Stress test négatif pour Ethias, le rachat par Belfius est à l'étude

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Les tests menés par l’autorité européenne place la solvabilité de l’assureur sous les 100% dans le scénario le plus défavorable. La BNB attend d’Ethias un plan complémentaire de renforcement. Pour le SETCa, ce rapprochement n'est tout au plus qu'une manoeuvre politique.

On en veut plus. La Banque nationale (BNB) a demandé à Ethias de lui remettre pour la fin septembre un plan complémentaire de renforcement de ses fonds propres, a appris L’Echo.

Il y a un an, la BNB avait déjà exigé d’Ethias, 4e acteur du marché en Belgique, qu’il lui rentre un "plan de redressement financier", lequel s’était concrétisé par une levée de 150 millions d’euros sous forme d’emprunt subordonné et un plan de réduction des coûts de 10%, incluant la suppression de 120 emplois.

Mais depuis lors, les taux d’intérêt de référence sur les marchés sont tombés encore plus bas, rendant plus problématique encore la tâche, pour les compagnies actives en assurances vie, de servir les taux garantis importants promis par le passé.

Le régulateur a donc estimé que l’assureur liégeois devait fournir de nouveaux efforts s’il veut rester dans la logique de "stand alone" qui est la sienne. Mi-juillet, la BNB a officiellement demandé un plan complémentaire pour s’assurer que le redressement d’Ethias est bien "suffisant et durable", nous indique-t-on à bonnes sources.

 

500 à 600 millions d’euros

En interne, Ethias a estimé entre 500 et 600 millions d’euros ce besoin de renforcement des fonds propres. Son plan bis devrait actionner plusieurs leviers, dont le principal consiste à se débarrasser définitivement du boulet "First A".

Après avoir, l’an dernier, réduit de plus de moitié les réserves liées à ce contrat d’assurance assorti d’un taux garanti élevé (3,44% en moyenne), en proposant aux clients une prime de sortie temporaire, Ethias est à présent sur le point de déloger le reste (1,4 milliard d’euros) par le biais d’un mécanisme de réassurance auprès d’un grand acteur étranger. Cette opération, qui pourrait être signée dans les prochaines semaines, aurait pour effet de ramener à zéro le risque First chez Ethias.

Stress test manqué

Concomitamment, l’autorité européenne de supervision des assurances (EIOPA) a mené des stress tests en juin et juillet derniers, dans le but d’évaluer la résistance des entreprises en cas de choc.

L’EIOPA publiera les résultats de ces tests à la fin de l’année mais il nous revient qu’Ethias est sorti sous les 100% de solvabilité du scénario le plus défavorable, celui qui prévoyait à la fois un environnement de taux durablement bas et un choc sur la valeur des actifs. Or, un ratio de solvabilité de 100% est le minimum requis par les nouvelles règles prudentielles en vigueur depuis cette année (dites Solvabilité II).

Un voyant rouge s’est donc allumé au niveau européen, ce qui ne manquera pas les autorités de regarder de plus près encore le dossier Ethias. Pour rappel, l’entreprise a été sauvée des eaux lors la crise de 2008 par l’État fédéral, les Régions wallonne et flamande. L’attention du régulateur comme du politique est donc déjà très importante sur le dossier.

Note de la BNB sur une reprise par Belfius

La pression risque bien de monter encore puisque, selon nos informations, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a demandé à la BNB de lui rédiger une note évaluant les avantages et inconvénients d’un adossement d’Ethias à… Belfius, la banque dont l’État belge est l’actionnaire unique.

La reprise d’un Ethias débarrassé de son problème First aurait du sens pour une Belfius qui mise beaucoup sur la bancassurance, la vente de produits d’assurance à ses clients bancaires. Mais au-delà du principe, l’équation est particulièrement complexe. Les majorités politiques différentes entre niveaux fédéral et régional peuvent-elles s’entendre sur un tel scénario? Est-ce le moment pour Belfius de se lancer dans une telle opération alors que la banque commence à monter en puissance, en particulier dans sa capacité à générer du dividende pour les caisses de l’État?

On notera que d’autres acteurs tournent autour d’Ethias comme d’une possible proie: le Belge Ageas mais aussi l’Allemand Allianz ou le Suisse Baloise. Il est toutefois assez probable que, si Ethias devait passer sous contrôle d’autrui, les responsables politiques belges, à la manœuvre chez Belfius comme chez Ethias, privilégieraient une solution belgo-belge. Surtout après l’annonce faite lundi par Axa Belgium, filiale du groupe français, d’un plan de restructuration prévoyant notamment la suppression de 650 emplois.

"Manoeuvres politiques libérales"

Pourtant dans le chef du SETCa, un regroupement Belfius-Ethias ne se ferait pas sans heurts. "La décision du conseil d'administration d'écarter Bernard Thiry de la direction de la société", annoncée mercredi matin, "doit être vue comme l'élimination de l'obstacle principal à une absorption dans le giron de Belfius qui fera de nombreuses victimes parmi les (1.600) travailleurs", affirme le secrétaire général du syndicat, Égidio Di Panfilo. "Ce qui se passe est très grave. Ce sont des manœuvres politiques libérales."

"Malgré nos avertissements, aucune mesure n'a été réellement prise. La BNB a continué à jouer un rôle de déstabilisation de la société pour préparer le terrain à une offensive contre une entreprise clef de la région liégeoise. Les pièces du puzzle se mettent bien en place avec, après cette offensive, le départ du capitaine actuel et l'annonce d'un plan de fusion avec Belfius", poursuit le syndicaliste, qui estime que la nomination de Benoit Verwilghen comme directeur faisant fonction est "une illustration de cette stratégie".

Le Setca a demandé, lors du conseil d'entreprise extraordinaire qui a débuté à 10h00, à rencontrer le président du conseil d'administration et appelle le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt, à prendre "les mesures qui s'imposent, notamment par le biais de la participation de la région dans le capital d'Ethias".

L'affaire Pergola

C’est un autre sujet délicat pour Ethias. Il y a quelques mois, le parquet général de Liège a requis le renvoi en correctionnelle de neuf personnes, dont le patron de Nethys Stéphane Moreau et huit membres du personnel d’Ethias, dont le CEO Bernard Thiry (photo), dans le cadre d’un dossier de fraude à l’assurance supposée remontant à 2010 (L’Echo, 12/5). Des devoirs complémentaires ont été demandés par les deux susnommés. On en est là dans cette affaire dite "Pergola".

À l’époque, un arbre situé sur un terrain appartenant à Stéphane Moreau tombe sur l’annexe du voisin et cause des dégâts (53.000 euros) qui n’auraient pas été couverts par une assurance. Un contrat signé après le sinistre avec effet rétroactifaurait permis le dédommagement.

Un conseil d’administration a chargé vendredi dernier le comité de nomination et de rémunération de vérifier que l’honorabilité de Bernard Thiry était toujours assurée après ces développements. Ce mardi, un nouveau conseil s’est réuni et, au terme d’un long débat, a suivi l’avis favorable du comité, confirmant le caractère "fit and proper" du CEO.

Mais le débat a laissé des traces car, mardi en soirée, un nouveau conseil était convoqué. Il a abouti au départ du CEO Bernad Thiry.

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