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Le patron belge de la sûreté nucléaire est sur la sellette

Les déclarations de Willy De Roovere, directeur général de l’Agence de contrôle nucléaire, déclenchent la colère des politiques, et tout particulièrement celle de Johan Vande Lanotte.

La température monte autour des centrales nucléaires. Les déclarations de Willy De Roovere, directeur général de l’agence fédérale chargée de la sûreté dans le secteur, ont fait monter la pression. Et on ignore s’il y a lien de cause à effet, mais il n’est pas certain qu’il sera toujours à son poste pour trancher sur l’avenir de Doel 3.

Le gouvernement fédéral avait décidé, en juillet, de le prolonger une troisième fois comme directeur général de l’AFCN, même s’il vient de fêter ses 66 ans. L’arrêté royal qui doit officialiser cette nouvelle prolongation, qui prend cours le 1er septembre prochain, n’est toujours pas paru, mais ce ne serait qu’une simple formalité et une question de jours, nous assure-t-on. Par contre, cette prolongation pourrait être de très courte durée. "Son successeur sera désigné début septembre", entend-on du côté du cabinet de Joëlle Milquet, la ministre de l’Intérieur, à qui revient la décision.

Le conseil d’administration de l’AFCN a proposé quatre candidats, classés par ordre de préférence mais la ministre, qui termine leurs auditions ce vendredi, peut s’écarter de cette liste. Numéro un: Jan Bens, ancien directeur général de la centrale nucléaire de Doel. Deuxième: Koen Persyn, à la tête de Controlatom (AIB Vinçotte), suivi de Manfred Schrauben, chef du département surveillance et contrôle à l’AFCN. Dernier: Robert Leclère, administrateur délégué de Synatom, filiale d’Electrabel qui gère le combustible nucléaire, et président du Forum nucléaire. Une décision plus lourde de conséquences que jamais, dans le contexte actuel…

Les déclarations qui fâchent

Willy De Roovere a d’abord exprimé son pessimisme après les défauts découverts dans la cuve du réacteur de Doel 3. Il a ensuite donné des détails sur les près de 8.000 "indications de fissures" repérées, expliquant pourquoi un redémarrage du réacteur lui paraissait peu probable. Il a laissé entendre que le défaut pourrait également être présent à Tihange 2, mais aussi dans les cuves venant d’autres fournisseurs, puisqu’il pourrait être lié à la qualité de l’acier utilisé. Puis il en a rajouté une couche ce week-end dans une interview au Morgen, chiffrant à plus de 50% le risque que le même problème soit découvert à Tihange, qui pourrait toucher tous les réacteurs fabriqués de la même manière, à la même période — soit 350 réacteurs, affirme De Morgen.

Johan Vande Lanotte a réagi vertement. "L’information que le patron de l’AFCN diffuse manque, pour le moins, de cohérence, attaque le ministre de l’Économie. Plutôt que de provoquer la panique dans les médias, il ferait mieux de renseigner le gouvernement et la population et de dire ce qu’il faut faire." Le secrétaire d’État à l’Énergie Melchior Wathelet est lui aussi sorti de sa réserve après que Willy De Roovere ait répondu à une question sur la sécurité d’approvisionnement et évoqué de possibles "blackouts" cet hiver — après avoir toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas de son business. "Willy De Roovere est compétent pour la sécurité de nos centrales nucléaires, avec lesquelles je crois qu’il a plus qu’assez de travail, et pas pour les centrales au charbon et au gaz, les éoliennes ou la biomasse", réagit Wathelet.

Willy De Roovere, qui refuse de poursuivre la polémique, n’a pourtant rien d’un extrémiste. "Il s’exprime en son nom propre mais sa ligne de conduite, c’est le principe de précaution, plaide un proche de l’Agence. Avec l’expérience qu’il a accumulée, il a un certain feeling dans son domaine…"

30 ans chez Electrabel

Le réacteur de Doel 3, Willy De Roovere le connaît bien… Cet ingénieur civil de l’université de Gand a commencé sa carrière chez Ebes, une société de production d’électricité qui allait fusionner avec Unerg et Intercom pour donner naissance à Electrabel. Il y est resté près de 30 ans, participant notamment au démarrage des réacteurs de Doel 1, et 3, avant de devenir, en 1989, directeur de la centrale de Doel. Après un bref passage chez Belgonucléaire, le producteur de MOX pour les centrales, il a pris la tête de l’Agence de contrôle nucléaire en 2006.

"Ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime de manière tranchée, rappelle un observateur. Lors des stress tests, il s’est ainsi empressé de communiquer, avec un message sans doute plus positif que ses experts, qui regardaient le dossier de manière détaillée." Ses déclarations résulteraient simplement d’une conviction forte — même s’il faudra attendre octobre pour que l’AFCN prenne une décision officielle sur le réacteur de Doel 3. "C’est un vrai ingénieur, avec un sens de la rigueur que j’ai rarement rencontré chez d’autres, avec un caractère qui lui fait voir les choses en noir ou blanc", explique un acteur du secteur qui l’a côtoyé dans différents contextes.

La proximité de sa fin de carrière donne sans doute à Willy De Roovere une liberté de parole supplémentaire. Mais son départ pourrait en être accéléré…

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