Les 131 services d'urgence belges pourraient être réduits à 4

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En Belgique, nous avons 131 services d’urgence qui prennent en charge les blessés graves. Le KCE estime qu’on aurait assez avec 4 à 7 centres hyper spécialisés en traumatologie. Ce serait mieux pour les chances de survie des patients ainsi que pour leur réadaptation ultérieure.

La prise en charge des blessés graves dans notre pays n’est pas optimale. Non pas que nous manquions de services d’urgence. Au contraire, il y en a même trop, alors qu’il suffirait de quelques centres très spécialisés, les "Centres majeurs de traumatologie". Telle est la conclusion d’une nouvelle étude du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE).

Le KCE constate une "trop grande dispersion des blessés en Belgique". C’est la conséquence directe de la loi qui stipule qu’un blessé doit être admis dans l’hôpital le plus proche. Comme notre réseau hospitalier est très dense, cela se traduit par une dispersion des patients dans des hôpitaux qui ne sont pas toujours idéalement équipés pour les accueillir. "En 2015, environ 3.500 victimes de traumatismes graves ayant nécessité une intervention du Smur (service mobile d'urgence et de réanimation) ont été transportées vers 145 hôpitaux différents", note Maria Isabel Farfan, experte auprès du KCE et auteure du rapport. Dans un tiers des cas, il s’agit d’accidentés de la route.

Dispersion

Or il est impossible, selon elle, de maintenir des équipes ayant les compétences requises et disponibles en permanence dans autant d’hôpitaux. Actuellement, sur les 199 sites hospitaliers en Belgique, 131 sont équipés d’un service d’urgences. Parmi ceux-ci, 69 ont leur propre Smur, 30 partagent un Smur avec un autre hôpital et 32 n’ont pas de Smur du tout. Pour remédier à cette dispersion, le KCE est allé voir comment les choses se passent chez nos voisins. Aux Pays-Bas, en Allemagne et en Angleterre, on dispose de "systèmes intégrés" qui fonctionnent sur des bases géographiques et reposent sur un nombre restreint de centres hyperspécialisés appelés Major Trauma Centres (MTC) ou Centres majeurs de traumatologie.
Il s’agit d’hôpitaux très bien équipés: salles de déchoquage, salles d’opération spécialisées pour la chirurgie traumatologique, services de neurochirurgie et de soins intensifs, banque de sang suffisante pour des transfusions de masse, etc. Ces établissements disposent de personnel hautement spécialisé, présent sur place 24h/24 et 7j/7 et fonctionnant selon des procédures bien rodées.

«Il faut permettre à ces blessés de survivre avec le moins de handicaps possibles.»
Maria Isabel Farfan
Experte (KCE)

Bien sûr, comme ces centres sont peu nombreux, le transfert des blessés prendra généralement plus de temps. Actuellement en Belgique, il faut 10 minutes en moyenne pour amener un blessé aux urgences. C’est très rapide mais cela ne garantit pas pour autant une prise en charge optimale. Sachant que l’objectif fixé au niveau international est de 30 à 45 minutes de trajet jusqu’aux urgences, on a de la marge…
À cet égard, la réforme du paysage hospitalier envisagée par le gouvernement est une opportunité unique à saisir, estime le KCE. Cette réforme est basée sur une réorganisation géographique des réseaux de soins. La mise en place d’un système intégré de traumatologie, à l’image de ceux des pays voisins, devrait donc idéalement s’inscrire dans le cadre de cette réforme.

La programmation des futurs Centres majeurs de traumatologie ou MTC devrait se faire en tenant compte des temps de trajet et des spécificités géographiques locales (p. ex. manque de voies rapides), de la population couverte, du volume minimal de patients à traiter et de la disponibilité des équipes mobiles existantes. Le KCE estime qu’en tenant compte de ces facteurs, un nombre raisonnable serait de 4 à 7 MTC pour l’ensemble du territoire.
Procédures communes

Cela nécessitera bien entendu quelques adaptations. Parmi celles-ci, il est important que toutes les unités d’intervention mobiles adoptent une procédure commune de triage pour l’évaluation de la gravité du traumatisme. Actuellement, cette étape repose souvent sur la seule expérience clinique des sauveteurs. Il faut également établir des règles claires sur le rôle de chaque hôpital MTC et non-MTC et sur les collaborations entre ces différents niveaux. Enfin, il faut standardiser et centraliser la collecte de données sur les circonstances des accidents, l’état des victimes, les traitements administrés, les séjours hospitaliers, la phase de réadaptation, etc.

Au final, le patient y gagnera, assure Maria Isabel Farfan. "Le but premier des systèmes intégrés de traumatologie est de sauver des vies, mais il faut déjà viser l’étape suivante, qui est de permettre à ces blessés de survivre avec le moins de handicaps possibles, en étendant le système aux centres de réadaptation."

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