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La sortie du CD&V donne un poids nouveau au cdH

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Les 76 sièges des socialistes, libéraux et écologistes sont a priori suffisants pour soutenir un gouvernement. Mais le risque d’instabilité est grand. Les humanistes vont-ils entrer en scène?

Depuis samedi et cette fameuse réunion réunissant les six partis de l’arc-en-ciel, les intentions somme toute prévisibles de l’informateur royal Paul Magnette ont gagné en clarté. Sa mission s’est bien donnée pour objectif de mettre la N-VA de côté pour cimenter une alliance entre les familles libérale, socialiste et écologiste. À ce stade, un CD&V échaudé et toujours en demande d’une nouvelle initiative PS/N-VA est ostracisé par un certain nombre d’éléments de la dernière note Magnette qui a filtré dans les médias. Par ailleurs, les libéraux flamands, très divisés en interne sur cette question, n’ont pas encore officiellement épousé le projet. Quant au MR et son nouveau président Georges-Louis Bouchez, ils ne sont pas forcément ravis de servir les plats au patron du Parti socialiste.

Les duos PS/sp.a, MR/Open Vld et Ecolo/Groen ne disposent, ensemble, que de 76 sièges sur les 150 que compte la Chambre.

Reste que les duos PS/sp.a, MR/Open Vld et Ecolo/Groen ne disposent, ensemble, que de 76 sièges sur les 150 que compte la Chambre. À première vue, une majorité d’un seul siège est impraticable, elle serait l’otage d’une dissidence unique. Une telle perspective fait évidemment remonter en surface le souvenir de la triste fin de l’éphémère majorité MR/cdH en Wallonie. Celle-ci a chuté suite à la défection d’une députée méconnue jusqu’alors: Patricia Potigny. Celle-ci a bloqué une Région entière en choisissant de quitter les bancs libéraux pour faire allégeance au mouvement d’Alain Destexhe.

Voilà pour l’exemple à ne pas suivre. Et pourquoi les 76 sièges ne suffiront pas à assurer une stabilité de la coalition. Petit détour du côté de la Chambre pour voir à quoi pourrait ressembler une majorité arc-en-ciel: 29 députés socialistes, 26 députés libéraux et 21 députés verts. C’est court mais certains mandataires font remarquer qu’en séance plénière, l’ensemble des députés n’est jamais présent. "Il y a chaque fois entre 130 et 140 députés", glisse un parlementaire. Autrement dit, avec une bonne discipline de majorité, et sachant que le quorum est fixé à 76 sièges, on peut vivre avec. Et dans les commissions, l’arc-en-ciel pèse 10 députés sur 17 avec un quorum à 9. Jouable? "Non, et certainement pas avec un Open Vld aussi divisé", tempère un observateur.

DéFI veut y croire

D’où l’intérêt pour Paul Magnette de s’adjoindre les services d’une formation de moindre importance comme le cdH et/ou DéFI. Les deux partis francophones pesant respectivement 5 et 2 députés. Habilement, l’informateur ne les invite pas (encore) à ses réunions multilatérales. Mais les deux partis ont contribué de manière non-négligeable aux notes déflorées par la presse ces derniers jours. Ainsi, le volet santé du préprogramme Magnette a-t-il été inspiré par des propositions cdH. Et on retrouve quelques intonations DéFI dans son volet institutionnel, telle que la mise en œuvre d’une évaluation objective du fonctionnement de l’État issu des six réformes institutionnelles qui ont façonné le modèle belge. L’inscription du principe de laïcité dans la Constitution est également une mesure portée par les amarantes. Ce ne sont que des exemples, mais ils disent quelque chose de la démarche entreprise par l’informateur.

"La question du casting ne se pose pas.
Catherine Fonck
Cheffe de groupe cdH

Qu’en pense le cdH? Il faut relever une rupture nette chez les humanistes par rapport au discours d’après-éléction prônant une cure d’opposition à tous les niveaux de pouvoir, même si la porte d’un soutien extérieur à certains projets fédéraux n’a jamais été fermée. Aujourd’hui, le cdH veut contribuer à la stabilité fédérale et n’a pas encore tranché la question de savoir si cette contribution passerait par une participation gouvernementale ou un soutien extérieur depuis l’opposition.

"La question du casting ne se pose pas encore, nous nous concentrons sur le fond de manière constructive", se contente de dire Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH à La Chambre. En fait, le cdH attend. Quoi? De savoir si le CD&V renonce définitivement à renforcer une coalition arc-en-ciel, nous revient-il. Pour cause, si les chrétiens démocrates flamands montent à bord, le cdH n’est plus numériquement nécessaire et se retrouve trop faible pour peser réellement au gouvernement fédéral. Par contre, si le CD&V est dehors, les cinq petits sièges humanistes deviennent précieux, faisant passer la majorité de 76 à 81 députés. L’exclusion du CD&V pose toutefois un problème de taille: elle rend la minorisation de l’aile flamande de la coalition très difficile à défendre au nord du pays.

"Ce sera soit nous, soit le cdH, pas les deux."
Une amarante

De son côté, DéFI, réaffirmant sans cesse sa disponibilité et fort d’une collaboration de plusieurs années avec le PS en Région bruxelloise, accrédite l’idée d’un soutien à l’arc-en-ciel, celui-ci étant conditionné à une entrée au gouvernement. "Ce sera soit nous, soit le cdH, pas les deux", analyse un poids lourd amarante. Sa position est affaiblie par le fait que DéFI ne dispose que de deux sièges à la Chambre et que son identité communautaire historique n’est pas de nature à faciliter l’adhésion des partis flamands. Tous attendent que l’Open Vld se positionne et que le CD&V élise son nouveau président, ce qui devrait être fait en fin de semaine.

En attendant, les protagonistes de l’arc-en-ciel élargi ont reçu mercredi une note budgétaire de la part de Paul Magnette. D’aucuns la jugent déjà décevante. "Ce document explique comment diminuer l’effort budgétaire et non comment le combler", glisse un négociateur. L’affaire n’est pas encore dans le sac. Le prochain rapport au Roi de l’informateur, toujours maintenu au lundi 9 décembre, devrait être décisif.

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