L'analyse de Michel Quévit (UCL)

Professeur à l’UCL et fin connaisseur de l’économie wallonne, Michel Quévit ne s’inquiète aucunement des perspectives d’impasse de la négociation. "On ne peut pas dire que la Wallonie et Bruxelles seront en manque, tant qu’elles restent ensemble", résume-t-il. "Bruxelles, si je la compare avec l’ensemble des régions d’Europe sur une moyenne de cent, est à 225 de PIB par habitant. C’est après le Luxembourg et Londres la région la plus riche d’Europe. Sur la même échelle, la Flandre est à 120 et la Wallonie à 90: le différentiel de croissance n’est pas terrible". Interview.

Les transferts ne sont pas ce qu’ils sont?

5 ou 6 milliards par an, et nettement moins qu’entre d’autres capitales ou régions d’Europe.

Indépendamment de cela, le taux de croissance wallon avoisine celui de la Flandre et la productivité wallonne est identique: c’est un cliché de dire que les Flamands travaillent plus. Parmi les régions de tradition industrielle, la Wallonie affiche un niveau de productivité supérieur et c’est la plus innovante. Côté société de la connaissance, les efforts financiers en R & D de la Wallonie et de la Flandre sont quasi identiques. Et le potentiel des ressources créées dans le domaine des sciences et des technologies est quasi identique de part et d’autre.

D’où vient que les francophones aient tant rechigné à la séparation?

Nous ne sommes pas nationalistes: on pense que ce qui est bon pour les Flamands est bon pour les Wallons et vice-versa. Et puis une certaine tradition socialiste prône la solidarité des travailleurs, du Nord comme du Sud, sans que les sociaux-chrétiens du Sud, à l’époque scotchés à ceux du Nord, ne leur aient fait contrepoids.

Le tournant s’est opéré en 1965…

Jusqu’en 1965 et la crise des charbonnages, la Wallonie était contributrice à l’essor du pays. Le problème des transferts est arrivé après. Les Flamands n’ont jamais accepté une péréquation automatique d’aides aux régions pauvres. On s’est accordé, par contre, sur une forme de péréquation financière en maintenant au niveau fédéral des formes de solidarité interpersonnelle. C’est ce système que la N-VA remet aujourd’hui en cause. Mais c’est aussi remettre en question toute forme de solidarité. Et à mon avis, c’est contraire au traité européen. L’Europe ne va évidemment pas réagir tant que ce n’est pas fait.

A supposer que Wallons et Bruxellois s’unissent, qu’adviendra-t-il de la dette?

Il faudra négocier entre régions, proportionnellement aux niveaux de richesses de chacune. Bruxelles et la Wallonie ensemble sont en position plus confortable. Les Wallons, seuls, ne vont pas payer la dette. Il faudra la négocier entre deux Etats: un Etat belge d’un côté avec Bruxelles et la Wallonie, et la Flandre de l’autre.

Les deux Etats seront-ils en mesure d’assumer leurs obligations sociales?

J’en suis convaincu à condition qu’il y ait entre Bruxelles et la Wallonie le même système de péréquation. Bruxelles va certes contribuer davantage que les Wallons. Mais pour maintenir sa croissance, Bruxelles a aussi intérêt à maintenir un hinterland plus large. Dans une logique de gagnant-gagnant. Je ne suis pas pour la scission du pays. mais si elle nous est imposée, Wallons et Bruxellois n’ont pas à s’inquiéter au regard de ce qui se fait ailleurs en Europe. Il y a une manipulation de la N-VA à laisser croire que s’ils s’en vont, les autres sont perdants. Et que la Flandre peut imposer ses vues sous prétexte qu’elle est plus importante: sur 10 millions d’habitants, la Flandre ce n’est jamais que 5,5 millions contre 4,5 millions.

 

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