Plus de 5,7 milliards d'euros en bons d'Etat

Jean Deboutte, porte-parole de l'Agence de la dette. © Dries Luyten ©dries luyten

L'Agence de la dette a fait savoir que 5,729 milliards d'euros ont été souscrits en bons d'Etat. L'opération se termine donc sur un étonnant succès, inattendu. Pour rappel, Yves Leterme tablait sur 200 millions d'euros de rentrées...

Au total 5.729.300.000 euros ont été récoltés. C'est l'Agence de la dette qui a communiqué ce chiffre record, ce lundi. Le taux de 4% que l’on n’avait plus connu depuis de nombreuses années a été un des principaux catalyseurs à l’engouement des épargnants belges pour le bon d’État. En témoigne le succès du bon à 5 ans qui est le produit le plus plébiscité, à l'occasion de cette émission,  leur souscription ayant atteint 4,714 milliards d'euros.

Nouvelles stratégies

Mais, à lui seul, le facteur "taux" ne suffit pas à expliquer ce montant exceptionnel. On a ainsi observé que, initiée par l’appel du Premier ministre Yves Leterme à participer à l’opération, la ruée vers ces bons d’État a pris de l’ampleur après l’accord intervenu entre les négociateurs politiques, réunis autour d’Elio Di Rupo, sur le budget de l’État, et qui ouvre enfin la voie à la formation d’un gouvernement après plus de 535 jours de crise politique en Belgique.

Du coup, les craintes de voir l’enthousiasme des épargnants s’effilocher suite à l’abaissement des notes financières de la Belgique chez Standard & Poor’s (S & P), ne se sont pas concrétisées. Le rythme des souscriptions est même allé en s’accélérant, pour atteindre un record journalier vendredi dernier. Selon un décompte partiel, le montant des souscriptions effectuées lors du dernier jour de l'émission a atteint 725 millions d’euros.

"Le succès fantastique pour l’État démontre que l’on est capable de mobiliser de l’épargne à condition d’offrir des taux d’intérêt intéressants", affirme Franck Lierman, chef économiste chez Dexia A.M.

"Il y a eu une volonté collective de la population de participer au redressement de la Belgique. L’État belge, quoiqu’en dise S & P, est une bonne signature. Et ce qui est rassurant, c’est que les Belges n’ont pas de craintes pour sa qualité", observe pour sa part Eric de Keuleneer, professeur à Solvay Business School (ULB). "C’est le bon sens même qu’on avait oublié, que la logique pour l’État, c’est de se refinancer auprès de sa population", ajoute-t-il.

Parallèlement au succès de l’opération, les taux belges sur le marché des obligations secondaires se sont largement détendus. En une semaine, celui à deux ans est passé de 4,563% à 3,177%, celui à 5 ans est passé de 4,958% à 3,591% et enfin, celui à 10 ans est passé de 5,577% à 4,342%.

En tant que directeur de la stratégie et de la gestion des risques à l’Agence de la Dette (ministère des Finances), Jean Deboutte est considéré comme le chef d’orchestre des émissions trimestrielles des bons d’États. Il nous fait part de ses impressions à propos de la souscription qui vient de s’achever sur un record historique. Vendredi soir, le décompte partiel affichait un total de 5,035 milliards d’euros!

  • Comment percevez-vous le succès de l’émission? À lui seul, le taux de 4 % a-t-il été le moteur de ce succès? Ou y a-t-il eu d’autres catalyseurs à l’engouement du public pour ces bons?

Il y a eu plusieurs facteurs qui se sont conjugués. Le premier, c’est que pour la première fois depuis plusieurs années, l’épargnant a pu bénéficier d’un taux si élevé. L’appel au bon moment du premier ministre est un deuxième facteur favorable. En soi, il a constitué une très bonne publicité et a eu lieu alors que les taux proposés étaient attractifs. Je ne suis pas sûr que si les taux avaient été à 3 %, le succès de l’émission aurait été le même.
Autre facteur, non seulement le taux de 4 % était plus élevé que lors des émissions précédentes, mais un tel taux ne se trouvait pas cette fois du côté de la concurrence. Dans le passé, les taux d’intérêt offerts sur les produits de l’État étaient généralement inférieurs à ceux des autres produits concurrents émis par les banques ou les entreprises.
Enfin, quatrième facteur, depuis un certain temps, les gens se demandaient dans quoi ils pouvaient investir, dans quoi ils pouvaient avoir confiance.
Plus que jamais, il y a du cash disponible. Le bon d’État est arrivé à un moment propice. Une série de conditions favorables étaient réunies.

