Mithra récupère la plupart des activités d'Uteron

François Fornieri, CEO de Mithra ©LAURIE DIEFFEMBACQ

Coup de théâtre dans le secteur pharmaceutique. Plusieurs activités d’Uteron, l’ancienne filiale de Mithra vendue à Actavis (ex-Watson) en 2013, retournent au sein du groupe liégeois. L’opération permet de sauver une quarantaine d’emplois.

En billard, on appelle ça un coup à deux bandes. Mithra, le numéro un en Belgique de la contraception, a signé hier le contrat de reprise de la plus grande partie des activités d’Uteron, une ancienne filiale qu’elle avait vendue en 2013 pour 305 millions de dollars à l’Américain Watson. Depuis lors, ce groupe est devenu Actavis , un géant pharmaceutique mondial centré sur les génériques. Peu intéressé par les produits d’Uteron non-développés, il souhaitait s’en délester. Au risque de mettre une quarantaine de personnes au chômage. Les emplois attachés à ces activités seront préservés, a-t-on appris.

©Mediafin

L’accord, qui fait plusieurs milliers de pages, a été signé hier matin, a appris L’Echo en exclusivité. Selon nos informations, voici plusieurs mois que l’homme d’affaires liégeois François Fornieri, le CEO de Mithra, négociait cette vente. "Dans le plus grand secret", L’Echo étant informé des tractations depuis le début.

Un euro symbolique

Le contrat de vente d’Uteron, conclu en janvier 2013, comportait une clause permettant à Mithra de récupérer quatre activités dont l’acheteur ne voudrait pas assumer le développement. Un détail peu connu. Mithra a activé cette clause.

La firme liégeoise ne devrait débourser qu’un euro symbolique pour ce rachat. Elle reprend toutefois les dettes liées à ces activités, à savoir 18 millions d’euros de prêts subordonnés octroyés par la Région wallonne. "Cette dette sera modulée selon que les produits arrivent ou pas à maturité", nous a confié une source.

C’est une belle affaire pour Mithra, car la valeur, dans le contrat de vente à Watson, avoisinait les 150 millions d’euros. De plus, l’entreprise de François Fornieri voit revenir dans son giron des activités prometteuses dont il avait lancé la R&D en collaboration avec l’Université de Liège, avant de les revendre.

150 millions $
Mithra a vendu Uteron en 2013 pour 305 millions de dollars. Les activités reprises aujourd’hui avaient une valeur d’environ 150 millions de dollars lors de cette vente.

Concrètement, Mithra acquiert quatre projets issus du portefeuille R&D d’Uteron: la pilule contraceptive Estelle, le stérilet hormonal de nouvelle génération Alyssa ainsi que les produits de santé intime Colvir, visant à traiter les lésions pré-malignes du col de l’utérus, et Vaginate pour traiter les infections.

Ces produits n’entrent plus en ligne de compte dans la stratégie mondiale d’Actavis. L’ex-Watson a considérablement grandi et vise davantage le marché des générique. Ils représentent toutefois un potentiel important pour la croissance future de Mithra.

"Ces acquisitions représentent non seulement une excellente opportunité de développer notre portefeuille, mais aussi de pouvoir faire bénéficier dans le futur à la fois le corps médical et la communauté de patients d’avancées thérapeutiques importantes", explique François Fornieri.

Actavis conserve deux produits d’Uteron: le stérilet Levosert et le test de fertilité Diafert, qu’il produira dans son usine de Grâce-Hollogne ("Odyssea Pharma"), comme prévu lors de la vente en 2013. Le groupe américain, qui a grandi par acquisition en quelques mois, a déjà investi plusieurs dizaines de millions d’euros dans cette production.

Fin de la procédure Renault

Le transfert inclut également les membres du personnel scientifique attaché à ces recherches, soit environ 45 employés. Entre la vente d’Uteron à Watson et cette opération, il ne devrait y avoir pratiquement aucune perte d’emploi.

"Mithra va intégrer le personnel scientifique et assumera la continuité des programmes de développement", affirme François Fornieri.

C’est une deuxième bonne nouvelle, car Actavis avait l’intention de se défaire depuis le mois d’août dernier des chercheurs liés à ces activités. Une procédure Renault était en cours depuis lors. "La procédure prend fin suite à ce rachat", nous a indiqué une source proche du dossier.

Estelle commercialisé en 2019

Mithra retrouve "sa" pilule contraceptive Estelle, fabriquée à base d’un stéroïde naturel produit par le fœtus humain, entraînant moins d’effets secondaires. Elle présente aussi une activité anti-ostrogénique démontrée dans le cancer du sein. Sa commercialisation mondiale est attendue pour 2019, précise-t-on chez Mithra.

Express

Le groupe pharmaceutique liégeois Mithra reprend quatre produits de son ancienne filiale Uteron, vendue en 2013 pour 305 millions de dollars à Watson.

En quelques années et plusieurs reprises, Watson est devenu Actavis, un géant mondial qui se concentre sur les génériques.

Mithra reprend les dettes (18millions d’euros) et le personnel liés à ces produits, ce qui signifie la fin d’une procédure Renault engagée en août dernier.


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