Pression sur Di Rupo, dernier dinosaure

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Avec son départ, Laurette Onkelinx, poids lourd historique du PS aux côtés de Di Rupo, braque tous les projecteurs sur le président du parti. Un président qui, comme elle, est usé par des années de pouvoir au top niveau.

Quo vadis, PS? Même si Laurette Onkelinx a indiqué que son départ n’aurait lieu qu’en 2019, dès le moment où la date de votre sortie de scène est connue, le pouvoir que vous avez entre les mains fond comme neige au soleil. Ainsi en va-t-il en politique belge: Elio Di Rupo, d’ailleurs, l’a bien compris puisque jamais il n’a avancé une date pour son départ.

À la veille d’un congrès important et d’échéances cruciales pour les socialistes, le départ de Laurette Onkelinx doit être examiné sous l’angle macro (le parti) ou micro (Bruxelles).

1/ À l’échelle large 

Le départ de Laurette Onkelinx fait monter la pression de quelques crans sur les épaules du président Elio Di Rupo. On le sait, ce dernier est challengé par le bourgmestre de Charleroi Paul Magnette que beaucoup voient comme l’unique rempart capable d’endiguer la vague de l’extrême gauche.

Di Rupo le social-démocrate qui essaye de se racheter une conduite très à gauche n’est que moyennement crédible – de nombreux socialistes le savent. Reste que la loyauté, du moins vis-à-vis de l’extérieur, est une marque de fabrique du PS et que ni Magnette ni d’autres n’ont encore osé contester ouvertement le leadership d’un président affaibli. En balançant, l’air de rien (?), une "place aux jeunes", Laurette Onkelinx apporte évidemment de l’eau au moulin de Magnette et de tous les socialistes qui pensent qu’un rajeunissement des cadres est indispensable et urgent si le PS veut éviter d’aller dans le mur lors des scrutins de 2018 et 2019.

Entendons-nous bien: ce n’est pas tellement l’âge du capitaine qui importe mais plutôt l’usure du pouvoir et les compromis qui vont avec. Ainsi Laurette Onkelinx a-t-elle souligné elle-même la longévité de sa carrière au plus haut niveau de la politique belge (30 ans de carrière dont 22 ans de fonction exécutive). Elio Di Rupo est dans le même registre que Laurette Onkelinx puisqu’il a aligné les jobs de vice-Premier ministre, ministre-président, Premier ministre. Le départ de Laurette Onkelinx le laisse désormais bien seul et (quasi) unique comptable d’une éventuelle débâcle lors des prochaines élections.

2/ L’analyse au microscope bruxellois

L'analyse au microscope bruxellois du départ de Laurette Onkelinx est assez cruelle. L’affaire du Samusocial est passée par là et elle a terrassé Laurette Onkelinx en interne – son autorité a été sapée entre autres avec l’émergence de Rudi Vervoort comme vrai patron bruxellois.

Vervoort, par exemple, n’a jamais compris le soutien dont a bénéficié Yvan Mayeur de la part de Laurette Onkelinx – un soutien qui, pas longtemps, permit à la Ville de Bruxelles de jouer l’État dans l’État. C’est lui qui a porté le premier coup et peut-être le plus dur à l’ex-bourgmestre et il a, par ricochet, abîmé une Laurette Onkelinx scotchée à Mayeur entre autres via le job d’avocat de son mari Marc Uyttendaele.

La fédération bruxelloise du Parti socialiste est aujourd’hui traversée par des fractures profondes. Entre autres sur la question décumul intégral, certains responsables, canons électoraux, ne digèrent pas que Laurette Onkelinx leur ait forcé la main en imposant le décumul alors que d’autres fédérations du PS en ont décidé autrement.

Division interne chez les camarades bruxellois, mais à l’extérieur, aussi, les socialistes bruxellois se sont fait des ennemis. Les Liégeois, par exemple, n’avalent toujours pas le fait d’avoir été violemment cloués au pilori par Laurette Onkelinx sur l’affaire Publifin alors que le scandale du Samusocial couvait à Bruxelles.

Les socialistes doivent donc repartir à la conquête des électeurs et ne pouvaient le faire avec Onkelinx en fer de lance – elle qui n’a même pas de bastion local pour se replier.

Bonnes relations avec DéFI

Un point toutefois à porter au crédit récent d’Onkelinx: ce sont ses bonnes relations avec le président de DéFI, Olivier Maingain, qui ont permis au PS de demeurer dans la majorité bruxelloise et à la Communauté française.

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