  • Partagez-vous le sentiment de certains selon lequel les Belges ont souhaité participer au redressement de la Belgique?

Je crois qu’il s’agit aussi d’un facteur important. Vu la situation difficile de la Belgique, le message de fonds de l’appel d’Yves Leterme peut avoir été compris ainsi par beaucoup d’épargnants.

  • Avez-vous craint un ralentissement des souscriptions après l’abaissement de la note de la Belgique chez S & P?

Cela aurait pu survenir, sachant qu’il est difficile de réécrire l’histoire. On peut penser toutefois que l’accord sur le budget et la détente des taux sur les marchés ont permis d’éviter cela.

  • Allez-vous chercher à fidéliser l’épargnant au bon d’État?

Effectivement, dans les prochains jours nous allons nous pencher sur des stratégies nouvelles.
Comme par exemple celle d’augmenter la fréquence des émissions. Si les taux du marché devaient rester élevés par rapport à la concurrence, on peut fort bien démarrer une nouvelle émission de bon d’État à brève échéance. Nous allons aussi réduire le délai entre la fixation du coupon et celle de la fixation du prix d’émission.
Enfin, on envisage aussi de faciliter l’accès de notre site internet (www.grandslivres.be) au large public, de le rendre plus convivial, voire de développer un site propre avec une information adaptée.
Via le site, tous les Belges ont la possibilité de souscrire aux bons d’État. Ils sont conservés sur un compte titres ouvert à leur nom, et cela sans frais. 

  • Peut-on imaginer supprimer le précompte sur le coupon payé du bon d’État pour soutenir l’intérêt du public?

Je ne dis pas que c’est impossible. Mais il est sûr qu’il faudra bien structurer cela au niveau juridique, car l’Union européenne n’apprécie pas que, dans le marché unique, il existe des avantages pour les ressortissants du pays. Il faut savoir que les étrangers qui souscrivent aux bons d’État belges sont imposés dans leur propre pays. 
Ce n’est pas une mesure que l’on peut prendre du jour au lendemain. Cela dit, le bon d’État s’est néanmoins fort bien vendu cette fois, même avec du précompte.

  • N’y a-t-il pas un risque que les responsables politiques profitent du succès de cette émission pour relâcher les efforts visant à réduire le déficit de l’État?

Il est prématuré de penser que l’on est sauvé. On est peut-être protégé contre des forces destructives. Mais beaucoup de dettes belges sont encore détenues par les investisseurs étrangers. Si ceux-ci observent que le résultat budgétaire ne va pas dans le bon sens, avec la dette historique existante, leur réaction sera bien évidemment négative. Le marché pénalise aujourd’hui rapidement tout développement négatif, autant qu’il peut saluer les nouvelles positives.

  • Comment l’Agence de la dette va gérer le produit provenant de la vente des bons d’État?

On utilisera cet argent pour racheter des titres en 2012. Ce qui va entraîner une diminution des besoins de financement.
On va démontrer aux investisseurs que le plan de refinancement sera moins élevé que ce à quoi ils s’attendaient jusqu’à maintenant. L’effet devrait être positif sur les marchés des taux.

  • Le reflux sensible des taux obligataires belges ces derniers jours fait-il suite à l’engouement des Belges pour ce bon d’État?

On pense que c’est un élément qui a eu un impact positif sur l’évolution des taux. Le message circule déjà, sur les marchés, selon lequel la Belgique a rencontré un succès énorme avec cette émission. Et effectivement, cela peut avoir contribué à détendre les taux sur le marché des OLO (obligations linéaires). Si les taux diminuent, les investisseurs reviennent sur les OLO, et les cours de ces obligations remontent dès lors...

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