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Pourquoi le PS est prêt à débattre de l'indexation

©BELGA

Le mécanisme d’indexation automatique des salaires reste "sacré" pour les socialistes francophones, mais ses modalités pourraient être revues pour le rendre "plus performant".

Officiellement, l’intransigeance totale demeure. "Aussi longtemps que nous serons au gouvernement, on ne touchera pas à l’index", a martelé PaulMagnette, dimanche, lors de son premier congrès en tant que président du PS. Mais en dehors des salles de congrès, le sénateur-bourgmestre de Charleroi entrouvre une porte. "Il y a peut-être moyen de rendre le système d’indexation automatique des salaires plus juste", a-t-il déclaré à la RTBF. La ministre des Affaires sociales,Laurette Onkelinx, a également accepté d’ouvrir un débat pour "trouver un système meilleur".

Ces déclarations indiquent une véritable (r)évolution du PS, pour qui le sujet était jusqu’à présent tabou. Qu’est-ce qui a changé? Le contexte politique, évidemment. Il pousse peut-être à plus de compromis sur ce sujet… afin d’obtenir des contreparties ailleurs.

Cela se joue à deux niveaux. D’une part, l’Union européenne se montre de plus en plus intrusive dans les politiques économiques et budgétaires des États-membres. En répondant, ne fût-ce que de manière partielle, à une demande récurrente de la Commission sur l’indexation automatique des salaires, le parti du Premier ministre renforce sa posture de négociation pour arracher des marges pour son budget, sa dette ou toute autre demande.

D’autre part, les partis libéraux et le CD&V exercent une pression constante sur le sujet. À un certain moment, il peut sembler intéressant de lâcher du lest, d’accorder un demi-trophée avant de négocier le budget 2014. Il faudra, en effet, encore trouver de 3 à 5 milliards d’économies ou de recettes structurelles. Et si, au passage, ce trophée permet aux partis flamands de la majorité de mieux résister à la vague N-VA annoncée, ce n’est pas le boulevard de l’Empereur qui s’en plaindra.

Une ouverture balisée

Cela étant, pas de méprise: le PS n’est pas prêt à négocier tout et n’importe quoi. Il n’acceptera pas une remise en cause du principe d’une indexation automatique. "Ce mécanisme est sacré pour moi, a déclaré Magnette. Je n’ai pas de tabou mais j’ai des valeurs." Le PS tient au système, y compris pour les très hauts salaires, car cela génère aussi des cotisations sociales supplémentaires.

En revanche, les modalités peuvent en être revues pour le rendre "plus performant". Cela signifie coller plus littéralement à l’objectif de soutien au pouvoir d’achat et à la consommation, qui aurait aidé l’économie belge à mieux résister que d’autres à la crise. Il s’avère en effet que les modes de consommation ne sont pas les mêmes suivant les revenus et que, plus fondamentalement, les plus hauts revenus thésaurisent une partie du gain d’indexation, au lieu de le dépenser.

On s’éloigne donc de l’objection de soutien au pouvoir d’achat. Cela pourrait justifier des formules alternatives comme une indexation plafonnée (au-delà d’un certain seuil, le salaire n’est plus indexé ou, l’indexation devient linéaire) ou une indexation forfaitaire, qui renforcerait proportionnellement les bas et moyens revenus.

Cette piste est défendue par l’économiste Giuseppe Pagano (Université de Mons et Conseil supérieur des Finances), qui a publié vendredi une carte blanche sur le sujet dans L’Echo. Pagano sera vraisemblablement l’un des contributeurs à la réflexion sur l’index, initiée par le PS via le site citoyensengages.be. De là à dire que sa proposition sera retenue…

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