Le CD&V, punching ball universel

©BELGA

Elle lui colle à la peau, cette étiquette de centriste, que certains espèrent le cœur à gauche, d’autres le cœur à droite...

Jusqu’à présent, le centre-droit l’emportait. Mais, malgré son profil dans la (droite) ligne de ses partenaires de coalition, force est de constater que le CD&V, c’est le punching ball du gouvernement. Et des syndicats. Et même du patronat. Quoi qu’il fasse, il fait des mécontents. La loi sur la flexibilité au travail de Kris Peeters en est un bel exemple: elle a été recalée par les partis les plus à droite (estimant qu’elle était insuffisante), le patronat l’a jugée peu claire, les syndicats imbuvable.

Afin d’éviter les coups, depuis deux ans donc, le CD&V louvoie. Il exige (une taxation des grandes fortunes), il fait rempart parfois (à la limitation drastique des allocations de chômage), et au final, les mesures prises tiennent toujours du compromis un peu mou et… peu marqué finalement de la couleur orange des sociaux-chrétiens.

Et donc, à l’approche de la mi-législature, l’équipe CD&V devient fébrile. Ça suffit. Wouter Beke a envoyé le soldat vice-Premier Kris Peeters au front, exigeant que, cette fois, il ramène quelque chose dans l’escarcelle social-chrétienne. Et il va sans dire que ce "quelque chose" doit être marqué à gauche. Le coup du tax shift "light", c’est fini. Reprenons donc la vieille idée que le CD&V essaye désespérément de faire passer depuis 2014: une vraie taxation des plus-values boursières. Une mesure qui ferait contribuer le capital, pour éviter de faire peser sur les épaules des travailleurs une baisse de l’impôt des sociétés. Une question de justice sociale, pour le CD&V.

Radicalisation

Cette fois-ci, il a décidé de ne plus reculer. Cette "radicalisation" a plusieurs explications. D’abord, le momentum. Pour le CD&V, marquer des points, c’est maintenant ou jamais. Un peu tôt direz-vous, il reste trois ans de gouvernement… C’est sans compter les élections communales d’octobre 2018. Les enjeux ont beau être locaux, les partis durcissent leurs positions à tous les étages. Et donc, ce budget 2017, c’est la dernière occasion pour le CD&V de marquer un panier. Dans un an, on sera trop près de l’échéance électorale pour mener de grandes réformes. Eh oui, en politique, le temps se raccourcit mystérieusement parfois…

Le CD&V doit aussi calmer les syndicats. Depuis deux ans, Michel I subit les coups de boutoir de la rue. A l’heure des plans sociaux, certains jugent qu’il est temps de rééquilibrer la politique. Ça devient une question de principe. Surtout quand c’est pour financer une baisse de l’impôt des sociétés.

Au vu des derniers sondages, le CD&V peut aussi avoir un atout à jouer. D’un côté, la N-VA est affaiblie. Elle perd des plumes, et le parti de Bart De Wever vient d’affronter une tempête interne. Wouter Beke sait que la N-VA a moins que jamais envie que le gouvernement saute. Personne, en fait, dans l’équipe, n’a envie de voir s’écrouler le château de carte. C’est donc le moment d’y aller. Au bluff. Le CD&V n’a quasiment plus rien à perdre. S’il rentre sagement dans sa niche sans nouveaux acquis, l’effet risque d’être catastrophique pour lui. Il n’est déjà pas en grande forme dans les sondages. Impensable.

S’il s’entête, il fait tomber le gouvernement. Si on en arrive là, ce sera mauvais pour son image. Excepté à gauche peut-être, où grâce au syndicat chrétien il pourrait regrappiller des voix…

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