Le Benelux est au cœur des fractures européennes

Xavier Bettel, Mark Rutte et Charles Michel: à quand une même voix pour le Benelux? ©BELGA

Le Premier ministre Néerlandais Mark Rutte s’affiche en allié de l’Autriche de Sebastian Kurz au moment où le Luxembourg accuse ce dernier de parler "le langage de Donald Trump"et de ne pas comprendre l’Union. Alors que l’Europe veut dessiner les contours d’une politique migratoire unifiée et d’une réforme de l’Union économique et monétaire, le Benelux est au carrefour des antagonismes de l'Union.

Devant les photographes, l’euphorie perpétuelle est de mise: les Premiers ministres du Luxembourg, des Pays-Bas et de Belgique sont inséparables – Mark Rutte, Xavier Bettel et Charles Michel sont voisins, de la même génération, libéraux, que faudrait-il de plus? En pratique pourtant, le triumvirat du Benelux a parfois du mal à accorder ses violons.

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Singulièrement sur les deux gros dossiers que l’Union veut faire maturer au cours du semestre qui s’ouvre. Le président du Conseil européen Donald Tusk a promis pour juin de percer l’abcès de la gestion migratoire, et de fixer un calendrier de réforme pour l’Union économique et monétaire.

La "ligne" de Vienne

Le Premier ministre néerlandais Rutte en visite chez le chancelier autrichien Kurz. ©EPA

Le trio désaccordé du Benelux, on vient de l’entendre quand le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a entamé 2018 par une visite de courtoisie chez le nouveau chancelier autrichien Sebastian Kurz. Il n’y allait pas seulement pour assister au concert philharmonique du Nouvel an donné à Vienne, mais surtout pour marquer l’unité de vues des deux gouvernements. Sur l’Europe, a-t-il dit, La Haye et Vienne sont "sur la même ligne". En ce compris sur la question migratoire: "Nous voulons tous deux une coopération européenne qui livre des résultats concrets par exemple sur la question de la migration", a indiqué le Néerlandais au Telegraaf.

Certes, la "ligne" est exprimée en termes très génériques, mais quel contraste avec les ruades du Luxembourg. Vendredi dernier, le ministre grand-ducal des Affaires étrangères n’y allait pas par quatre chemins: quand il s’agit de migration, "le chancelier Kurz parle la langue de Donald Trump", a déclaré Jean Asselborn – ajoutant que "toute personne qui parle ainsi ne comprend pas les fondements de l’UE". Le conservateur Sebastian Kurz, qui dirige l’Autriche avec le parti d’extrême droite FPÖ, juge absurde la répartition de réfugiés sur l’ensemble des États de l’Union – mécanisme de solidarité mis en place pour soulager les pays de "première ligne" que sont l’Italie et la Grèce. Il est sur ce point en phase avec les pays d’Europe centrale qui refusent purement et simplement d’appliquer cette mesure symbolique. Sur cette question, le rapprochement entre Vienne et le gouvernement de Viktor Orban est tel que la gauche ironise en ces termes: "L’Autriche-Hongrie est de retour."

"Le chancelier Kurz parle la langue de Donald Trump."
Jean Asselborn
Ministre luxembourgeois des Affaires étrangères


Alors que Vienne s’apprête à prendre la présidence tournante de l’Union européenne (le 1er juillet prochain), la Belgique joue pour sa part la prudence – Charles Michel ne se précipite pas chez le chancelier Kurz pour lui souhaiter ses bons vœux, mais il n’appelle pas non plus les vacanciers à éviter les Alpes autrichiennes.

Le Benelux adopte donc trois attitudes, alors que la grande explication européenne sur la question migratoire approche à grands pas.

Une ambition pour l’euro

©BELGA

En attendant que l’Allemagne se dote d’un gouvernement de plein exercice, l’Union prépare aussi la réforme de la zone euro. Et là aussi, l’unité de vues du Benelux – censée renforcer le poids des trois pays dans le débat européen – reste à démontrer. La Haye est si rétive à l’idée d’un ministre de la zone euro qu’elle a empêché la reconduction du Néerlandais Jeroen Dijsselbloem à la tête de l’Eurogroupe – une décision qui aurait pu servir de brèche. Et lors de l’élection de son successeur, les Néerlandais ont appuyé Mario Centeno, ministre d’un gouvernement socialiste, plutôt que le libéral luxembourgeois Pierre Gramegna…

Au-delà de ces questions de personnes, les dirigeants de l’Union se retrouvent en mars pour tenter de faire avancer le débat sur l’avenir de l’Union économique et monétaire. Donald Tusk veut "des premières décisions" en juin, assorties d’un calendrier à court, moyen et long terme.

Pour Mark Rutte et Sebastian Kurz, ce sera "une union monétaire forte formée d’États membres forts qui mènent une bonne politique économique et qui gardent leur maison financière en ordre". De budget commun, d’instrument automatique commun de réponse aux chocs asymétriques qui toucheraient certains pays de la zone euro, point de mention.

En marge du dernier Conseil européen, Charles Michel avait assuré que le Benelux était "naturellement un constructeur de ponts", et qu’au-delà de positions d’apparence antagonistes et figées, une marge existe pour rapprocher les positions autour de solutions de "bon sens". À croire que de ses divisions, le Benelux pourrait forger des clés qui feront avancer l’Union.

©EPA

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