Stop aux trois derniers parcs éoliens en mer

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Le secrétaire d’Etat à la Mer du Nord veut annuler les concessions attribuées aux trois derniers parcs belges en mer. Objectif: lancer un nouvel appel d’offres pour faire pression sur le niveau de soutien qui sera apporté à ces parcs.

Les milliards d’euros de soutien aux parcs éoliens en mer sont dans le collimateur du monde politique. Le secrétaire d’Etat à la Mer du Nord Philippe De Backer (Open Vld) veut annuler les trois derniers projets de parcs au large des côtes belges. Il va proposer au gouvernement de retirer les concessions accordées aux projets Northwester II, Seastar et Mermaid. Les zones concernées seraient réattribuées via un nouvel appel d’offres européen à celui qui pourra construire le parc au coût le plus faible.

L’éolien en mer a longtemps été une des formes les plus chères d’énergie renouvelable, et par le passé, la Belgique a promis des milliards pour la construction de 9 parcs éoliens au large de ses côtes. "Un win-for-life pour les propriétaires, et un pay-for-life pour l’Etat et le citoyen", estime Philippe De Backer.

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Mais ces derniers mois, lors des appels d’offres à l’étranger, les coûts ont baissé en flèche. Et cela n’a pas échappé au gouvernement Michel. Il a déjà coupé dans le système de soutien l’an dernier, ramenant à 124 euros et 129,8 euros par MWh produit le prix garanti à Rentel et Norther. Soit une économie de 1,1 milliard d’euros par rapport au niveau de soutien antérieur, souligne Philippe De Backer.

Mais depuis, la course vers le bas s’est accélérée. Un appel d’offres a conduit à un prix de 72,7 euros par MWh aux Pays-Bas, laissant le secteur bouche bée. Quelques mois plus tard, le Danemark arrivait à 49,9 euros le MWh. Et la semaine dernière, c’était au tour de l’Allemagne à atteindre un record absolu: trois parcs vont être construits d’ici 2025 sans aucun subside, leurs propriétaires tablant seulement sur le prix de vente de l’électricité pour atteindre la rentabilité, grâce notamment aux progrès techniques et aux économies d’échelle.

Le gouvernement belge a demandé à plusieurs reprises au gendarme de l’énergie, la Creg, de recalculer le niveau adéquat de soutien à l’éolien en mer. Le dernier rapport de la Creg recommandait, pour Notwhester II, un soutien de 62,14 à 64,14 euros par MWh, prix de vente de l’électricité inclus. Mais les évolutions dans le secteur sont tellement rapides que ces calculs devraient être continuellement adaptés.

-> La solution, pour Philippe De Backer? Laisser parler le marché. "Et la seule manière de connaître le prix du marché, c’est de lancer un appel d’offres européen." Le secrétaire d’Etat est convaincu que cette procédure d’appel d’offres, qui fait jouer la concurrence, peut apporter d’importantes économies.

Praticable juridiquement

Le système actuel de concessions va coûter, selon les estimations, 3 à 5 milliards d’euros pour les trois derniers parcs – les autres le sont déjà, ou ont bouclé leur financement, et il n’est pas question de revoir leur soutien. Par contre, les concessions accordées aux trois derniers parcs peuvent être retirées, affirme le secrétaire d’Etat qui se base sur une analyse juridique qu’il a fait réaliser.

3 à 5 mrds d’euros
Le système actuel de concessions devrait coûter 3 à 5 milliards d’euros pour les trois derniers parcs. Un appel d’offres pourrait permettre d’importantes économies.

Si le gouvernement le suit, ne va-t-il pas falloir payer des dédommagements aux propriétaires des concessions, parmi lesquels on trouve le groupe Colruyt, TTR (filiale à 50% du groupe TPF de Thomas Spitaels), Engie Electrabel ou le consortium Otary, au sein figurent la Socofe, SRIW Environnement, Elicio (filiale de Nethys) et Deme? "Nous verrons bien, répond Philippe De Backer. Aux Pays-Bas, après le retrait d’une concession, 7 millions d’euros ont été payés." Bien moins, donc, que les sommes qu’il espère économiser sur les milliards d’euros de soutien à ces parcs.

Il y a plus longtemps, en Belgique, une concession pour un parc éolien en mer avait également été retirée à Electrabel. "Il y avait alors eu une demande de dédommagement de 100 millions d’euros, mais cette somme a depuis été fortement réduite", déclare le secrétaire d’Etat.

Les trois parcs concernés sont toutefois nécessaires pour atteindre en 2020 les objectifs européens en matière d’énergie renouvelable. Mais lancer un appel d’offres va prendre du temps. Si la procédure aboutit en 2020, Philippe De Backer estime que les parcs pourraient être prêts en 2022 ou 2023. "Nous allons devoir parler avec l’Europe, concède-t-il. Il y aura besoin de beaucoup moins de soutien public pour atteindre les objectifs. Et nous soulignons que nous voulons les atteindre, mais cela arrivera peut-être avec un peu de retard."

Si le coût de l’offshore continue sa baisse drastique, et qu’il peut se construire sans soutien, des parcs belges supplémentaires pourraient même être construits d’ici 2030. Il y a sans doute encore de la place à la frontière française. "Tout cela sera examiné dans la nouvelle version du plan d’aménagement des espaces marins", indique le secrétaire d’Etat à la Mer du Nord.

Va-t-il pouvoir convaincre le gouvernement d’annuler les concessions déjà attribuées? "Il y avait consensus au sein du gouvernement qu’une action devait être prise pour faire baisser le prix de manière substantielle, et que le système de concession n’était pas bon. Les rendements du passé ne sont plus acceptables", conclut Philippe De Backer.

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