La porte du Fédéral claque au nez du PTB et du Belang

©BELGA

Didier Reynders et Johan Van Lanotte, informateurs royaux, mettent la pression sur les partis. Les extrêmes de droite comme de gauche sont exclus d’emblée du processus. La formation des exécutifs régionaux doit bientôt clarifier la situation au Fédéral.

Les chevaux sont encore loin du point d’eau, pour reprendre l’image de la N-VA qui, en 2011, ne voulait pas boire à la mare du pouvoir fédéral. Jeudi, Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a), informateurs royaux, ont remis un premier rapport au Roi concernant la formation du prochain gouvernement. Premier enseignement: leur mission – explorer "les possibilités ainsi que les conditions nécessaires en vue de former un gouvernement fédéral", a demandé le Palais – est prolongée jusqu’au 17 juin. Et l’idée n’est pas d’aller au-delà de cette date, apprend-on.

Deuxième enseignement: le Vlaams Belang et le PTB ne sont pas associés au processus faute de partenaires en suffisance pour gouverner le pays, ont expliqué les deux informateurs lors d’une conférence de presse organisée dans la salle de L’Europe au palais d’Egmont. Les présidents des deux partis n’ont même pas été entendus par les informateurs.

Quid des exclusives?

"Pour former un gouvernement fédéral, il faut au moins un parti francophone, or aucun ne veut gouverner avec le Vlaams Belang", a précisé Didier Reynders, interrogé par la presse flamande. Les deux briscards de la politique nationale ont par ailleurs pris acte de la volonté du cdH – dont le président a été vu durant cette première phase d’information – de ne participer à aucun gouvernement.

"Nous avons entre une et dix chances sur dix de réussir."
Didier Reynders
Informateur royal

Entre tous les autres partis, aucune porte n’est donc officiellement fermée à ce stade. Et cela malgré les exclusives exprimées avant les élections. On pense au PS excluant la N-VA ou à la N-VA ne voulant pas des écologistes par exemple. "Nous allons continuer à voir dans quelle mesure les formations politiques sont prêtes à venir répondre aux invitations des informateurs, a indiqué Didier Reynders. Il y a une grande différence évidemment entre une impossibilité absolue de formation de tout gouvernement et la capacité de mener des discussions avec nous."

Les partenaires non-politiques consultés aussi

"À côté de ces discussions politiques, nous avons eu des contacts avec un certain nombre de partenaires comme les syndicats (FGTB, CSC, etc.), mais aussi les organisations patronales (FEB, Unizo…) et la Banque nationale", ont indiqué les deux missionnaires.

Didier Reynders et Johan Vande Lanotte ont également discuté avec le climatologue Jean-Pascal van Ypersele des enjeux en matière de climat. "Sur la base de toutes nos rencontres, nous estimons qu’un scénario comme celui de 2010-2011 n’est plus possible, sachant que le gouvernement sortant ne dispose pas d’une majorité comme à l’époque", ont conclu les informateurs.

Plus que 38 députés

Petit rappel: entre 2010 et 2011, le monde politique avait pu s’arracher les cheveux pendant 541 jours de crise sans que la gestion de l’État Belgique n’ait trop à en souffrir. Le gouvernement en affaires courantes d’alors, dirigé par Yves Leterme (CD&V), avait pu compter sur une majorité au Parlement. Sans gouvernement de plein exercice, la Belgique avait même pu participer à une intervention militaire en Libye.

Aujourd’hui, la situation est radicalement différente, estiment Didier Reynders et Johan Vande Lanotte. Le gouvernement démissionnaire en affaires courantes de Charles Michel ne repose en effet plus que sur 52 députés sur 150. Et une fois que le Parlement issu des élections du 26 mai sera installé, MR, CD&V et Open Vld (les trois partis qui restent du gouvernement dit suédois), ne pèseront ensemble plus que 38 sièges.

Une assise aussi faible est tout ce qu’il y a d’inconfortable, notamment en raison des dossiers qui vont rapidement concerner le niveau fédéral. Les informateurs ont évoqué la gestion du Brexit mais également la confection du budget 2020, qui promet des arbitrages douloureux. L’Echo et De Tijd chiffraient, selon une estimation du Bureau du Plan, à 10 milliards d’euros le montant qu’il faudra trouver dès l’automne. Épineux.

Tempo régional

Pour le reste, on retiendra surtout que les deux informateurs n’en sont qu’à un premier tour de chauffe. Il n’est pas encore question de discussions multilatérales formelles. Par contre, ce qui frappe toujours, c’est le lien qui est tissé entre ce processus fédéral et les négociations en cours pour former les gouvernements régionaux et communautaires. Celles-ci donnant du temps au premier. Le sujet devrait encore alimenter les rencontres des informateurs pendant des jours alors que le tempo régional devrait s’accélérer dans les prochaines heures.

La formation des gouvernements régionaux devrait mettre fin à cette première période de décantation au niveau fédéral où la situation issue des élections est particulièrement complexe. Les partis traditionnels dans leur ensemble, ainsi que la N-VA, ont été sanctionnés par l’électeur. Au profit du Vlaams Belang, du PTB et de la famille écologiste. Résultat: un éclatement électoral qui rend très difficile la formation d’une coalition excluant la N-VA et le Parti socialiste, qui sont a priori incompatibles mais restent les deux premières formations de leurs Régions respectives. "Nous avons entre une et dix chances sur dix de réussir", a taclé Didier Reynders avant de clôturer le moment consacré à la presse jeudi. Les informateurs demeurent; l’expectative aussi.

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