Mark Rutte se met à dos le gouvernement Michel

©ANP

Le 1er ministre néerlandais Mark Rutte estime qu'il ne reste qu'une multinationale en Belgique? Le gouvernement belge dénonce des propos innacceptables. Pieter Timmermans, le patron de la FEB, s'énerve: "je peux en citer des dizaines!"

A l'occasion d'une conférence de presse lors de laquelle il défendait son plan de suppression de la taxe sur les dividendes, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a pointé la Belgique du doigt, disant qu'il ne voulait pas que son pays finisse comme le nôtre. Un pays qui "n'a plus qu'une seule entreprise internationale", selon lui.

Mark Rutte répondait ainsi aux critiques de l'opposition néerlandaise, qui considère la suppression de la taxe sur les dividende comme un "cadeau aux multinationales". 

Le Premier ministre néerlandais souhaite supprimer la taxation des dividendes d'ici 2019. Les entreprises situées aux Pays-Bas payent actuellement 15% de taxe sur les dividendes qu'elles paient aux actionnaires, mais Mark Rutte estime que cela nuit à la compétitivité de son pays. L'abolition de cette mesure priverait chaque année les Pays-Bas de 1,4 million d'euros, selon les estimations de l'oppposition.

Pieter Timmermans, le patron de la Fédération des entreprises de Belgique, n'a pas apprécié les propos du 1er ministre néerlandais. Selon lui, ses déclarations sur le climat d'investissement en Belgique sont "pour le moins bizarres" et "réductrices", a-t-il réagi samedi auprès de Belga. "Comme si nous n'avions plus qu'une seule multinationale... Je peux en nommer des dizaines".

"Chez nous, les mesures ont été prises, cela doit encore être effectué aux Pays-Bas"
Pieter Timmermans
Administrateur-délégué de la FEB

"Si les Pays-Bas ne suppriment pas la taxe, ils finiront comme la Belgique, a déclaré Mark Rutte. On voit en Belgique ce qui se passe quand on ne change pas à temps les balises", s'est-il défendu. "La Belgique n'a plus qu'une seule entreprise internationale: InBev. Les autres sont parties. Et il y en avait beaucoup", a-t-il poursuivi.

Pieter Timmermans parle "d'une comparaison pour le moins étrange". "Nous n'aurions plus qu'une seule multinationale? Je peux en citer des dizaines, dont AB InBev mais aussi Solvay, Janssen Pharmaceutica et beaucoup d'autres", a-t-il réagi.

"Une remarque bizarre et exagérée" selon lui, d'autant plus que la Belgique a pris beaucoup de mesures ces dernières années afin d'améliorer son climat d'investissement, souligne le patron de la FEB. Il cite entre autres le tax-shift et la réduction de l'impôt des sociétés.

"Ce que M. Rutte a clairement écarté de son raisonnement. Chez nous, les mesures ont été prises, cela doit encore être effectué aux Pays-Bas", conclut subtilement M. Timmermans.

Le gouvernement belge n'apprécie pas

Les déclarations du Premier ministre néerlandais montrent qu'il est "très mal informé" sur la Belgique, a réagi le cabinet du Premier ministre belge Charles Michel. M. Rutte "connait manifestement AB Inbev mais n'a jamais entendu parler de Solvay, UCB, Bekaert, Umicore et beaucoup d'autres. De grandes entreprises belges de renommée mondiale, chacune dans son domaine".

"C'est une réaction très maladroite dans le cadre d'un débat difficile aux Pays-Bas", estime Barend Leyts, porte-parole de Charles Michel. La Belgique est toujours attrayante pour les investisseurs étrangers, ajoute-t-il, renvoyant notamment à la future baisse de l'impôt des sociétés.

"La Belgique est toujours attrayante pour les investisseurs étrangers"
Barend Leyts
Porte-parole de Charles Michel

 M. Rutte a également irrité d'autres membres du gouvernement fédéral. "Décrire la Belgique comme un désert économique va un pas trop loin", réagit le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA) auprès de la VRT. "Chacun défend sa propre politique mais les bons voisins devraient être capables de le faire autrement", estime le ministre. "Parce que nous le disons très clairement: notre économie se porte actuellement bien mieux que ce que veut laisser entendre le Premier ministre néerlandais. Je pense que M. Rutte méconnaît la réelle situation économique de la Belgique."

"Décrire la Belgique comme un désert économique va un pas trop loin"
Johan Van Overtveldt
Ministre des Finances

Le vice-Premier ministre CD&V et ministre de l'Emploi et de l'Economie, Kris Peeters, qualifie lui les déclarations de Mark Rutte d'"inacceptables" et "dangereuses". Il souligne que les déclarations du Premier ministre néerlandais sont incorrectes. "Lorsque les entreprises dénigrent leurs concurrents en transmettant des informations inexactes, il s'agit de pratiques déloyales que l'on peut contrer. C'est la même chose quand un Etat déclare des choses inexactes sur un autre pays", a-t-il tonné sur la VRT.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content