Le tandem Ecolo est dans le fossé.

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Le vélo doit repartir et choisir une direction claire avant de grimper les cols hors catégorie de la politique belge. Le parti dispose de jeunes talents à même de réconcilier les dimensions écologique et économique. Mais gare à la pente de l’extrême-gauche.

Entre amis, on peut se dire les choses franchement. Alors, on ne va pas prendre de gants pour dire à Ecolo que nous sommes inquiets. Oh, ça ne nous empêche pas de dormir, mais quand même on y pense souvent ces temps-ci.

Les verts ont pris une dérouillée électorale XXL le 25 mai dernier. Le duo Hoyos/Deleuze, un bric à brac entre le soixante-huitard saxophoniste et la jeune pousse (ex?) prometteuse, n’a pas fonctionné. Le registre sur lequel ils jouaient était peu clair, illisible. Deleuze, par son alliance locale avec le MR, a brouillé son image de gauche, Hoyos a donc été forcée de jouer sur un registre "gauchiste" avec lequel elle n’est pas à l’aise elle qui est issue de la mouvance catholique et assez proche du monde de l’entreprise et qui fait un tabac quand elle passe au Cercle de Wallonie. Bref, on était dans le contre-emploi permanent alors qu’il y aurait eu une splendide carte à jouer Hoyos la seule femme parmi les "brutes" Magnette, Lutgen et Michel.

Mais soyons de bon compte: le duo a assumé l’échec, a pris le ressac de plein fouet. C’est honorable et d’autres verts auraient dû s’inspirer de cette démarche courageuse. Suivez mon regard: Jean-Marc Nollet.

Car quand on parle de duo, en fait, c’était bel et bien un trio qui était aux manettes d’Ecolo tant l’influence de Nollet était grande sous la législature écoulée. Or Nollet, vice-Premier wallon, porte également une grande part dans les résultats désastreux des verts. A-t-on besoin de rappeler ici combien les mauvais calculs autour du photovoltaïque ont contribué à façonner l’image d’amateurisme d’Ecolo? Et ceci va leur coller à la peau quelque temps encore. La logique aurait donc été — minimum minimorum de battre sa coulpe et, au moins, d’effectuer une petite traversée du désert. C’est-à-dire de ne pas se précipiter pour endosser des responsabilités immédiatement à un autre niveau de pouvoir, mais d’attendre une année, le temps que la poussière du photovoltaïque retombe, avant de devenir chef de groupe au Parlement fédéral. Entendons-nous bien, cela n’a rien à voir avec les qualités intrinsèques de Jean-Marc Nollet, il est, et de loin, le meilleur tribun vert pour l’opposition. Cela a à voir avec la retenue et la mesure, éventuellement l’éthique — des arguments qu’Ecolo est toujours prompt à appliquer aux autres.

Mais poursuivons. Au-delà des responsabilités individuelles et collectives, c’est le futur qui est intéressant. Ecolo lance donc un processus de refondation. Et voici le dilemme devant lequel se trouvent aujourd’hui les verts à l’heure de se réinventer. Soit ils se rangent du côté de la gauche dure de la gauche radicale soit ils avancent vers le centre de l’échiquier politique.

Soit on lâche la bride à des personnalités comme Zoé Genot, Philippe Lamberts, Alain Marron, on leur confie le cockpit de l’avion vert et on ancre le parti sur le même terrain de combat que l’extrême-gauche (PTB) et la gauche (PS). Mais c’est un combat à armes inégales: le PTB peut se draper dans une virginité facile il n’a jamais exercé de responsabilité — et le PS dispose sur le moyen terme des ressources suffisantes pour asphyxier Ecolo. Ce combat-là, on va vous le dire, il est perdu d’avance.

Soit Ecolo choisit l’autre voie. Celle où on laisse éclore des jeunes talents au fait de la réalité économique. La liste est non exhaustive mais de Gilles Vandenburre (Umicore) à Samuel Colati (Harvard law school) en passant par Laetitia Lesenfants (Agence de stimulation économique) ou encore Lisa Isnard (Sowalfin) et Ronny Balcaen (spécialiste des entreprises publiques), Ecolo dispose d’une vraie force sur laquelle s’appuyer pour se redéployer. À condition de choisir cette voie-là. À condition de montrer combien l’écologie peut être une chance pour le développement de tous — et donc économique — pas ce fardeau tel qu’on nous le présente aujourd’hui. Marcel Cheron, Stéphane Hazée doivent aussi jouer un rôle dans ce processus. Tout comme Christos Doulkeridis qui, intelligemment, a déjà plaidé pour qu’écologie et économie aillent de pair. Ecolo ne doit pas être l’ennemi des PME et des indépendants, a-t-il dit il y a quelques mois. Électoralement, cela ne lui a pas porté chance.

Sans sombrer dans une nostalgie stérile, des personnalités comme Jean-Michel Javaux et Isabelle Durant avaient réussi ce pari du recentrage. Non, ce n’est pas de la peoplisation, cela s’appelle être en phase avec la réalité. On peut faire de l’écologie dans son coin, mais jouer à se convaincre entre Ecolo, à quoi bon? Javaux et Durant, donc, passaient bien dans les PME et les entreprises. Zoé Genot et Philippe Lamberts, eux, passent mieux à l’extrême-gauche. À voir où Ecolo veut aller.

À voir où Emily Hoyos veut aller. À elle à dire si elle se sent encore capable de relever ce défi difficile et à prendre une direction claire.

Un responsable socialiste avec qui je discutais cette semaine du cas d’Ecolo me faisait remarquer que mon postulat Ecolo doit se recentrer pour réexister — était erroné. Lui jugeait que les écologistes n’étaient jamais aussi forts que lorsqu’ils étaient hors du jeu traditionnel et proposaient une alternative aux partis traditionnels.

Je ne suis pas d’accord: je pense qu’il y a un jeu politique et qu’il se joue sur un échiquier. On peut le regretter, mais ça ne changera rien. Alors autant disposer ses forces au mieux, être créatif, pour conquérir cet échiquier plutôt que perdre son temps à jouer hors cadre.

À Ecolo à avancer intelligemment ses pions pour lancer sa reconquête.

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