Melchior Wathelet : "le cdH, c'est le bon sens"

©Laurie Dieffembacq

Dans une campagne électorale qui tourne à l’affrontement idéologique entre socialistes et libéraux, quelle peut-être la place du cdH? Celle du bon sens, répond Melchior Wathelet, secrétaire d’État à l’Énergie et aux Réformes institutionnelles.

L’actualité de la semaine dans votre parti, c’est la désignation de Joëlle Milquet comme tête de liste pour le parlement bruxellois. Ce changement de niveau de pouvoir pour la vice-Première est-il vraiment crédible?

Évidemment. Il faut saluer le choix de Joëlle. Elle s’est toujours battue pour Bruxelles, certains lui ont même parfois reproché de trop se focaliser sur la capitale. Elle a estimé que la Région était, aujourd’hui, la meilleure place pour défendre Bruxelles. C’est crédible, c’est cohérent. Et chapeau car c’est aussi prendre un risque électoral et politique.

Vous parlez de cohérence mais ces changements de niveau de pouvoir ne brouillent-ils pas la clarté pour l’électeur?

Admettez que le cdH n’est pas le seul parti qui agit de la sorte. C’est plus facile que pour d’autres car nous participons à tous les gouvernements, nous défendrons donc tous les bilans. Je ne vois donc pas de problème de cohérence. Pour Jean-Marc Nollet (NDLR: ministre wallon d’Ecolo et tête de liste à la Chambre en Hainaut), c’est autre chose. Il va avoir un discours d’opposition, alors qu’il est ministre sortant, tout en défendant son propre bilan régional et en vantant aussi quand même certaines mesures fédérales…

Le choix bruxellois du cdH, c’est de la pure arithmétique électorale…

Celui qui va aux élections sans tenir compte de l’arithmétique électorale, présentez-le moi. Oui, il y a une logique et une stratégie de parti dans le choix de la tête de liste bruxelloise. Nous voulons positionner le cdH le plus fortement possible sur Bruxelles. Et la volatilité dans la répartition des sièges est plus grande avec 72 députés régionaux qu’avec 15 députés fédéraux. Cela compte et c’est normal. Dans la confection de nos listes, et le président Benoît Lutgen y est pour beaucoup, l’intérêt du parti prime toujours.

L’intérêt du parti serait-il que l’eurodéputée Anne Delvaux soit candidate à la Chambre pour aider à conquérir un troisième siège à Liège?

Vous aurez la réponse le 25, lors de la présentation des vœux du cdH à Liège. Pour le reste, même si ce troisième est assez loin, on va aux élections pour essayer de gagner. Je n’ai jamais été aussi fier d’aller en campagne pour vendre le travail accompli par le cdH dans les différents gouvernements. On ne gagne peut-être pas une élection avec un bilan, mais, au moins, nous mènerons campagne en étant terriblement à l’aise avec notre bilan. Nous avons tenu nos promesses, cela confortera nos propositions.

Encore faut-il que vos propositions soient audibles dans le match PS-MR…

Quand on entend les petites phrases de Philippe Moureaux, de Charles Michel ou de Paul Magnette, on voit comment le jeu est parti. Sans aucune surprise: l’un propose, sans limite, la meilleure réforme fiscale de l’histoire (NDLR: sourire ironique), la plus dépensière possible. Et l’autre met en garde face à ces libéraux qui mettent en péril la sécurité sociale, l’enseignement… Je ne caricature pas, c’est ce qu’ils disent.

Pendant cinq mois, ils vont bomber le torse, se taper sur le ventre, flatter leur électorat. Le MR va se montrer le plus anti-socialiste possible, tandis que le PS va essayer d’aller rechercher des voix à l’extrême-gauche. Quand Armand De Decker déclare dans "L’Echo" "La gestion socialiste est catastrophique à Bruxelles, ça va mener la Belgique au suicide", on est loin du débat de fond. Et on sait que ces partis n’ont qu’un objectif: gérer ensemble… au centre.

Vous dites alors: "Choisissez directement les centristes"…

Je leur dis qu’ils peuvent choisir un parti qui dit la vérité, qui est crédible et qui respecte sa parole. J’entends continuellement parler du fossé entre le politique et le citoyen. Tant que l’électeur se laissera berner par d’intenables promesses de campagne, il ne doit pas s’étonner après d’être déçu. Je sais que nous serons un ton moins populiste que les libéraux sur la réforme fiscale. Je sais que nous serons un ton moins populiste que les socialistes sur la défense des droits acquis. Mais je sais aussi que le prochain gouvernement fera ce que le cdH aura proposé.

Mais que proposez-vous? Le MR a présenté sa réforme fiscale, on attend toujours celle du cdH…

Faux, Benoît Lutgen a bien expliqué notre projet fiscal: recycler 1,5 milliard d’euros des intérêts notionnels dans le pouvoir d’achat avec une baisse ciblée sur les bas salaires et dans le soutien à la recherche-développement via l’impôt des sociétés. La prochaine réforme fiscale, ce sera ça. Pas celle que le MR a proposée et que le PS a dénoncée.

Ce positionnement cdH n’est pas toujours simple ou populaire. Mais on ne peut pas défendre le respect et la responsabilisation de la personne tout en s’amusant, en campagne électorale, à proposer des choses intenables. Une campagne électorale, ce n’est quand même pas aller le plus haut possible dans ce que l’on ne pourra pas tenir.

Vous insistez sur le centre: le cdH est-il moins à gauche avec Benoît Lutgen qu’avec Joëlle Milquet?

