Le retour à l'équilibre budgétaire devrait être reporté à 2021

La ministre du Budget Sophie Wilmès (MR) s'est félicitée d'avoir réduit de trois quarts le déficit belge, entre 2014 et 2018. Le chemin de croix budgétaire de la Belgique n'est pour autant pas terminé. Loin de là. ©Photo News

Les comptes belges dans le vert en 2020? Le Conseil supérieur des Finances n'y fait même plus allusion. Et fixe désormais le cap sur 2021, si pas 2022. Loin d'être évident: pour renouer avec l'équilibre budgétaire, la Belgique devra mettre la main sur quelque 10,6 milliards en trois ans.

On vous l'accorde, ce n'est pas forcément évident. Mais malgré les tournures un brin administratives et la mine patibulaire de certains graphiques, la lecture de la prose sortant du Conseil supérieur des Finances (CSF) est rarement décevante. On y trouve même, parfois, des suggestions qui passent, un temps, pour iconoclastes. Tenez: en 2016, le CSF n'hésite pas à jeter un pavé dans la mare, en proposant un retour à l'équilibre budgétaire en 2019, alors que le politique a fièrement fixé le cap sur 2018 et n'entend pas en dévier. Sauf qu'un an et des poussières plus tard, il faut bien se rendre à l'évidence: ce ne sera pas pour 2018. Cap donc sur 2019!

Rebelote l'an passé, où le CSF parle de 2020. 2019 passe donc à la trappe et 2020 devient le nouvel objectif - même s'il apparaît déjà clairement que les chances qu'il soit tenu sont plus que maigrichonnes.

Nous voilà un an plus tard. Et, fidèle à lui-même, le CSF délivre son annuel avis qui servira de base à l'élaboration du "programme de stabilité 2019-2022", cette feuille de route budgétaire que la Belgique doit soumettre à la Commission européenne pour la fin avril. Qu'en retenir? Trois choses.

→ 1. Aux dernières nouvelles, la Belgique est toujours censée renouer avec l'équilibre structurel (c'est-à-dire débarrassé des aléas de la conjoncture et de l'impact des mesures non récurrentes) d'ici 2020. Sauf que le CSF met sur la table deux scénarios prévoyant un déficit gommé... en 2021. Et encore, puisque l'une des deux trajectoires proposées ouvre timidement la porte au cru 2022.

→ 2. Le Conseil supérieur des Finances, se basant sur les dernières prévisions (à politique inchangée) délivrées en février par le Bureau du Plan, livre deux trajectoires budgétaires. Pourquoi? Parce que tout dépendra si la Commission européenne se décide à activer, pour 2019, la clause de "flexibilité pour réformes structurelles", comme le lui demande la Belgique, qui se prévaut de son tax shift, de la refonte de l'impôt des sociétés, ainsi que des réformes des pensions, de l'administration et du marché du travail. Ladite clause permettrait à la Belgique d'adoucir, à hauteur de 0,5% du PIB, l'effort budgétaire qu'elle doit fournir chaque année, à savoir réduire son déficit structurel de l'équivalent de 0,6% du PIB. Ne resterait donc, pour 2019, que 0,1% à fournir.

Alors, flexibilité ou non? La réponse devrait tomber durant le printemps - vraisemblablement peu de temps après le scrutin du 26 mai. Mais dans un cas comme dans l'autre, cela ne change pas fondamentalement l'effort que devra livrer la Belgique pour faire repasser ses comptes dans le vert; c'est surtout la répartition entre les crus 2019, 2020 et 2021 qui en serait modifiée, l'assainissement à livrer, idéalement, en 2019 étant plus costaud si la flexibilité ne devait pas être de mise. Tout en sachant qu'on ne voit pas très bien comment la Belgique pourrait soigner de manière significative son budget cette année, avec le scrutin qui se profile et les gouvernements à former à tous les étages. Mais soit.

"Même si les comptes 2018 affichent un déficit réduit de trois quarts par rapport à 2014, nous avons un message clair pour ne pas relâcher l’effort. J’insiste donc sur l’importance, à la sortie des élections, de mettre sur pied très rapidement des gouvernements fédéral et régionaux responsables et capables de tenir une trajectoire d’assainissement budgétaire alliant maîtrise des dépenses publiques et soutien au développement économique."
Sophie Wilmès
Ministre du Budget

Effort de taille, disions-nous, puisqu'il se situe aux alentours des 10,6 milliards à dénicher en moins de trois ans. En guise de rappel, en juin 2018, le Bureau du Plan estimait à 8,4 milliards le chemin à parcourir pour parvenir à l'équilibre en 2020 - autrement dit, le contexte budgétaire a tendance à se dégrader.

→ 3. Comme toujours, c'est principalement l'étage fédéral qui devra supporter cet assainissement - enfin, l'Entité I pour être précis, soit le Fédéral et la Sécu. De l'Entité II, à savoir les entités fédérées ainsi que les pouvoirs locaux, on n'attend qu'un coup de reins de 1,8 milliard, le solde étant à charge de l'Entité I. Voilà donc ce que suggère le CSF. Que les pouvoirs locaux atteignent et conservent l'équilibre structurel dès 2019. Même combat pour les Communautés et Régions: toute entité ayant réalisé un excédent en 2018 est censée tenir la ligne de l'équilibre - et pour celles qui étaient dans le rouge, prière de se mettre en ordre au plus tard en 2021.

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