Les 12 voyants rouges du baromètre socio-économique de la FGTB

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Deux jours après que le Premier Ministre Charles Michel a tiré un bilan positif de la situation économique du pays à la Chambre, la FGTB publie un baromètre dans lequel tous les indicateurs clignotent rouge...

La FGTB publie ce mercredi son baromètre socio-économique, dans lequel quasiment tous les voyants clignotent rouge. Le gouvernement Michel en prend pour son grade, mais le baromètre épingle surtout une dégradation sur plusieurs fronts - comme les conditions de travail, la mobilité, la protection sociale en général - qui remonte aussi à avant l'ère Michel.

"La mode est de dire que ce que l'autre dit est une fake news. Nous, dans notre baromètre, nous faisons du fact checking et nous le faisons sérieusement, en partant des mêmes sources que le Premier ministre: ONSS, OCDE et Commission européenne", prévient d'emblée le secrétaire général de la FGTB Robert Vertenueil. 

Voici les 12 principaux clignotants rouges de la FGTB.

1. Le pouvoir d’achat s’effrite toujours

Malgré les promesses inscrites dans le tax shift du gouvernement Michel, le pouvoir d'achat diminue, dit la FGTB. Le syndicat épingle l'indicateur des salaires réels, qui ont baissé de 1,73% en 2016-2017 (prise en compte de l’inflation, coût de la vie, etc.).

"Le revenu disponible augmenté de 8%, mais seuls les quatre pays en crise (Grèce, Espagne, Italie Portugal) font moins bien que nous."
FGTB
syndicat socialiste

D'après la Commission européenne, la Belgique se situe dans la queue du peloton européen en matière de revenu disponible. "Il a augmenté de 8%, mais seuls les quatre pays en crise (Grèce, Espagne, Italie Portugal) font moins bien que nous", dit le syndicat.

À la Chambre, Charles Michel avait déjà anticipé la critique, signalant que, d'après le Bureau du plan, le revenu disponible réel devrait augmenter de 1,3% en 2017, 1,8% en 2018, et 1,9% en 2019. Charles Michel a aussi brandi d'autres arguments pour contrer la critique syndicale: l'épargne des particuliers va aussi progresser (1,2% en 2017, 11,9% en 2018, 12,1% en 2019), et le tax shift représente un gain 15 à 20 fois supérieur à l’impact moyen de la hausse de la TVA sur l’électricité. 

2. Mauvaise redistribution des richesses

"Les travailleurs ne reçoivent pas leur juste part de la productivité", dit la FGTB. Le fossé se creuse entre salaires et productivité. Depuis 2014, la part des salaires a baissé au profit de la part du capital: la FGTB calcule une hausse de 13% des salaires des CEO du Bel 20, contre 1,95% pour les travailleurs.

"Les travailleurs ne reçoivent pas leur juste part de la productivité."
FGTB
syndicat socialiste

La FGTB épingle également les revenus des actionnaires, dont elle compare la hausse par rapport aux revenus des travailleurs. L'écart est énorme: +320% pour les actionnaires, contre +94% pour les travailleurs, sur une période de 10 ans.

Le syndicat socialiste tape aussi sur son clou favori, les baisses de charges aux entreprises: 1,6 milliard en 1996, 13,6 milliards dix ans plus tard. L'imposition des sociétés resterait trop élevée en Belgique? La FGTB réfute et signale que notre pays est dans la moyenne européenne (23%) des taux d’imposition effectifs moyens. 

La FGTB annonce enfin que de plus en plus de travailleurs sont pauvres: selon l’HIva, on compte 40.000 travailleurs pauvres de plus en 10 ans (des travailleurs ayant un emploi, mais étant sous le seuil de pauvreté). 4 nouveaux engagements sur 10 sont des contrats temporaires, un quart des nouveaux jobs sont à temps partiel (CES 2018). 

3. L'écart salarial reste élevé

Deux fois plus d’hommes ont une voiture de société ou un bonus salarial. Et l’écart en termes de pension reste conséquent: 25% de moins pour les femmes, 47% de moins en pension complémentaire.

4. Croissance et emploi : la Belgique mauvaise élève européenne

En Belgique, la croissance est estimée à 1,5% en 2018/2019, un niveau moins élevé que la zone euro qui affiche une croissance de 2,1% en 2018 et 1,8% en 2019. La FGTB, comme l'opposition, aime épingler ce qu'elle considère comme une mauvaise performance.

