

©RV DOC

"Les présidents des services publics fédéraux ne veulent pas qu’on regarde dans leurs affaires": Michel De Samblanx, le président du comité d’audit de l’administration fédérale, démissionne, déçu que son travail de contrôle indépendant ne puisse être mené à bien.

Michel De Samblanx, le président du comité d’audit de l’administration fédérale (CAAF), a décidé de rendre son tablier. Déçu. C’est ce qu’il a fait savoir au Premier ministre Elio Di Rupo, dans une lettre que L’Echo a pu consulter. "Les présidents des services publics fédéraux ne veulent pas qu’on regarde dans leurs affaires", dénonce-t-il en substance. 

L’installation de ce comité d’audit a pris les allures d’une procession d’Echternach. La première impulsion remonte à la fin des années 1990, lors de la réforme "Copernic" du ministre Luc Van den Bossche. L’objectif était d’introduire dans les services publics un audit interne efficace, à l’instar de ce qui se fait dans le privé, afin d’éviter d’éventuelles erreurs ou gaspillages. Mais il a fallu attendre 2010 pour que ce comité d’audit — un organe consultatif indépendant composé de sept membres — soit officiellement installé, en grande pompe à l’époque.

Aujourd’hui, force est de constater que ce comité d’audit ne fonctionne toujours pas correctement. "Nous n’avons pas réussi, en tant que comité d’audit, à donner forme à l’audit interne au sein de l’administration fédérale", explique Michel De Samblanx dans sa lettre de démission.

Il cible prioritairement les patrons des services publics fédéraux (SPF). "En général, les présidents ne veulent pas d’audit interne indépendant. Et s’ils sont obligés d’en accepter un, ils l’étouffent sous leur propre autorité. Souvent, les présidents sont plus soucieux de leur propre carrière, avec les jeux de pouvoir, plutôt qu’au nécessaire service rendu au public", dénonce Michel De Samblanx. 

Il estime pourtant qu’un audit interne indépendant est bien nécessaire car l’exercice est actuellement mené par des personnes qui sont "dévouées" à leur patron.

Pas de réponse

Le président démissionnaire du comité d’audit dénonce aussi le politique. "J’ai demandé à trois reprises un entretien au Premier ministre. Je n’ai jamais reçu de réponse", déplore-t-il. 

Avec sa démission, conséquence de son mécontentement sur la tournure des événements, Michel De Samblanx espère provoquer une réaction. Son mandat courait jusqu’en 2016. Il est remplacé par le francophone Philippe Decre. 

Michel De Samblanx est aussi professeur à l’université d’Anvers (et maître de conférence à l’université de Namur). Il est également expert financier à la CTIF (Cellule de traitement des informations financières) et administrateur du mouvement catholique Pax Christi Vlaanderen.

La Cour des comptes avait déjà épinglé, dans un rapport paru fin novembre, l’urgence de mettre en place un audit interne performant au sein de l’administration fédérale. "La situation actuelle montre que les autorités attachent trop peu d’importance à un audit interne", soulignait déjà la Cour des comptes.

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