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interview

"Rappeler les socialistes, ce serait du suicide politique"

©Dries Luyten

Le président de la N-VA revient sur l’accord de gouvernement qu’il a négocié, pied à pied, en compagnie des trois autres formations politiques.

Etes-vous très fatigué après ces négociations?

Je remarque surtout que je ne suis plus aussi jeune qu’avant. Quand j’étais étudiant, je pouvais faire deux nuits blanches au cours de la même semaine mais aujourd’hui, ça pèse très lourd sur moi si je fais cela. Je suis fatigué et je pars samedi matin pour la Chine avec un jet-lag d’avance. Peut-être que les deux jet-lag vont s’annuler et que je vais soudainement redevenir tout frais, mais j’en doute…

Vous auriez dû être Premier ministre de cette coalition?

Oui, peut-être. Mais on a fait un accord de base pour former cette coalition et tout repose sur la confiance dans ces cas-là. Un des éléments pour bâtir cette confiance a été de dire que j’abandonnais l’ambition de devenir Premier ministre de ce pays. J’ai toujours été très clair là-dessus: si je devais monter dans ce gouvernement c’était comme Premier ministre mais puisque le MR ne voulait pas accepter cela, j’ai accepté de laisser tomber cette ambition.

Mais vous allez quand même être la belle-mère de ce gouvernement, vous allez peser sur chacune des décisions importantes?

Franchement, vous pouvez demander à mes collaborateurs et aux différents ministres du parti, ce n’est pas du tout mon style de me mêler de la gestion quotidienne des gouvernements. On a un accord de gouvernement, on envoie des gens en qui on a confiance, il n’y a donc pas besoin de se mêler de cette gestion quotidienne.

Aujourd’hui, vous vous félicitez d’avoir libéré le pays de 25 ans de socialisme…

Oui, permettez-moi quand même de dire que beaucoup de l’immobilisme de ce pays vient des recettes socialistes. On est le pays qui taxe le plus les gens, on met des impôts dans tous les sens et, pourtant, on a une dette qui est au-dessus des 100% du PIB.

A un moment, il faut voir les choses en face, avec tous les impôts qu’on a on n’arrive même pas à faire tenir notre budget en équilibre et à contenir la dette, ces problèmes sont liés au fait qu’on vit depuis 25 ans sous le socialisme.

On a essayé de les mettre dehors en 2007 et cela a échoué à cause de madame Non, Joëlle Milquet. Donc, on est bien d’accord, mettre les socialistes dehors c’est déjà une réforme de l’Etat en soit.

Les syndicats décrivent l’accord de gouvernement comme une véritable horreur sociale et jugent que le "tax-shift" est trop faible. Vous les comprenez?

Je veux bien accepter beaucoup de critiques mais dire que nous avons tout fait sur le dos des travailleurs ce n’est simplement pas la vérité.

Nous effectuons un glissement fiscal de 2,8 milliards d’euros grâce auquel nous allons pouvoir opérer des baisses d’impôts et également relever le niveau des pensions les plus basses. J’entends les syndicats hurler mais ils ne mettent aucune alternative sur la table. A part celui de l’exemple français, mais est-ce vraiment la voie que nous voulons suivre? Le président François Hollande refuse de relever le niveau de la pension et impose une taxe sur les millionnaires. L’exemple des socialistes français mène droit vers un cimetière socio-économique. Qui veut de la croissance doit plutôt regarder en direction de l’Allemagne.

Il y a bien des choses qui vous plaisent moins dans cet accord de gouvernement…?

Oui, j’aurais voulu pouvoir aller plus loin en matière de réforme du marché du travail, j’aurais vraiment voulu pouvoir limiter les allocations de chômage dans le temps, et supprimer les allocations d’attente pour les jeunes sans emploi.

Nous avons partiellement pu répondre à certains défis en la matière par exemple avec le mécanisme de service à la communauté pour les chômeurs de longue durée. Celui qui profite du chômage depuis longtemps devra travailler deux demi-jours par semaine pour la Communauté. Nous devons construire ce système, à partir de rien, donc je me rends bien compte que ce sera laborieux au début et nous avons besoin de la collaboration des régions.

En Flandre, je suis convaincu que cela peut très bien fonctionner mais là où il y a le plus grand nombre de chômeurs de longue durée en Wallonie , je pense que ça va être difficile. Ce n’est donc pas tout ce dont j’avais rêvé mais on ne peut pas tout avoir. Je trouvais par exemple plus important de pouvoir compter sur une réforme importante des pensions.

Est-ce que ce gouvernement va vendre ses participations par exemple dans Belfius ou BNP Paribas?