Charles Michel lui répond que si notre taux de croissance est inférieur à la moyenne européenne, c'est parce que nous avons mieux résisté à la crise économique. Le Premier ministre avance d'ailleurs ses bons résultats, signalant une hausse de 7,5% des investissements étrangers comparé à 2016 (215 projets).

"Le nombre de travailleurs en contrats journaliers a été multiplié par trois entre 2004 et 2017."
FGTB
syndicat socialiste

Argument n°2 du gouvernement: le bilan emploi, et les 219.000 jobs créés ("Quand je regarde les chiffres de l'ONSS, je n'en trouve pas 219.000 mais 132.913", répond Robert Vertenueil), avec une proportion de temps partiels identique depuis le début de la législature (23,8%). "Seuls 7,8% disent exercer un temps partiel contre leur volonté, contre 27,1% en moyenne dans l'UE", disait Charles Michel à la Chambre.

Faux, dit la FGTB, qui cite une étude d'Eurostat qui estime que le temps partiel involontaire représente près de 80% des cas, et que la Belgique est dans le haut du panier européen. "Le nombre de travailleurs en contrats journaliers a été multiplié par trois entre 2004 et 2017 (16.000 aujourd’hui). Et c'est l'ONSS qui le dit, pas les affreux rouges de la FGTB", clame encore Vertenueil.

Et le syndicat de conclure: "Le travail à temps partiel progresse et touche surtout les femmes.41,2% de femmes en 2017 contre 35,1,% en 2000, 40,8% en 2008. La proportion de temps partiels, tous travailleurs confondus, était de 17,5% en 2000, contre 24,5% en 2017.

Le travail est de plus en plus flexible, dit encore la FGTB: 76% des travailleurs prestent plus d’heures que prévu dans leur contrat, 23% des heures supplémentaires ne sont ni payées ni récupérées, 53% des travailleurs vérifient leurs mails en dehors du travail.

76%
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76% des travailleurs prestent plus d’heures que prévu dans leur contrat, selon la FGTB.

5. Le chômage baisse? Faux

Le taux de chômage n'a jamais été aussi bas depuis 1981, disait Charles Michel à la Chambre lundi: -106.585 unités sous cette législature, soit une baisse de 23,5%.

"Mais 150.000 demandeurs d’emploi sont 'oubliés' dans les statistiques (jeunes en attente d’allocations, exclus, inscrits sur base volontaire)", réfute la FGTB, qui évoque aussi l'explosion du nombre de bénéficiaires du revenu d'intégration sociale (+50.000 personnes depuis 2014). 

6. Il faut relativiser les pénuries de main-d’œuvre

On parle de 130.000 postes vacants fin 2017, mais pour la FGTB, il faut regarder les postes vacants "non pourvus". Et là, le chiffre reste relativement stable, et même inférieur à 2013. Les pénuries de main-d'oeuvre ne s'aggravent donc pas, selon la FGTB. Idem du côté du nombre de demandeurs d’emploi par postes vacants.

"Je ne nie pas qu'il y a un problème de pénurie, mais il n'a pas explosé brusquement en 2017 au points de devoir prendre des mesures urgentes à la va-comme-je-te-pousse. Des mesures qui sont surtout destinées à faire plaisir aux employeurs", explique le secrétaire général des rouges. 

"Il y a un manque de participation aux formations, un fait inquiétant dans le contexte de digitalisation des emplois."
FGTB
syndicat socialiste

Par contre, les demandeurs d’emploi qui n’ont pas de diplôme restent toujours sur la touche: le taux de chômage des peu qualifiés est de 16%, contre 4% pour les hautement qualifiés. "Il y a un manque de participation aux formations, un fait inquiétant dans le contexte de digitalisation des emplois", dit la FGTB.

Le syndicat s'en réfère à l’OCDE qui signalait dans une étude que 7% des travailleurs belges courent un risque important de perdre leur travail à cause de la robotisation et de la digitalisation. "30% doivent s’attendre à un changement d’activité. Et posséder un diplôme de l’enseignement supérieur ne protège pas face à cela", dit le syndicat.