Non. Prenons un dossier symptomatique, la rémunération de la CEO de Belgacom. Pour un socialiste, 650.000 euros, c’est toujours beaucoup trop; pour un libéral, c’est trop peu car cela ne correspond pas au marché. Moi, en tant que centriste, je peux me permettre de ne pas rester dans mon dogme et de prendre la bonne solution. Le cdH, c’est le bon sens. Ni à gauche ni à droite.

N’est-ce pas plutôt une échappatoire quand on ne sait pas décider?

Au contraire. Tous les ministres qualifient ce gouvernement de "centriste" et saluent sa capacité à décider. Les 650.000 euros, c’est une décision centriste. Dans un premier temps, chacun sort avec ses barricades et ses drapeaux et puis, peu à peu, on arrive à la décision du centre.

Si libéraux et socialistes finissent toujours par s’entendre sur une décision centriste, à quoi sert alors un parti centriste?

Une coalition PS/MR, on a vu ce que cela donnait. C’est un coup à gauche, un coup à droite, sans vision ni logique. C’est les intérêts notionnels et la norme de croissance de 4,5% dans les soins de santé. Et après, on sort du cadre budgétaire. On a besoin d’une force centriste pour faire la synthèse, pour veiller à l’intérêt général. Le respect de l’électeur passe par un message vrai. C’est ce que l’opinion publique veut entendre, je crois.

J’ai été marqué par l’épisode de la grève l’an dernier à Zaventem. Dès le premier jour, les libéraux me pressaient de faire cesser cette action, ce que je n’ai pas fait car je pouvais comprendre les motivations des travailleurs. En revanche, quand la grève a continué en dépit d’un accord avec les syndicats, là je suis intervenu, avec des réquisitions. Sur la même semaine, j’ai eu une attitude plutôt de gauche au début et plutôt de droite ensuite. Coincés dans leurs dogmes, le PS et le MR n’auraient sans doute pas eu la même réaction de bon sens.

Mais cela donne au cdH une image de girouette idéologique?

Que font alors le PS et le MR ensemble au gouvernement? Arrêtons de gesticuler. Quels sont les pays qui fonctionnent en Europe? Ceux qui sont gouvernés au centre. Le pays le plus clair d’un point de vue politique, c’est la France. Ne me dites pas que c’est l’exemple à suivre…

Pour mener un politique bien au centre, il vaut mieux un Premier ministre social-chrétien flamand ou socialiste wallon?

Je travaille avec Elio Di Rupo depuis deux ans et c’est vraiment un excellent Premier ministre. Et il mène une politique centriste. Mais je n’ai aucun doute quant au fait qu’un CD&V le ferait aussi. Je comprends parfaitement que le CD&V plaide pour que ce poste revienne à un élu flamand, comme ce fut le cas pendant trente ans. À leur place, je ferais la même chose. Je souligne par ailleurs que le CD&V a voté la confiance à Di Rupo et ne remet pas en cause son travail.

Vous parlez de trois partis. Que pensez-vous du 4e? Pourriez-vous siéger dans un exécutif avec Ecolo?

À part l’extrême-droite, je n’ai aucune exclusive. Ce qui me poserait problème, c’est qu’un parti reste dans ses dogmes. La prolongation de Tihange 1 était indispensable pour la sécurité d’approvisionnement de notre pays. Ecolo aurait-il été capable de sortir de ses dogmes pour assurer que les citoyens aient assez d’électricité? Moi-même, j’ai évolué dans ce dossier car au départ, j’étais plutôt pour le maintien de l’ensemble du parc nucléaire. J’attends de mes partenaires qu’ils puissent sortir de leurs dogmes et conclure des compromis. Sur certains thèmes, comme l’énergie, Ecolo me paraît très dogmatique. Mais ce n’est pas vrai pour tous les sujets, heureusement.

Quand le cdH est au pouvoir, c’est avec le PS. L’idée de renvoyer les socialistes dans l’opposition est-elle abandonnée?

En 2007, il y avait eu un signal clair de l’électeur. Mais bon, la N-VA, que nous connaissions peu à l’époque, a tout bloqué. J’avais sous-estimé l’impossibilité pour la N-VA de venir dans un gouvernement fédéral. Peut-être est-ce là mon fond humaniste mais quand j’ai quelqu’un en face de moi, j’ai tendance à croire qu’il a aussi envie d’arriver à un accord. Or, en politique, tout le monde n’est pas comme cela.

Regrettez-vous l’échec de l’orange bleue?

Nous avons vu, depuis, le vrai visage de la N-VA. Je me demande si un tel gouvernement n’aurait pas été pire que les quatre années de campagne électorale, d’instabilité communautaire que nous avons vécues ensuite. Nous sommes sortis de ces postures de Tarzan mutuel pour chercher vraiment des solutions. Je préfère mille fois la Belgique d’aujourd’hui que celle de 2011.

Les prochaines majorités fédérale et régionales devraient-elles être symétriques?

Cela faciliterait les choses. Je note, et c’est l’un des aspects amusants de cette campagne que la N-VA se profile comme l’arme anti-PS et le PS comme l’arme anti-N-VA. Or, même si le PS fait 100% en Wallonie, ce n’est pas pour cela qu’il y a moins de N-VA et vice-versa. Voter pour l’un n’affaiblit pas l’autre. Même à 100% en Flandre, la N-VA devrait négocier son programme avec les Francophones. Et là, je peux vous dire qu’il n’y a pas que le PS qui y est opposé…

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