La semaine infernale de Charles Michel

Charles Michel s'en est remis au parlement (et à une majorité alternative) pour ne pas céder à la N-VA. ©Belga.

Chronique d’un gouvernement qui n’a pas voulu chuter.

On nage encore dans le brouillard, disait, las, un CD&V vendredi. Trois semaines après les premières expressions des réticences de la N-VA vis-à-vis du pacte migratoire de l’ONU, notre Premier ministre semble bien coincé entre son engagement à se rendre à Marrakech la semaine prochaine pour dire un "oui" belge au pacte, et l’absence de consensus qu’il doit bien déplorer au sein de son gouvernement. Cette semaine a vu la crise politique s’accélérer de manière fulgurante. Hauts et bas d’un Premier ministre.

Dès lundi. La N-VA annonce la couleur. "Un gouvernement qui irait à Marrakech n’aurait pas notre soutien", mettait en garde son président Bart De Wever. En d’autres termes, Charles Michel doit renier les engagements pris au nom de la Belgique ou son gouvernement s’effondre. La même journée, le MR tenait son traditionnel bureau de parti et la crise était évidemment à l’ordre du jour des discussions. Déjà, le scénario de l’abstention de la Belgique à l’ONU y est évoqué, d’abord par Didier Reynders puis par Charles Michel lui-même. Il n’est pas illogique d’en parler puisque le vote effectif du pacte à l’occasion de l’assemblée générale de l’ONU ne pourra s’opérer sans accord du gouvernement. Le kern réuni le même jour ne parviendra pas à s’entendre.

Mardi, la position de Charles Michel, qui est également celle de ses partenaires CD&V et Open Vld est confortée par l’audition à la Chambre de l’ambassadeur Jean-Luc Bodson, envoyé spécial du gouvernement belge pour les questions relatives à la migration. Devant les députés, le diplomate assure que le 12 septembre, un consensus est établi sur le texte du pacte, avec l’aval du cabinet du secrétaire d’État N-VA Theo Francken. Ce témoignage accrédite la thèse selon laquelle la N-VA a changé d’avis en constatant son recul électoral au scrutin communal et en s’appuyant sur la volte-face d’autres pays comme l’Autriche.

ça sent la chute

Ca ne suffit pas à arranger les affaires belges, les nationalistes se montrent toujours aussi inflexibles. Ils accentuent même la crise en diffusant une campagne anti-pacte aux relents d’extrême droite, avant même que le kern qui doit déminer la situation ne se réunisse. ça sent la chute comme jamais, Charles Michel prend l’initiative. En fin d’après-midi, il convoque la presse pour réaffirmer son intention d’aller à Marrakech et surtout, annoncer qu’il demande au Parlement son avis. Il veut qu’une majorité alternative, grâce au soutien de l’opposition majoritairement pro-pacte, soutienne son voyage au Maroc. Les spéculations sur la chute de son gouvernement ne se calment pas pour autant.

Mercredi. Rendez-vous est donné en commission des Affaires étrangères de la Chambre où doit être discutée une résolution approuvant le pacte sur les migrations. À cette heure, "la N-VA est toujours dans le gouvernement", précise Peter De Roover, chef de groupe N-VA. Mais son parti n’en est pas moins opposé au pacte dont l’approbation relève des prérogatives du gouvernement, répète la N-VA. Au final, une majorité alternative est trouvée pour soutenir le pacte. La N-VA ne bouge pas malgré le fait qu’elle avait affirmé que cette option constituait une ligne rouge pour elle. Au MR, on respire. Charles Michel tient tête à la N-VA et affirme son leadership de Premier ministre. La majorité alternative qui doit le porter au Maroc doit encore être confirmée en séance plénière devant laquelle il doit s’exprimer.

 

Jeudi. Grand débat à la Chambre et déclaration surprenante du Premier ministre qui indique qu’il se rendra à "titre personnel" à Marrakech. Ménageant la chèvre et le chou, il provoque un déclic dans l’opposition. Le PS, qui croit que Michel "prépare une entourloupe", demande directement une suspension de séance. Elle durera plus d’une heure au lieu des dix minutes annoncées. L’opposition se parle, analyse la situation: Charles Michel n’a pas été assez clair sur la position qui sera la sienne à Marrakech. Au PS, on flaire le momentum et le chef de groupe Ahmed Laaouej commence à discuter avec Catherine Fonck du cdH, Olivier Maingain de DéFI et Meryame Kitir du sp.a.

Dans le même temps, Ecolo/Groen rédige un amendement à la résolution: il propose de demander à Charles Michel de se rendre personnellement à l’ONU pour voter le pacte. David Clarinval, chef de groupe MR, ne peut s’y résoudre. "Cela pose un problème juridique", dit-il.

Le libéral a alors fort à faire. Il a entendu la violence avec laquelle ses partenaires CD&V et Open Vld se sont attaqués à la N-VA en séance plénière. C’est une surprise pour lui: comme l’opposition, ses partenaires flamands veulent un signal fort en faveur du pacte. David Clarinval doit à la fois assurer à Charles Michel, avec qui il est en liaison directe, la plus large majorité possible et ménager ses partenaires qui n’ont pas non plus l’intention d’être déshabillés devant la N-VA. Le député court d’un bureau à l’autre de la Chambre. Il va voir l’opposition qui s’est regroupée. En voyant débarquer Clarinval, le PS voit l’occasion de placer son amendement déposé en début de séance. La barre est mise plus haut. Plutôt que demander au gouvernement de soutenir le pacte de l’ONU, la phrase devient plus radicale: l’amendement, déposé par le MR mais rédigé à la main par la secrétaire politique du PS, demande que le gouvernement approuve le pacte. "Approuve" sera préféré à "soutienne" comme une première version du texte le stipulait.

Le ballon envoyé au Parlement revient au gouvernement...

Toujours debout

Déposé par les trois partis de la majorité, le texte est voté en soirée. L’épisode commence à se retourner contre le Premier ministre. La N-VA jubile. Peter De Roover tweete la photo de l’amendement manuscrit qui consacre le rôle du gouvernement dans l’approbation du pacte onusien.

Charles Michel qui avait lancé le ballon dans la cour du Parlement le voit revenir dans celle de l’exécutif. Vendredi, la N-VA réclamera un conseil des ministres spécial consacré au pacte migratoire avant le sommet de Marrakech. Au final, le gouvernement ne semble guère plus avancé qu’en début de semaine. Le blocage est toujours aussi complet. Michel 1er n’est plus que l’ombre de lui-même mais il est toujours debout.

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