7. Les discriminations sur le marché du travail restent fortes

La FGTB signale que les plaintes pour discrimination sont en hausse, excepté sur les croyances religieuses et l'orientation sexuelle. Et c’est sur le lieu de travail que les discriminations sont les plus fréquentes.

8. Les migrations ne sont pas une menace, mais une opportunité

"Un Belge sur deux pense que l’immigration représente un coût pour les finances publiques, alors que les études du FMI et l’OCDE démontrent le contraire."
FGTB
syndicat socialiste

"Un Belge sur deux pense que l’immigration représente un coût pour les finances publiques, alors que les études du FMI et l’OCDE démontrent le contraire", constate la FGTB. Le syndicat rappelle les études réalisées par le FMI, qui calcule que 1% de migrants en plus augmente le PIB de 2% à long terme. "Et la contribution de la migration aux finances publiques belges est estimée à 0,75% du PIB." Un flux migratoire de 20.000 personnes par an permettra de réduire de 0,5% le coût du vieillissement (2 milliards d’euros) d’ici 2060.

9. Explosion des maladies de longue durée et mythe de la réintégration

Entre 2006 et 2017, le nombre de travailleurs en maladie de longue durée a explosé: +73%, 405.000 aujourd’hui. En cause, le vieillissement, mais aussi la hausse des troubles psychiques comme le burn-out et la dépression (+- 45.000 dépressions en 2014, plus de 60.000 en 2017, les burn-out restent stables). En 2017, 67% des travailleurs n’ont pas obtenu l’accord du médecin pour un trajet de réintégration travailleurs malades.

10. Les pensions se dégradent

"Les pensions sont impayables et trop élevées." Ce n'est pas la FGTB qui le dit, mais elle plagie le gouvernement et le ministre des pensions en particulier. "Les personnes âgées mènent elles un train de vie excessif? Non", dit la FGTB. "Le problème des pensions en Belgique, c'est d'abord un problème au niveau des pensions et pas du système de pension."

Comparé à la zone euro, le rapport du revenu médian disponible des plus de 60 ans est nettement plus bas (-22% d’écart, contre -3% en zone euro).

Pour la FGTB, la pension complémentaire n’est pas une solution. "Les travailleurs n’ont pas les moyens d’investir dans des fonds privés, et l’intervention partielle de l’employeur n’est pas garantie dans le temps, elle peut être vite supprimée. En 2000, l’Allemagne a baissé ses pensions de 70% du salaire à 43%, en tablant sur les fonds privés pour compenser la perte pour le travailleur. Et ce n’est pas arrivé, la pension équivaut à 65% du revenu moyen net aujourd’hui."

11. L'enfer de la mobilité 

"La Belgique est l’un des plus mauvais élèves européens en termes d’investissements dans les infrastructures de mobilité."
FGTB
syndicat socialiste

Bruxelles et Anvers font partie du top 12 des villes les plus congestionnées au monde, rappelle la FGTB. Et les perspectives ne sont pas rassurantes: entre 2008 et 2030, on a calculé une hausse de 20% du nombre de passagers-kilomètres. "Or, la Belgique est l’un des plus mauvais élèves européens en termes d’investissements dans les infrastructures de mobilité: un peu plus de 25% des investissements publics totaux, contre 30% en Allemagne, 35% en France, 43% aux Pays-Bas". Le gouvernement Michel a baissé la dotation de la SNCB de 3 milliards d’euros (d’ici 2019).

12. Le scandale des factures d'énergie

"Les familles belges ont la 3e facture d’électricité la plus élevée d’Europe", signale le syndicat socialiste. D’après Eurostat, les prix ont grimpé de 10% entre mi-2016 et mi-2017, alors qu’ils baissaient de 0,5% en Europe.

Et d’après les calculs de la FGTB, les familles payent 150 fois plus les frais de prélèvements (transports, distribution, taxes, etc.) que les entreprises: 54 euros/mégawattheure, contre 36 eurocent pour une grande entreprise industrielle.

"Le gouvernement s'est tellement vanté de baisser la TVA sur l'électricité à 6% qu'il ne dit pas aujourd'hui qu'il l'a réaugmentée. Mais c'est une réalité et ça coûte entre 270 et 400 euros par an aux ménages", conclut Robert Vertenueil.

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