Je n’ai pas insisté là-dessus pendant les négociations car le risque était qu’on ne se concentre que sur ces points. Mais depuis les gouvernements Verhofstadt, il faut bien constater qu’il existe une allergie à la vente d’actifs, car les gens se rendent bien compte qu’en cas de crise, ce sont des meubles bien utiles pour renflouer les caisses de l’Etat.

Il n’existe pas de plan à ce stade pour vendre des participations mais nous n’avons pas dit non plus que nous n’allions pas le faire. Tout le monde est d’accord qu’on ne doit pas vendre pour vendre, mais on est aussi d’accord pour dire qu’on peut vendre si les circonstances sont bonnes.

On doit bien regarder le dividende que les participations nous donnent et les mettre en comparaison avec le taux qu’on doit payer sur notre dette publique.

Allez-vous être sincère et ne pas parler de communautaire pendant cinq ans?

Je suis un homme de parole, je veux un gouvernement stable, on veut des réformes en profondeur mais ce ne sera pas facile, on doit avoir de la stabilité, on a donné des garanties qu’on voulait une pause institutionnelle pendant cinq ans.

Je vais vous dire: le communautaire n’est pas une fin en soit, c’est un instrument qui donne les moyens d’avoir une politique pour laquelle on a voté.

La suédoise est un bon gouvernement qui va nous permettre de réaliser des choses. On a une mauvaise perception des nationalistes flamands, je n’ai aucune objection contre quelqu’un qui va mettre en œuvre une bonne politique socio-économique.

Mais avec trois partis flamands, vous allez encercler le MR, dit l’opposition francophone. Vous allez lui faire avaler des couleuvres…

Heureusement que le ridicule ne tue pas. Je comprends que le Parti socialiste hurle, mais s’il hurle, c’est parce qu’il est sans argument valable, la vérité, c’est que cette coalition ose faire des choix qu’ils n’ont, eux, jamais osé faire!

En fait, c’est une coalition de rêve pour vous, cette suédoise?

Oui, je dois bien dire qu’avec les libéraux et les chrétiens démocrates, on a mis les socialistes dehors après 90 ans à Anvers, après 20 ans en Flandre et maintenant après 25 ans au niveau fédéral. Ça c’est un rêve, et j’ai réalisé cela personnellement.

On est quand même globalement très content. On va assainir le budget, on va travailler seulement sur les dépenses. On va économiser 8 milliards d’euros, on fait un effort énorme pour la compétitivité. C’est énorme ce qu’on fait.

Allez-vous rester président de parti, maintenant que la bataille est livrée et que votre mandat va se terminer?

Le gouvernement prête serment ce samedi matin, une heure après je pars en mission en Chine pour une semaine.

Là-bas je vais aussi réfléchir çà ce que je veux faire. Je ne suis pas encore certain à 100% de me représenter à la présidence du parti.

C’est une décision très lourde et je ne veux pas rester sur la piste de danse tout seul alors que le DJ met son dernier disque à la manière d’autres présidents qui s’accrochent à leur poste.

Pensez-vous que ce gouvernement va tenir jusqu’en 2019?

Ce ne sera pas simple mais je suis optimiste. Nous sommes liés par un accord de gouvernement solide et nous avons des réformes gigantesques à mener. Regardez en Allemagne: le socialiste Gerhard Schröder avait mené une grande vague de réformes et la reprise économique n’est revenue qu’en 2005, ce qui lui a coûté les élections. Vous pouvez donc faire tout ce que vous voulez, vous ne serez pas toujours récompensé de vos efforts.

Mais quitter ce gouvernement avant de pouvoir cueillir les fruits des réformes entreprises, c’est du suicide politique. C’est la même chose que de se jeter du haut d’un immeuble de cinq étages. Et c’est ce qui nous aide justement: personne n’a d’alternative à cette formule. Le premier qui va prendre son téléphone et appeler: "Elio, reviens", peut tout aussi bien monter jusqu’au 8e étage et se jeter dans le vide… Ce gouvernement va donc rester en place, je pense, jusqu’en 2019. Même si on ne peut jamais exclure un danger imprévisible, comme disait Harold Macmillan: ‘Events, my dear boy, events’.

Est-ce que le succès de cette coalition peut reculer la fin de la Belgique?

C’est une coalition qui se focalise sur le socio-économique et pas sur le communautaire, le communautaire est au placard pour cinq ans. Si on peut continuer avec une coalition comme celle-ci, ça peut être le cas. Si malheureusement l’électeur nous oblige, par exemple en 2019, un jour à refaire une coalition avec le Parti socialiste, alors je pense que ce sera le retour du communautaire.

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